Bimba La Star
et autre rêves pas possibles

Gaspard Nocturne, 2004

 

Quand les rêves se vivent et se délitent...

Les nouvelles d'Edith Volpelière s'appuient sur une fine observation du réel, d'un quotidien morose et ressassé, et s'efforcent de décrire les souffrances, les fêlures et les défaillances existentielles de personnages happés par la vie — ou la mort : des gens ordinairement quelconques, que l'on a tous l'occasion de croiser dans la rue et que l'on pourrait continuer à ignorer si l'on n'ouvrait ce recueil... La majorité d'entre eux sont désaxés, des paumés auxquels la vie n'a pas grand-chose à offrir ; dans la marge mais aussi, dans le même temps, représentatifs de toute une frange d'une population désespérée qui continue pourtant à rêver — ainsi que l'indique le sous-titre de l'ouvrage... Des petits rêves mesquins ou ringards, parfois de grands rêves (trop grands) qui prennent corps puis s'emballent...
On passe de l'un à l'autre en tentant de trouver un sens à ces vies-là, en vain le plus souvent : une gamine des cités, fan de "Bimba", starlette télévisuelle (Bimba la star) des adolescentes fantasmant sur une liberté sans lendemain (Rave Tragedy, Une vie de Chien, La Bécane), d'autres encore que la maturité n'a pas rendus plus heureux (Les femmes, La plaine aux oiseaux). Mais dans ce marasme, d'autres figures émergent pour ne plus nous quitter : l'espérance qui émane de Lila (la nouvelle certainement la plus touchante, qui prend des allures féériques), de To the happy few et du Rêve de Lili rassérène.
Dans une écriture plutôt imagée, enlevée, parfois crue (à l'image de ses personnages) l'auteure parvient à toucher du doigt le caractère éphémère de l'existence, la vacuité des choses, tout en laissant entendre que par instants, vivre n'est pas si terrible ; en filigrane, elle dénonce aussi le vide culturel qui, paradoxalement, emplit quelques-unes de ces pauvres vies, les gonfle comme des baudruches.

Et pourtant, la distance que la nouvelliste établit entre elle et ses personnages ne s'apparente nullement à du mépris : le ton sait se faire neutre ou subtilement ironique, certains personnages peuvent être attachants (leur verve est généralement rendue de façon très amusante) mais c'est une tonalité du constat qui prime, une énonciation des faits, souvent triste, même si la prise de position revient au lecteur... Un beau début littéraire pour ce professeur de lettres qui présente ici une sorte de description de la sinistrose ambiante, avec légèreté, détachement...

B. Longre
(mars 2004)

Gaspard Nocturne
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