Samedi Jazz
En collaboration avec Jazz à Vienne

Samedi 28 février 2004 à partir de 19h
Auditorium de Lyon


Biréli Lagrène, Hono Winterstein et Jean-Yves Dubanton, guitares
Florin Niculescu, violon
Diego Imbert, contrebasse

Auditorium de Lyon
149 rue Garibaldi
69003 Lyon
renseignements
04 78 95 95 95

A 35 ans, après s'être "baladé" sur presque tous les fronts de la guitare moderne, après avoir dialogué avec quelques-uns des meilleurs jazzmen hexagonaux (Didier Lockwood, Richard Galliano, Sylvain Luc…), Biréli Lagrène, au sommet de son art, décide en effet de renouer avec la musique de ses origines. C'est dans l'audace de ce pari incroyable, entre virtuosité et profondeur, que Biréli, sauvage et subtil, vif comme l'éclair, parvient aujourd'hui à se trouver, réussissant le tour de force de rejouer la musique de Django tout en restant lui-même. Apparaissant une nouvelle fois à cet égard, dans l'esprit aussi bien que dans la lettre, comme un des plus brillants héritiers du maître.

 

Né d’une famille alsacienne, au sein de la communauté de Django Reinhardt, Bireli a commis son premier disque à 14 ans, et joué le même été en soliste pour trois morceaux au Festival de Montreux…
Présenté comme un prodige, il nous avoua, au propos d’avant concert, la difficulté qu’il eut de vivre cette situation sans qu’elle entraîne toutefois chez lui un fort traumatisme. Il lui fallut aller vers d’autres contrées musicales, se frotter à la nouvelle vague américaine, J.Pastorius, Pat Metheny entre autres ; dès 1989, il crée son Electric Band puis côtoie D. Lockwood, R.Galliano, plus récemment S. Luc.
A 37 ans, après plus de 20 ans de carrière, Bireli est toujours, comme il se définit lui-même, un musicien d’échange, qui se nourrit de l’énergie de ses confrontations amicales. C’est en 1995, dans le Gypsy Trio de C.Escoudé en alternance avec B.Reinhardt, le fils de Django, qu’il renoue progressivement avec la musique de ses racines. En 2001, sort son album Gypsy Project suivi un an plus tard de Gypsy Project and Friends. Et ainsi, depuis deux ans, il tourne avec son quintet à l’identique du mythique Hot Club de France de D. Reinhardt et S. Grapelli.
Dans un auditorium comble, Bireli revisita le Jazz Manouche avec les équipiers de 2001 : F. Nicolescu (vln), D.Imbert (b), H. Winterstein (g) que J.Y Dubanton (g) a rejoint comme le fit le frère de Django 60 ans auparavant sur la demande insistante de Maman Reinhardt (pas de jaloux !) Du moins, Bireli l’explique-t-il ainsi lorsqu’on le questionne sur le pourquoi de deux guitares rythmiques au lieu d’une seule ! La musique acoustique demande force et vitalité, nos compères n’en manquèrent pas en cette soirée, avec un programme alternant standards (Night and Day de C.Porter, How might the moon de G.Mulligan, entre autres) et répertoire de D.Reinhardt et S. Grappelli (Daphné, I got rhythm, Minor swing, Paint up house …et l’incontournable Nuages).
Lagréne prolonge et développe tout ce que Django avait commencé avec une virtuosité époustouflante, des citations inattendues et ludiques ; ainsi, nombreux clins d’œil sur des thèmes connus de Trenet à la musique japonaise en passant par un riff épuré de Nirvana.
Dans ce quintet, F. Nicolescu est absolument remarquable de dextérité, de virtuosité, J.Y. Dubanton et H. Winterstein aux guitares d’accompagnement, D. Imbert à la contrebasse sont d’une grande justesse dans la rythmique, le "patron" leur accordant quelques espaces d’improvisation, fait assez rare dans la musique manouche. Le public, même néophyte, ne peut qu’adhérer à cette musique si festive, avec de tels virtuoses.
Par rapport à leur prestation de Jazz à Vienne 2002, B. Lagrène et ses musiciens ont toutefois trop privilégié la virtuosité au détriment de la musicalité, le ludique au détriment de la sobriété (beaucoup trop de citations-clins d’œil notamment).
Après une heure et demie d’une prestation de très grand choix et physiquement éprouvante, après trois rappels, nos amis nous quittèrent sur le coup de 21h45. Ne restait plus au public qu’à rejoindre l’atrium… et la centaine de places qui lui était proposé pour l’after : POUM TCHACK. Dommage de devoir quitter l’Auditorium si précipitamment…

Philippe Anthonioz
(février 2004)

http://www.auditoriumlyon.com