Bobo
Stenson (piano), Anders Jormin (contrebasse), Paul Motian (batterie)
1/
Send in the clowns. 2/ Rowan. 3/ Alfonsina. 4/ There comes A
time. 5/ Song about earth. 6/ Seli. 7/ Goodbye. 8/ Music for
a while. 9/ Allegretto rubato. 10/ Jack of clubs. 11/ Sudan.
12/ Queer street. 13/ Triple play. 14/ Race face. Avril 2004,
New York City
Si deux
musiciens devaient bien se rencontrer un jour (espérons
pour longtemps encore) ce sont bien le pianiste suédois
Bobo Stenson et le batteur américain Paul Motian, musiciens
éminemment coloristes, délicats parfumeurs et
diffuseurs de sensations multiples, créateurs de rêves,
donc poètes, au sens complet du terme (les Correspondances
de Baudelaire, celles de Debussy).
Longue carrière
pour ce pianiste né en 1944, féru de musique classique,
qui fonda en 1973 le Jan Garbarek – Bobo Stenson quartet
puis fut notamment le partenaire des saxophonistes Sonny Rollins,
Stan Getz ou Charles Llyod, du trompettiste Don Cherry…
Bobo Stenson remporta en 2001 le Prix Bobby Jaspar décerné
par l’Académie du Jazz pour l’ensemble de
son œuvre.

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Pendant
des années, une douzaine, le pianiste s’est
entouré d’Anders Jormin mais également
de son compatriote, le batteur Jon Christensen, ce dernier
depuis plus de trente ans (leurs albums en trio chez ECM,
Reflections, 1993 ; War Orpheons, 1997 ; Serenity, 1999
; soit avec Underwear et Very Early, six albums sous sa
signature durant sa carrière ; plus un Selected
Recordings :rarum VIII toujours chez ECM). |
On ne sait
comment aborder un tel opus sans tomber dans les clichés
de la critique, sinon répéter à l’envi
(quel vocabulaire pourrait-on inventer ?) les caractéristiques
du talent du pianiste : toucher sensuel et délicat, swing
allusif, intelligence harmonique, délicat lyrisme et
justesse d’une émotion sans emphase. A preuves,
les ana-métamorphoses des standards, (comme en témoigne
la merveilleuse composition de Gordon Jenkins qui donne son
titre à l’album) que le trio exprime avec une totale
et complète cohésion, une fusion totale. La collaboration
avec Paul Motian est au-delà de tout superlatif pour
cet exemple de sublimation de la mélodie, du chant, authentique.
Ce disque
est tout simplement, pour emprunter le titre d’un texte
de la grande romancière américaine Carson McCullers
: « le rêve épanoui ».
Jacques
Chesnel
(septembre 2005)
Jacques
Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les
Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald
Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour
l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille
depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

http://www.ecmrecords.com/
A
propos de Carson McCullers (et sans aucun rapport
avec le jazz, quoique…), permettez-moi de vous recommander
la lecture de ses romans (Le cœur est un chasseur solitaire,
Reflets dans un œil d’or, Frankie Adams, La ballade
du café triste, L’horloge sans aiguilles, Le cœur
hypothéqué)… ainsi que la captivante
biographie écrite par Josyane Savigneau sous le titre
Un cœur de jeune fille et le livre de Jacques
Tournier A la recherche de Carson McCullers. Des livres
remarquables par leur intensité émotionnelle.
J.Ch.