C'est en
trio piano - contrebasse - batterie, formule qu'il disait préférer
à toute autre, que le pianiste Bill Evans (1929
- 1980) aura enregistré la majeure partie de ses nombreux
disques (une centaine) à partir de 1960. Néanmoins,
idée de producteur, il sacrifiera au don d'ubiquité
grâce à la technique du re-recording (ré-enregistrement),
à deux ou trois " voix " superposées,
piano acoustique et électrique, les fameuses Conversations
with Myself.
Bien qu'il
soit visiblement peu à l'aise, seul, dans un studio d'enregistrement,
il grava trois albums en " solo absolu ", les Solo
Sessions en Janvier 1963, Alone au Webster
Hall de New York City à l'automne 1968 et Alone
(again) en Décembre 1975.
Alors qu'il
ne répétait pratiquement jamais en trio, il confiait
combien le solo était pour lui une sorte d'épreuve
(préparation, concentration), on alla jusqu'à
évoquer un certain malaise devant ce face-à-face
avec lui même qu'il semblait redouter dans cette solitude
totale.
Alone donc, qui allait lui rapporter un troisième
Grammy (l'équivalent américain des " Victoires
de la Musique "), est un pur joyau, " un diamant
qui brille de tous ses feux mais demeure plein de secret "
écrit Alain Gerber dans
son Bill Evans chez Fayard ; on entend là toute
la quintessence de son style. Par rapport à l'édition
en 33 tours, on retrouve les cinq titres originaux dont cette
fabuleuse version du standard Never Let Me Go (14' 34)
d'émotion pure ainsi que les différentes prises
et un inédit, en totalité près de 75 minutes
illustrant l'aspect le plus introspectif d'un univers unique
dans toute l'histoire du piano et du jazz.
Jacques
Chesnel
(octobre 2002)
Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands
Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas)
; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente
ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

voir
aussi : Bill Evans
portrait de l’artiste
au piano (Rouge profond, 2004)
http://www.billevans.org/