Le roman français aujourd’hui
Transformations, perceptions, mythologies
sous la direction de Bruno Blanckeman et Jean-Christophe Millois
Prétexte éditeur, 2004

 

N’y aurait-il plus aujourd’hui de vrais romanciers ? La littérature serait-elle victime soit du silence de la critique soit du tapage des médias ? Assiste-t-on à une « crise d’identité du roman français » ? A tenter de considérer l’état actuel de la fiction romanesque, tant de questions se pressent, tant de réponses contradictoires aussi, qu’une mise au point s’avère nécessaire. Les cinq essais coordonnés par Bruno Blanckeman et Jean-Christophe Millois y contribuent clairement.

Des essais dont les auteurs, universitaires spécialistes de la question (Dominique Viart, Dominique Rabaté, Christine Jérusalem, Tiphaine Samoyault, Lionel Ruffel) livrent des études diverses mais non divergentes, partielles mais complémentaires, s’efforçant à juste titre de montrer que le roman aujourd’hui, « écriture en devenir », n’est ni mort ni moribond ; que s’il est difficile dans l’instant de faire émerger une ou deux figures dominantes, quelques noms récurrents donnent validité actuelle au genre et en assurent le renouvellement (Modiano, Quignard, Michon, Echenoz, Chevillard, NDiaye, Oster, Toussaint, Rolin, Volodine, Mauvignier, Macé, Gailly, Millet, Louis-Combet, Cadiot, Laurrent… le tout dans le désordre et avec les inévitables lacunes).

La littérature narrative, tributaire d’un passé qu’elle ne renie pas, se situe dans ce que certains appellent le « postmoderne » ou le « néo- » quelque chose, ou encore dans une « modernité impure » qui laisse la porte ouverte à la fois au « minimalisme » et au « maximalisme » (L.Ruffel) ; dépassant une critique qui n’a plus l’exclusivité de son commentaire, elle est elle-même « critique », mais aussi « transitive », « matérielle » et « dialogique » (D. Viart), et son évolution s’analyse en fonction de la notion de récit, de Valéry à nos jours (en passant par Gide, Blanchot et quelques autres) : le roman est un « genre qui ne se développe lui-même que par la contestation incessante de formules déjà éprouvées » (D. Rabaté). Le « lien de la littérature avec le réel » la voue à un « réalisme lyrique », fiction dans laquelle le sujet prend toute sa place, « avec l’aide des puissances autres de la littérature » (T. Samoyault). Exemple en est donné avec les écrivains de « Minuit » (la maison d’édition) dont les oeuvres, sous la figure tutélaire de Beckett, sont marquées par la diversité d’une écriture au second degré, selon plusieurs modalités : « monologue intérieur », « réalisme précaire » croisant « la notation concrète et le vertige fantastique » et « écriture géographique » livrant « les éclats du monde d’aujourd’hui » (C. Jérusalem).

Ni « stigmatisation » ni « sanctification », selon les mots de B. Blanckeman et J.-C. Millois, l’ouvrage ne dresse pas un état exhaustif des lieux du roman d’aujourd’hui ; ce serait impossible tant par la pluralité des œuvres que par l’absence de recul. Simplement, il est une manifestation à la fois analytique et synthétique de la vivacité d’une production qui, au-delà des silences consternés/consternants, des coups médiatiques et de la pléthore éditoriale, est une incessante remise en question, une constante mise en chantier et un beau pari sur l’avenir.

J-P. Longre
(mai 2004)

Jean-Pierre Longre, maître de conférences en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Voir aussi :
Les fictions singulières, étude sur le roman français contemporain
Prétexte éditeur, collection critique, octobre 2002

Les éditions Prétexte
http://perso.club-internet.fr/pretexte/index.htm

http://www.septentrion.com/auteurs/LA/BLANCKEMAN.HTML