|
N’y aurait-il
plus aujourd’hui de vrais romanciers ? La littérature
serait-elle victime soit du silence de la critique soit du tapage
des médias ? Assiste-t-on à une « crise
d’identité du roman français » ?
A tenter de considérer l’état actuel de la fiction
romanesque, tant de questions se pressent, tant de réponses
contradictoires aussi, qu’une mise au point s’avère
nécessaire. Les cinq essais coordonnés par Bruno Blanckeman
et Jean-Christophe Millois y contribuent clairement.
 |
Des
essais dont les auteurs, universitaires spécialistes
de la question (Dominique Viart, Dominique Rabaté, Christine
Jérusalem, Tiphaine Samoyault, Lionel Ruffel) livrent
des études diverses mais non divergentes, partielles
mais complémentaires, s’efforçant à
juste titre de montrer que le roman aujourd’hui, «
écriture en devenir », n’est ni mort
ni moribond ; que s’il est difficile dans l’instant
de faire émerger une ou deux figures dominantes, quelques
noms récurrents donnent validité actuelle au genre
et en assurent le renouvellement (Modiano, Quignard,
Michon, Echenoz, Chevillard, NDiaye,
Oster, Toussaint, Rolin, Volodine,
Mauvignier, Macé,
Gailly, Millet, Louis-Combet, Cadiot, Laurrent… le tout
dans le désordre et avec les inévitables lacunes). |
La littérature
narrative, tributaire d’un passé qu’elle ne renie
pas, se situe dans ce que certains appellent le « postmoderne
» ou le « néo- » quelque chose,
ou encore dans une « modernité impure »
qui laisse la porte ouverte à la fois au « minimalisme
» et au « maximalisme » (L.Ruffel) ;
dépassant une critique qui n’a plus l’exclusivité
de son commentaire, elle est elle-même « critique
», mais aussi « transitive », «
matérielle » et « dialogique
» (D. Viart), et son évolution s’analyse en fonction
de la notion de récit, de Valéry à nos jours
(en passant par Gide, Blanchot et quelques autres) : le roman est
un « genre qui ne se développe lui-même que
par la contestation incessante de formules déjà éprouvées
» (D. Rabaté). Le « lien de la littérature
avec le réel » la voue à un «
réalisme lyrique », fiction dans laquelle le sujet
prend toute sa place, « avec l’aide des puissances
autres de la littérature » (T. Samoyault). Exemple
en est donné avec les écrivains de « Minuit
» (la maison d’édition) dont les oeuvres, sous
la figure tutélaire de Beckett, sont marquées par
la diversité d’une écriture au second degré,
selon plusieurs modalités : « monologue intérieur
», « réalisme précaire » croisant
« la notation concrète et le vertige fantastique
» et « écriture géographique
» livrant « les éclats du monde d’aujourd’hui
» (C. Jérusalem).
Ni « stigmatisation
» ni « sanctification », selon les mots
de B. Blanckeman et J.-C. Millois, l’ouvrage ne dresse pas
un état exhaustif des lieux du roman d’aujourd’hui
; ce serait impossible tant par la pluralité des œuvres
que par l’absence de recul. Simplement, il est une manifestation
à la fois analytique et synthétique de la vivacité
d’une production qui, au-delà des silences consternés/consternants,
des coups médiatiques et de la pléthore éditoriale,
est une incessante remise en question, une constante mise en chantier
et un beau pari sur l’avenir.
J-P.
Longre
(mai 2004)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Voir
aussi :
Les fictions singulières,
étude sur le roman français contemporain
Prétexte éditeur, collection critique, octobre 2002
Les
éditions Prétexte
http://perso.club-internet.fr/pretexte/index.htm
http://www.septentrion.com/auteurs/LA/BLANCKEMAN.HTML
|