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Amusante
érudition
Cette réédition,
sous un nouveau titre, des Allusions littéraires
(1989) est une excellente initiative, en cela qu'elle permet de
remettre sur le devant de la scène un ouvrage passionnant
de Jean-Claude Bologne - par ailleurs auteur, dans la même
collection, de Une de perdue, dix de retrouvées, chiffres
et nombres dans les expressions de la langue française
(2004) et Au septième ciel, dictionnaire commenté
des expressions d'origine biblique (2005).
| Dans
une introduction détaillée il s'explique sur
son "choix capricieux et fondamentalement subjectif
du carnet de bal" (plus de quatre cents entrées
- faute de place, l'auteur nous offre plus de 300 allusions
supplémentaires en fin d'ouvrage, certes moins connues,
mais qu'il a néanmoins rencontrées au fil de
ses lectures.), et tente de définir ce qu'est une allusion
littéraire et ce qu'elle n'est pas, à savoir
: une expression entrée dans le langage courant, extraite
d'une oeuvre littéraire, mais pas nécessairement
fidèlement retranscrite (contrairement à la
citation ou au proverbe, des formes fixes) ; il admire la
malléabilité et la spontanéité
de l'allusion littéraire qui, selon lui, "n'a
pas l'agressivité de la citation, qui est étalage
de culture et sent son pédant." |

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Sa collecte,
fructueuse, a été effectuée dans le langage
d'aujourd'hui, car comme tous les linguistes intelligents, Jean-Claude
Bologne voit dans le langage un matériau vivant, évolutif,
impossible à figer (n'en déplaise à ceux qui
régulièrement se lamentent sur le sort que l'on fait
à la langue française...), en témoignent les
variantes, les modifications et les interprétations diverses
qu'il propose tout au long de ce dictionnaire commenté ;
dans le même temps, et suivant le même ordre d'idées,
il nous invite ouvertement à une lecture vagabonde, désordonnée,
qui n'obéit qu'au principe de plaisir.
On navigue donc à vue entre les petites phrases que nous
ont léguées des dizaines d'auteurs francophones ou
non - et même si certains forment le fond de la récolte
(Lafontaine, Molière, Hugo, Voltaire, Corneille, Shakespeare,
Andersen ou Rabelais, etc.), on sera souvent surpris de redécouvrir
qui a dit / écrit quoi ; florilège : "Dieu
existe, je l'ai rencontré" (André Frossard,
1969), "chacun son métier, les vaches seront bien
gardées" (Florian, 1792), "partir, c'est
mourir un peu" (Edmond Haraucourt, 1891), "Mais
ceci est une autre histoire" (Kipling, 1888), ou encore
"On n'est jamais si bien servi que par soi-même"
(Charles-Guillaume Étienne, 1807 - peu gâté
par la postérité). Chaque entrée est l'occasion
d'explications et d'analyses approfondies, truffées d'anecdotes
érudites.
Mais "qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse"
écrivait Musset en 1832, et quelle que soit la source première
de chacune de ces allusions, ce qui compte en définitive
c'est qu'elles aient perduré et que nous soyons nombreux
à faire de la littérature sans même le savoir...
Blandine
Longre
(juin 2005)

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