Goodbye
ECM, 2005


Bobo Stenson (piano), Anders Jormin (contrebasse), Paul Motian (batterie)

1/ Send in the clowns. 2/ Rowan. 3/ Alfonsina. 4/ There comes A time. 5/ Song about earth. 6/ Seli. 7/ Goodbye. 8/ Music for a while. 9/ Allegretto rubato. 10/ Jack of clubs. 11/ Sudan. 12/ Queer street. 13/ Triple play. 14/ Race face. Avril 2004, New York City

Si deux musiciens devaient bien se rencontrer un jour (espérons pour longtemps encore) ce sont bien le pianiste suédois Bobo Stenson et le batteur américain Paul Motian, musiciens éminemment coloristes, délicats parfumeurs et diffuseurs de sensations multiples, créateurs de rêves, donc poètes, au sens complet du terme (les Correspondances de Baudelaire, celles de Debussy).

Longue carrière pour ce pianiste né en 1944, féru de musique classique, qui fonda en 1973 le Jan Garbarek – Bobo Stenson quartet puis fut notamment le partenaire des saxophonistes Sonny Rollins, Stan Getz ou Charles Llyod, du trompettiste Don Cherry… Bobo Stenson remporta en 2001 le Prix Bobby Jaspar décerné par l’Académie du Jazz pour l’ensemble de son œuvre.

Pendant des années, une douzaine, le pianiste s’est entouré d’Anders Jormin mais également de son compatriote, le batteur Jon Christensen, ce dernier depuis plus de trente ans (leurs albums en trio chez ECM, Reflections, 1993 ; War Orpheons, 1997 ; Serenity, 1999 ; soit avec Underwear et Very Early, six albums sous sa signature durant sa carrière ; plus un Selected Recordings :rarum VIII toujours chez ECM).

On ne sait comment aborder un tel opus sans tomber dans les clichés de la critique, sinon répéter à l’envi (quel vocabulaire pourrait-on inventer ?) les caractéristiques du talent du pianiste : toucher sensuel et délicat, swing allusif, intelligence harmonique, délicat lyrisme et justesse d’une émotion sans emphase. A preuves, les ana-métamorphoses des standards, (comme en témoigne la merveilleuse composition de Gordon Jenkins qui donne son titre à l’album) que le trio exprime avec une totale et complète cohésion, une fusion totale. La collaboration avec Paul Motian est au-delà de tout superlatif pour cet exemple de sublimation de la mélodie, du chant, authentique.

Ce disque est tout simplement, pour emprunter le titre d’un texte de la grande romancière américaine Carson McCullers : « le rêve épanoui ».

Jacques Chesnel
(septembre 2005)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

 

http://www.ecmrecords.com/

A propos de Carson McCullers (et sans aucun rapport avec le jazz, quoique…), permettez-moi de vous recommander la lecture de ses romans (Le cœur est un chasseur solitaire, Reflets dans un œil d’or, Frankie Adams, La ballade du café triste, L’horloge sans aiguilles, Le cœur hypothéqué)… ainsi que la captivante biographie écrite par Josyane Savigneau sous le titre Un cœur de jeune fille et le livre de Jacques Tournier A la recherche de Carson McCullers. Des livres remarquables par leur intensité émotionnelle. J.Ch.