The distant land of my father
W. Heinemann / Random House, 2002

L'Homme de Shanghai
traduit de l’anglais par Jean-Luc Defromont
Liana Levi, 2005

 

 

Ce pays lointain dont parle The distant land of my father est la Chine, pays natal et patrie de coeur de Joseph Schoene, fils de missionnaires américains ; un amour démesuré le lie à cette terre même si tout au long de son existence, il ne cesse d'en subir les soubresauts historiques et les bouleversements politiques. Car Joseph Schoene est un homme entêté : en 1937, il ne veut croire que l'invasion japonaise va durer ou qu'elle va influer sur sa vie aisée d'homme d'affaires, bien à l'abri des exactions militaires dans les concessions étrangères de Shanghai, des territoires protégés et réservés aux nantis.

Alors que sa femme Genevieve, effrayée par le tour que prennent les événements, préfère repartir en Californie avec leur petite fille de sept ans, Anna, lui se refuse à quitter "son" pays ; mais quand Pearl Harbor tombe, que ses libertés se réduisent, que ses biens sont confisqués et qu'il est fait prisonnier par les Japonais, il comprend, beaucoup trop tard, ce que son indécision lui a coûté.

Rapatrié en 1943, il n'est cependant pas décidé à s'installer pour de bon aux Etats-Unis et dès que l'occasion se présente, il rejoint la Chine, après un bref séjour de quelques mois chez sa femme et sa fille, à Los Angeles. Il ne sait pas que de nouvelles épreuves l'attendent, plus rudes et amères.

Le récit de cette existence obstinée et égocentrique est conté par Anna, la fille de Joseph, ce père qu'elle a attendu des mois, des années durant, pour mieux devoir le rejeter ensuite. Mêlant souvenirs d'enfance en Chine aux mésaventures éprouvantes de cet homme qu'elle a finalement peu connu, elle parvient à reconstruire son histoire, celle d'un individu écartelé entre deux mondes et qui a imposé à sa fille de vivre dans cet entre-deux embarrassant, provoquant ainsi d'irrémédiables souffrances. Mais l'auteure, à travers la reconstruction des souvenirs éparpillés, tente surtout de prôner réconciliation et pardon, montrant comment la rédemption des fautes est toujours possible et que le lien qui unit un père à son enfant ne peut se briser facilement, quels que soient les torts de chacun ; on admire cet étalage de beaux sentiments, mais on regrettera que le ton, par instants, se fasse presque moralisateur, trop imprégné d'un catholicisme affirmé et soit, sincère, mais qui est aussi la source d'un sentimentalisme un peu mièvre et désuet.

Ce roman n'est pas une véritable autobiographie, mais Bo Caldwell s'est inspirée des carnets laissés par l'un de ses oncles, un homme à la vie aventureuse, rejeté par sa famille américaine ; un oncle auquel elle s'est attachée comme à un père, dans les années 1980, alors qu'elle essayait de comprendre pourquoi sa famille le laissait à l'écart.
Mais ce sont les chapitres "chinois" qui fascinent : les plus terribles, les récits des séjours que le personnage fait dans les geôles communistes, où l'être humain perd toute dignité, et où la déchéance morale et physique de Joseph et ses compagnons devient par instants insoutenable. Les séquences plus "légères" de l'enfance dévoilent une atmosphère déroutante et des descriptions particulièrement bien documentées, qui évoquent un Shanghai perdu, où la misère de la population est comme le négatif du faste de la vie des richissimes occidentaux, des capitalistes opportunistes dont Schoene fait partie : un tableau pittoresque, en sépia, empli d'une nostalgie enfantine poignante, qui rappelle par instants la Chine dépeinte par Kazuo Ishiguro dans When we were Orphans (le style en moins...).

B. Longre
(avril 2002)

Chine, du côté des livres

L'éditeur français
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L'éditeur
http://www.randomhouse.co.uk

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