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Frédéric
Boilet sera en France du 23 au 31 janvier 2006, pour une tournée
de présentation de ses récentes publications.
Il dédicacera à Bordeaux le 26 janvier (librairie
Bédélire) puis à Angoulême du 27
au 29 janvier (33e festival de la bande dessinée d'Angoulême,
stands Ego comme X et Casterman).
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Entre
épinard et nombril.
L’Apprenti
Japonais, c’est l’histoire d’un
itinéraire singulier. Celui qu’un gars d’Epinal
qui devient scénariste et dessinateur de bande dessinée
et qui, grâce à une bourse et un parrainage, va devenir
mangaka. Il se rend pour la première fois au Japon en 1990
et, de ce séjour, naît son premier album « japonais
» : Love hôtel, publié en 1993 chez
Casterman et réédité en 2005 chez Ego comme
X.
L’Apprenti Japonais, c’est
l’histoire du premier auteur occidental à recevoir
la bourse internationale de création de l’éditeur
japonais Kôdansha, grâce auquel il vit un an à
Tôkyô en 1993, où il tombe très amoureux
des Japonaises et d’une en particulier, qu’il épouse
en 1996.
L’Apprenti Japonais, c’est
l’histoire d’un artiste français qui s’installe
(définitivement ?) au Japon en 1997, qui publie des mangas
en japonais, chez de grands éditeurs nippons, qui traduit
des albums, du français au japonais et inversement, ceux
de ses amis français et japonais.
L’Apprenti Japonais, c’est
l’histoire d’un passeur, entre France et Japon, entre
bande dessinée franco-belge et manga, entre bande dessinée
traditionnelle et bande dessinée d’auteur, entre LE
manga et LA manga, entre auteurs et éditeurs, entre dessin
et photographie, entre vie réelle et vie dessinée,
entre vraie autobiographie et autofiction fictive, entre épinard
et nombril.
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Cet
homme singulier, apprenti Japonais mais artiste confirmé,
c’est Frédéric Boilet.
Le livre, tout récemment sorti aux Impressions Nouvelles,
n’est ni un album, ni une biographie, ni un essai. C’est
un ensemble de choses différentes, de textes (extraits
de mails, de lettres, d’articles et d’interviews),
de dessins, de croquis, de gribouillis sur agendas, de photographies,
de photographies dessinées, assemblées de manière
cohérente et chronologique, qui raconte les douze années
de découverte progressive du Japon, qui dit aussi le
chemin personnel de Boilet et sa manière de se situer
entre Occident et Orient, dans un Japon que l’on découvre
dans ce qu’il raconte, très éloigné
des clichés que nous avons généralement
en tête. |
Le livre se
compose de quatre chapitres. Le premier, le plus imposant, raconte,
par bribes, la première année à Tôkyô,
la découverte de la ville qu’il sillonne inlassablement,
les rencontres, les habitudes des gens, les bévues et les
incompréhensions à cause de la langue qu’il
commence à parler, les questions qu’il se pose sur
son travail, les petites boutiques, l’amour des Japonais pour
Alain Delon …
« Le Japon que j’essaye de connaître est un
Japon du détail, du jour le jour, il est donc difficilement
racontable, sinon au moyen d’une narration ou d’un reportage.
» Cependant, au terme de sa première année
de séjour, Boilet dit : « Je quitte le Japon sans
avoir rien vu. […] non, décidément, je n’ai
pas fait le Japon. »
Le deuxième chapitre propose une sélection d’articles
et d’illustrations consacrés aux Japonaises, parus
dans le bimensuel Big Comics entre 1998 et 1999. Chapitre
inspiré et convaincant servi par des dessins très
lumineux. On sent que le sujet inspire notre Apprenti !
« Une fois qu’on a rencontré une Japonaise,
il est malheureusement très, très difficile de revenir
aux Françaises. Pour ne pas tomber amoureux d’une Japonaise
si l’on vit au Japon, le mieux, c’est encore de rester
chez soi. »
Le troisième chapitre est constitué d’un ensemble
d’articles et d’images extraits de L’Encyclopédie
illustrée de la jeunesse, publiée en 1999 dans
le grand quotidien d’information Asahi Shimbun. Il
y est question de modes, de manières de vivre et de penser,
de musiques, de flâneries, de mangas… Enfin, le dernier
chapitre, c’est Le Monde vu du Japon, qui couvre la période
la plus récente, de 2003 à 2005, constitué
de dessins consacrés à l’actualité internationale
ou japonaise, que Boilet a publiés dans l’Asahi
Shimbun, et qui sont parfois commentés, afin d’être
plus aisément compris par des lecteurs occidentaux.
Le tout forme un livre fort intéressant, que l’on prend
infiniment de plaisir à parcourir, à feuilleter, à
lire du début à la fin ou à rebours aussi,
qui nous emmène hors des sentiers battus de ce que l’on
trouverait dans un guide de voyage conventionnel, tissé des
mille et un riens qui font la vie réelle dans un pays où
l’on vit et que l’on n’a pas forcément
« fait », comme d’autres disent.
Attention, une mise en garde est cependant nécessaire : il
est possible, voire probable qu’après la lecture de
ce livre, les lecteurs aient envie de partir au Japon, de lire TOUS
les livres de Frédéric Boilet et d’épouser
une Japonaise…
Je me souviens
avoir découvert Frédéric Boilet dans un drôle
d’album au titre mystérieux : Tokyo est mon jardin,
paru en 1997 chez Casterman. Je ne le connaissais pas à cette
époque-là et, si j’ai acheté et lu ce
livre, c’est à cause du nom de Benoît
Peeters qui figure aussi sur la couverture en tant que scénariste,
dont je suivais le travail avec intérêt et plaisir.
On produisait et publiait encore assez peu de bande dessinée
d’auteur dans ces années-là et la lecture de
Tokyo est mon jardin a été une vraie découverte,
un parcours très enrichissant, qui allait bien au-delà
de la simple lecture divertissante. Peeters et Boilet associés
nous invitaient à entrer dans un roman dessiné en
compagnie d’un personnage à première vue fade,
ordinaire, au nom banal, David Martin. Ce jeune Français
installé à Tokyo et travaillant pour une firme de
cognac dont aucun Japonais ne veut, amoureux d’une jolie Japonaise,
enchaîne les échecs et les déceptions. Pourtant
ce David Martin-là nous entraîne dans un Tokyo passionnant,
parfois intime, parfois agressif, à la découverte
des vrais gens, très éloigné des habituels
clichés que les Occidentaux avaient alors en en tête
sur le pays nippon. Le dessin de Boilet m’a impressionnée
et intriguée. La manière si particulière d’utiliser
le noir et le blanc, passant de l’épure à la
vigueur du trait, la mise en case inventive et dynamique, le grand
réalisme des dessins, proches de la photographie : un art
maîtrisé laissant passer l’émotion sans
effet spectaculaire !
J’ai lu ensuite avec un plaisir sans cesse renouvelé
les autres livres de Boilet, Demi-Tour, en collaboration
avec Benoît Peeters toujours et Emmanuel Guibert, paru en
1996 chez Dupuis dans la belle collection Aire Libre, puis L’Epinard
de Yukiko, publié chez Ego comme X en 2001 et enfin
Mariko Parade, en collaboration avec un jeune mangaka,
Kan Takahama, publié chez Casterman en 2003 dans la collection
Ecritures.
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Il
est parfois des livres, rares, qu’on lit avec grand
plaisir, et durant la lecture desquels on éprouve des
sentiments contradictoires : plaisir et envie de tourner les
pages pour accompagner les personnages et envie de ne pas
aller trop vite pour prolonger les plaisirs. Ces livres-là,
même lorsqu’on les a terminés, on les garde
longtemps en soi, on y pense, on revoit les personnages …
L’Epinard de Yukiko est de ceux-ci, pour beaucoup
de raisons. Ce livre est une variation sur le thème
des amours impossibles. Le personnage principal s’appelle
Frédéric, il vit au Japon, il aime une jeune
fille, Yukiko, qui aime Horiguchi, qui lui-même n’est
pas disponible. Frédéric en profite, il voit
beaucoup Yokiko, la dessine, en fait le sujet de son prochain
livre, lui parle au téléphone tout en la dessinant.
Elle l’inspire et le porte, même si ce temps des
amours n’est qu’éphémère… |
Ce qui frappe
dans L’Epinard de Yukiko, c’est la force des
images et la manière dont Boilet, mêlant vérités
et fiction, en se mettant en cases en tant que personnage, déconcerte
les lecteurs qui ont parfois du mal à discerner s’ils
sont dans la fiction ou dans l’autofiction. Boilet travaille
d’après des images vidéo, dessine à l’ordinateur
sur des photos, ce qui donne au dessin final un rendu très
réaliste, modelant les corps et la matière de la chair,
restituant les expressions des visages avec beaucoup de vérité.
On est tout aussi bluffé par la manière dont Boilet
met en scène cette apparente autobiographie, où il
raconte en vision subjective, où il encadre ses cases par
des extraits de son agenda bourré de notes et de croquis.
Il signe là un livre extrêmement maîtrisé
et oblige le lecteur à être actif.
Un mot sur le titre du livre, L’Epinard de Yukiko,
qui ne désigne nullement une particularité anatomique
des jeunes filles japonaises ! Il fait référence à
une séquence du livre où Frédéric dit
à Yukiko qu’elle a un bel « épinard
» tout en voulant parler de son « nombril »
dont la prononciation en japonais est quasiment identique !
Catherine
Gentile
(janvier 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.

lire
aussi Le Japon vu par 17 auteurs
Paru
en novembre 2005 en France, aux Pays-Bas (Casterman) et en Espagne
(Ponent Mon), l'album est paru aujourd'hui au Japon chez Asukashinsha.
Il paraît au Royaume-Uni et aux États-Unis (Fanfare
/ Ponent Mon) en janvier 2006, puis en Italie (Coconino Press) début
2006.
Les
livres de Frédéric Boilet
36 15 Alexia, Ego
comme X
Love hôtel, avec Benoît Peeters, Ego comme
X
Tôkyô est mon jardin, avec Benoît Peeters
et Jirô Taniguchi, Casterman
Demi-tour, avec Benoît Peeters et Emmanuel Guibert,
Dupuis (Aire libre)
L’Epinard de Yukiko, Ego come X
Mariko Parade, avec Kan Takahama, Casterman (Ecritures)
L'auteur a aussi participé à l'ouvrage collectif :
Little nemo
1905-2005, Un siècle de rêves, Les Impressions
Nouvelles, 2005
www.boilet.net
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