12 choses à faire avant la fin du monde
trad. du néo-norvégien Jean-Baptiste Coursaud
T. Magnier, 2005
à partir de 12 ans

 

Le monde et sa fin selon Therese...

La fin du monde - cataclysme ultime que chacun redoute, ou bien pressent sans en avoir conscience – est au centre des préoccupations de Therese, la narratrice lucide et farfelue de ce roman ; impossible d’en réchapper, en particulier quand on comprend que c’est déjà le début de la fin… Tout observateur extérieur se dirait que la vie quotidienne de la jeune Therese n’a rien que de très ordinaire et ne contient aucun des supposés signes annonciateurs d’une catastrophe planétaire… Il en va autrement pour la jeune fille, à qui sa mère vient d’apprendre qu’elle et son mari ont décidé de se séparer ; le désarroi de Therese est palpable, en dépit de l’attitude faussement enjouée de ses parents, et elle voit dans leur décision la matérialisation du grand chaos à venir – les présages n’ont pas manqué depuis quelque temps : « tout, depuis la rentrée, est allé pour ainsi dire en s’inversant ;(…) l’inversement est là, sans retour en arrière possible. Le ciel bleu et le soleil vont continuer à me déprimer, la musique gaie va me rendre triste, les vacances à venir vont me flanquer la frousse (…) une atrocité vient de me tomber dessus, et ça revient à être condamné à la prison à perpétuité (…) j’ai juste envie de mourir. A cause de la décision de papa et de maman. C’est eux qui ont causé de grand chamboulement. » Cette nouvelle perception du réel s’attaque aussi aux couleurs et à la nature : «l’inversement poursuit son travail de sape : le vert de l’herbe se transforme en violet, le ciel passe du bleu au noir. Et partout, cette teinte verdâtre, la couleur même du négatif : caca d’oie. (…) partout dans le monde entier. »

Pas étonnant que Therese s’interroge sur la fin du monde… et se tourne vers Dieu (auquel elle a du mal à croire mais dont elle attend un signe...) et, donc, très logiquement, vers le fils du nouveau pasteur, Jan, qui combine deux qualités : il est un « chrétien au carré » (certes un peu rasoir et coincé) mais aussi très joli garçon… le cœur de Therese s’emballe sans prévenir. Il faut dire qu’elle a concocté une petite liste – avant même le bouleversement familial –, la liste «sur les choses à faire avant de mourir, ou avant la fin du monde par exemple», et que cette liste non-exhaustive contient un point essentiel : «se dégoter un amoureux». Alors elle fait les premiers pas et aborde Jan sans ambages – concoctant prétextes sur prétextes, s’enfonçant dans de petits mensonges sans conséquence, multipliant les rendez-vous ou les rencontres faussement fortuites – pour la bonne cause.

Ses tentatives de séduction ne semblent cependant pas très efficaces : le pauvre Jan, qui subit les attaques frontales ou plus subtiles de Therese, demeure raisonnablement froid et timide (ne prenant de l’assurance que lorsqu’elle le consulte sur une question biblique !) même s’il continue à accepter les invitations de la jeune fille, qui lui a demandé, entre autres, de l’aide pour la préparation d’un exposé inventé portant, justement sur la fin du monde… Une fois Jan bien impliqué, voire co-auteur de la fameuse liste (même s’il n’a toujours pas embrassé Therese…) la jeune fille prend les choses en main : car il faut bien mettre en œuvre chacun des 12 points.

Ce roman aux détours imprévisibles, pourvu d’une attachante narratrice qui, malgré bien des déboires, se laisse rarement malmener par les événements, se lit avec délectation ; car contrairement à bien des romans qui abordent des thèmes proches de l’existence et des difficultés des adolescents (découverte du premier amour, séparation des parents, complexes physiques, etc.), celui-ci le fait sans nous ennuyer un instant : légèreté de ton – qui n’occulte en rien les difficultés existentielles de Therese -, drôlerie des péripéties (en particulier avec sa grande sœur Randi-Irene, autiste « au fonctionnement correct », obnubilée par son aquarium) et surtout, sa manière de se confronter au monde avec lucidité, teinté d’un humour sec et souvent acide, un réalisme auquel se mêle, paradoxalement, une imagination sans bornes.
Cette aventure hors du commun mais très vraisemblable – les seuls titres de certains chapitres valent que l’on s’y attarde (« pas envie de me ramasser un cerveau monumental au point de me taper une tête d’hydrocéphale, Randi-Irene face à la disparition du trou, Parler avec un garçon croyant…) est signé BjØrn Sortland, auteur pour la jeunesse norvégien dont l'oeuvre foisonnante a maintes fois été récompensée : ce savoureux roman, entre autres, a été récompensé en 2001 par le concours scandinave du roman pour enfants.

B. Longre
(juin 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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