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Ce pays lointain
dont parle The
distant land of my father est la Chine, pays natal
et patrie de coeur de Joseph Schoene, fils de missionnaires américains
; un amour démesuré le lie à cette terre même
si tout au long de son existence, il ne cesse d'en subir les soubresauts
historiques et les bouleversements politiques. Car Joseph Schoene
est un homme entêté : en 1937, il ne veut croire que
l'invasion japonaise va durer ou qu'elle va influer sur sa vie aisée
d'homme d'affaires, bien à l'abri des exactions militaires
dans les concessions étrangères de Shanghai, des territoires
protégés et réservés aux nantis.
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Alors que sa femme Genevieve, effrayée par le tour que
prennent les événements, préfère
repartir en Californie avec leur petite fille de sept ans, Anna,
lui se refuse à quitter "son" pays ; mais quand
Pearl Harbor tombe, que ses libertés se réduisent,
que ses biens sont confisqués et qu'il est fait prisonnier
par les Japonais, il comprend, beaucoup trop tard, ce que son
indécision lui a coûté.
Rapatrié en 1943, il n'est cependant pas décidé
à s'installer pour de bon aux Etats-Unis et dès
que l'occasion se présente, il rejoint la Chine, après
un bref séjour de quelques mois chez sa femme et sa fille,
à Los Angeles. Il ne sait pas que de nouvelles épreuves
l'attendent, plus rudes et amères. |
Le récit
de cette existence obstinée et égocentrique est conté
par Anna, la fille de Joseph, ce père qu'elle a attendu des
mois, des années durant, pour mieux devoir le rejeter ensuite.
Mêlant souvenirs d'enfance en Chine aux mésaventures
éprouvantes de cet homme qu'elle a finalement peu connu,
elle parvient à reconstruire son histoire, celle d'un individu
écartelé entre deux mondes et qui a imposé
à sa fille de vivre dans cet entre-deux embarrassant, provoquant
ainsi d'irrémédiables souffrances. Mais l'auteure,
à travers la reconstruction des souvenirs éparpillés,
tente surtout de prôner réconciliation et pardon, montrant
comment la rédemption des fautes est toujours possible et
que le lien qui unit un père à son enfant ne peut
se briser facilement, quels que soient les torts de chacun ; on
admire cet étalage de beaux sentiments, mais on regrettera
que le ton, par instants, se fasse presque moralisateur, trop imprégné
d'un catholicisme affirmé et soit, sincère, mais qui
est aussi la source d'un sentimentalisme un peu mièvre et
désuet.
Ce roman n'est pas une véritable autobiographie, mais Bo
Caldwell s'est inspirée des carnets laissés par l'un
de ses oncles, un homme à la vie aventureuse, rejeté
par sa famille américaine ; un oncle auquel elle s'est attachée
comme à un père, dans les années 1980, alors
qu'elle essayait de comprendre pourquoi sa famille le laissait à
l'écart.
Mais ce sont les chapitres "chinois" qui fascinent : les
plus terribles, les récits des séjours que le personnage
fait dans les geôles communistes, où l'être humain
perd toute dignité, et où la déchéance
morale et physique de Joseph et ses compagnons devient par instants
insoutenable. Les séquences plus "légères"
de l'enfance dévoilent une atmosphère déroutante
et des descriptions particulièrement bien documentées,
qui évoquent un Shanghai perdu, où la misère
de la population est comme le négatif du faste de la vie
des richissimes occidentaux, des capitalistes opportunistes dont
Schoene fait partie : un tableau pittoresque, en sépia, empli
d'une nostalgie enfantine poignante, qui rappelle par instants la
Chine dépeinte par Kazuo Ishiguro dans When
we were Orphans (le style en moins...).
B.
Longre
(avril 2002)

Chine,
du côté des livres
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