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Bruno Blanckeman
est l'un des spécialistes français de la littérature
narrative d'aujourd'hui. Les fictions singulières,
suite des Récits indécidables (2000),
est le deuxième volet d'un "trip(cri)tyque" dont
le troisième est en cours d'élaboration.
Contrairement
à ce que profèrent certains commentateurs, la littérature
romanesque n'est pas morte, loin de là : tel est le propos
liminaire, qui conditionne l'analyse d'ensemble. Analyse précisément
articulée autour de trois axes bien définis ("
fictions vives, fictions joueuses, fictions de soi "), chaque
partie étant divisée en trois ou quatre sections qui
elles-mêmes répertorient et développent les
caractéristiques des genres narratifs actuels. Le cheminement
didactique ne s'appuie pas seulement sur un parti pris structurel
; il passe par un style alerte, assez distancié pour maintenir
le recul propre à un regard à la fois perçant
et synthétique, un style métaphorique (les images
médicales des premières pages, mais aussi, au fil
du texte, les images du corps, de la peinture, de la scène
etc.), un style où la phrase pousse le scrupule explicatif
jusqu'à la multiplication des parenthèses par emboîtements
successifs.
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le didactisme serait stérile et inopérant sans
une réflexion méthodique, développée
à partir d'exemples puisés dans la production
narrative des vingt dernières années du XXème
siècle. L'ouvrage n'a rien d'abstrait : il donne à
lire de fines études, orientées selon le propos
théorique, sur des auteurs dont la liste serait fastidieuse,
mais parmi lesquels on peut citer Michel Houellebecq (une analyse
particulièrement intéressante des Particules élémentaires),
Jean Echenoz, Régine Detambel,
Marguerite Duras, Alain Nadaud, Pascal
Quignard, Patrick Modiano... En complément des écrivains
privilégiés par l'illustration, de nombreux autres
sont cités " en contrepoint " (" Contrepoint
: indépendance dans l'accompagnement "), dont l'évocation
permet de balayer dans toute sa largeur le champ romanesque
contemporain. |
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Dans ce balayage,
rien n'est négligé, du " fonctionnement "
de l'écriture narrative à son contenu, de son "
statut culturel " au " rapport qu'[elle] entretient avec
la langue ". Episodiquement, quelques lignes rassemblent le
propos, le mettent en perspective, comme dans cet exemple significatif
des dimensions actuelles du roman : " Son amplitude thématique,
sa capacité de résonance sémantique, sa plasticité
formelle en font un genre propre à relayer les connaissances
de son temps et leurs discours didactiques " (p. 99). Et
l'intérêt, loin de s'émousser, suit la progression
de la réflexion. La dernière partie, qui comme son
titre l'indique (" Fictions de soi ") met en jeu les rapports
entre fiction narrative et autobiographie, aborde d'importantes
interrogations actuelles, notamment celle de l'éventuel glissement
de l'écriture vers la contemplation de soi : " Le
roman troquerait-il le sujet (H/histoire, idées, imagination,
sens) pour le Sujet (sentiment, humeur, papotis, inconsistance)
et se déliterait-il au profit de l'autobiographisme (régal
de Narcisse, dilection de Nombril) ? " (p. 143). Est par
suite posée la question de " l'affabulation critique
", c'est-à-dire du roman prenant en charge un certain
volume de savoir ou de réflexion (ou de la littérature
d'idées se lestant d'imaginaire), comme cela se passe avec
Gérard Macé, Pierre Michon, Pascal
Quignard par exemple.
Un constat incisif,
un panorama prometteur, une réflexion motivée : étudiants,
chercheurs, enseignants, et tout bonnement amateurs de romans trouveront
dans Les fictions singulières, en 160 pages,
de quoi faire un point précis et pertinent de la place de
la fiction narrative dans la culture d'aujourd'hui.
J-P.
Longre
(octobre 2002)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Voir
aussi :
Le roman français aujourd’hui,
Transformations, perceptions, mythologies
sous la direction de Bruno Blanckeman et Jean-Christophe Millois
Prétexte éditeur, 2004
Les
éditions Prétexte
http://perso.club-internet.fr/pretexte/index.htm
http://www.septentrion.com/auteurs/LA/BLANCKEMAN.HTML
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