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Quand
les rêves se vivent et se délitent...
Les nouvelles
d'Edith Volpelière s'appuient sur une fine
observation du réel, d'un quotidien morose et ressassé,
et s'efforcent de décrire les souffrances, les fêlures
et les défaillances existentielles de personnages happés
par la vie — ou la mort : des gens ordinairement quelconques,
que l'on a tous l'occasion de croiser dans la rue et que l'on pourrait
continuer à ignorer si l'on n'ouvrait ce recueil... La majorité
d'entre eux sont désaxés, des paumés auxquels
la vie n'a pas grand-chose à offrir ; dans la marge mais
aussi, dans le même temps, représentatifs de toute
une frange d'une population désespérée qui
continue pourtant à rêver — ainsi que l'indique
le sous-titre de l'ouvrage... Des petits rêves mesquins ou
ringards, parfois de grands rêves (trop grands) qui prennent
corps puis s'emballent...
On passe de l'un à l'autre en tentant de trouver un sens
à ces vies-là, en vain le plus souvent : une gamine
des cités, fan de "Bimba", starlette télévisuelle
(Bimba la star) des adolescentes fantasmant sur une liberté
sans lendemain (Rave Tragedy, Une vie de Chien, La Bécane),
d'autres encore que la maturité n'a pas rendus plus heureux
(Les femmes, La plaine aux oiseaux). Mais dans ce marasme,
d'autres figures émergent pour ne plus nous quitter : l'espérance
qui émane de Lila (la nouvelle certainement la plus
touchante, qui prend des allures féériques), de To
the happy few et du Rêve de Lili rassérène.
Dans une écriture plutôt imagée, enlevée,
parfois crue (à l'image de ses personnages) l'auteure parvient
à toucher du doigt le caractère éphémère
de l'existence, la vacuité des choses, tout en laissant entendre
que par instants, vivre n'est pas si terrible ; en filigrane, elle
dénonce aussi le vide culturel qui, paradoxalement, emplit
quelques-unes de ces pauvres vies, les gonfle comme des baudruches.
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Et
pourtant, la distance que la nouvelliste établit entre
elle et ses personnages ne s'apparente nullement à
du mépris : le ton sait se faire neutre ou subtilement
ironique, certains personnages peuvent être attachants
(leur verve est généralement rendue de façon
très amusante) mais c'est une tonalité du constat
qui prime, une énonciation des faits, souvent triste,
même si la prise de position revient au lecteur... Un
beau début littéraire pour ce professeur de
lettres qui présente ici une sorte de description de
la sinistrose ambiante, avec légèreté,
détachement...
B.
Longre
(mars 2004) |

Gaspard
Nocturne
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