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| Supermarché
au TNP, Villeurbanne
6-8 février 2003
mise en scène Thomas Ostermeier
(spectacle en allemand surtitré en français)
traduction
du serbe en langue allemande Alexander Urosevic
décor Jan Pappelbaum
costumes Almut Eppinger
musique Jorg Gollasch
vidéo Julian Rosefeldt
musiciens Jorg Gollasch, Fabian Kalbitzer, Martin Klingeberg,
Matthias Trippner.
avec
Jorg Hartmann, Christin Konig, Linda Olsansky, Falk Rockstroh,
Gerd Wameling, Mark Waschke.
Production Schaubuhne am Lehniner Platz,
coproduction Wiener Festwochen
TNP,
Villeurbanne
04 78 03 30 00
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Supermarché
au Théâtre-Studio,
Alfortville
2
-20 décembre 2003
mise en scène Christian Benedetti
(pièce
créé en en janvier 2003)
texte
français Ubavka Zaric
avec la collaboration de Michel Bataillon
avec
ingrid jaulin - camille lacôme - pierre banderet
christian benedetti - michel fouquet - rémi pous -
vincent tepernowski
assistante à la mise en scène doris naclerio
lumière dominique fortin
collaboration musicale xavier ferran
L'Arche est agent et éditeur de la
pièce en france
coproduction compagnie christian benedetti
/ théâtre-studio
Théâtre-Studio
16 rue marcelin berthelot - 94140 alfortville
réservations 01 43 76 86 56
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Supermarché
au Théâtre-Studio, Alfortville
2
-20 décembre 2003
Délocalisation réussie
pour Supermarché
Très
bien garnie au rayon texte, une comédie serbe acerbe, francisée
juste comme il faut par une troupe galvanisée.
Délocalisé
en France deux ans après sa première mondiale au festival
de Vienne, Supermarché de Biljana
Srbljanovic a trouvé à Alfortville une main-d’œuvre
qualifiée.
A partir de ce texte osé, limpide et riche en pépites
de théâtre, l’affaire paraît presque gagnée
d’avance… Puis, au bout d’un spectacle tonitruant
de plus de deux heures, rythmé par une dizaine de levers
de rideaux sur fond de rock balkanique, l’équipe dirigée
par le metteur en scène Christian Benedetti
tient sa victoire. De Belgrade à Paris se manifeste le talent
d’une jeune dramaturge inspirée et visionnaire.
De l’ouverture,
brillant jeu entre premier et arrière-plan, au générique
de fin sur vidéo, la pièce regorge de nouveautés
passionnantes toutes au service de l’œuvre. Le sens de
Supermarché est traduit non seulement en français,
mais tantôt en termes de cinéma — dans des arrêts
sur images et des regards souvent drôles sur les hommes réunis
sur scène — tantôt dans des délires parodiques
de feuilletons télévisés indigestes, sous l’influence
de musiques de films samplées, à gros effets.
Si la mise en
scène privilégie le face-à-face loufoque, très
physique, l’intrigue tortueuse rappelle encore le cinéma,
et en particulier Un Jour sans Fin, l’excellente
comédie américaine de Harold Ramis. Les comédiens
entrent et sortent de scène comme une seule tornade où,
dans l’œil du cyclone, Pierre Banderet
joue la symphonie d’un directeur d’école foutraque,
frustré par le désintérêt suscité
par l’Est et condamné à revivre encore et toujours
la même journée tel Bill Murray au grand écran.
Père
complètement dépassé, mais traversé
d’éclairs de lucidité, proviseur terrorisé
par son téléphone, mais jamais loin d’ouvrir
les yeux de ses professeurs plus tartes l’un que l’autre,
Léo Schwartz témoigne à la fois de l’abandon
de la jeunesse et du recul de l’éducation. Fier de
son vrai nom, Crnojevic, le héros représente l’immigrant
vite intégré, se démène et ne comprend
rien à rien, jusqu’à péter les plombs
et l’intérieur dans son bureau. Centrée sur
Léo, l’histoire emprunte les arcanes de cet esprit
torturé, ridicule mais empathique.
Hachées par des fondus au noir, les saynètes mettent
aux prises, outre Léo, les deux profs amants contrariés
mais réguliers dans leurs ébats de la pause de midi,
entre tables de ping-pong et matelas de gym. De temps à autre,
un duo d’adolescents, dont la fille du directeur, assiste
à des cours stupides et, pour grand loisir, se complaît
dans des rôles d’objets sexuels pour adultes, tandis
qu’un journaliste en imper observe un peu du tout, incapable
de saisir le moment présent, même dans le drame, et
toujours à blablater dans son magnéto.
Inconscience
du vide
Jamais
n’apparaît la moindre prise de conscience du vide de
pensée, de mémoire ou de sentiments assumés.
Les dialogues, très crus mais fins, s'enchaînent vite,
sur un ton énervé.
Hélas, le texte, sec et riche en habiles passages aigres-doux,
en souffre parfois. Question de culture, peut-être, car sur
un mode serbe, les grands écarts (ici entre le sirupeux de
fiction télé et l’acidité de la satire)
frappent sans doute davantage qu’en français, cette
langue moins fougueuse. Alors les nombreuses coupures musicales
et le montage « soap opera » semblent compenser et tonifier
l'action. Ces procédés (voulus par l'auteure et respectés
par la mise en scène) viennent fragmenter l’histoire
de façon originale… mais fatigante.
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D’aucuns
insistent sur la double parabole du supermarché et de
l’Europe. Or, jouée dans la langue de Molière
et aux abords d’une capitale encore
très occidentale, Supermarché
perd en puissance d’évocation de ces deux thèmes.
La
pièce ne renvoie guère à l’image
et au concept de grande surface commerciale. Le rideau tombé,
les spectateurs français peuvent, sans le moindre état
d’âme, retourner au supermarché, un lieu
de calme et d’autosatisfaction aux antipodes de la folie
furieuse ressentie sur les planches. |
De même,
le Supermarché d’Alfortville
rappelle les maux de l’Europe contemporaine, mais loin de
tout traitement digne, approfondi de ces sujets (pédophilie,
sexualité très précoce, familles éclatées…).
Même d’un point de vue artistique radical, il semble
difficile d’y voir une allégorie de la construction
européenne bientôt achevée. Exception culturelle,
le théâtre moderne résiste encore à cette
intégration économique, source d’inspiration
de plus en plus évidente pour dénoncer les travers
communs de l’Occident.
François
Cavaillès
(2 décembre
2003)
François
Cavaillès
est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada),
il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est
et étudie le thaï à l'Institut National des Langues
et Civilisations Orientales de Paris.
Supermarché
(suivi de La chute)
L'Arche, 2001
Grande
surface supranationale cherche citoyens...
Supermarché,
sous-titré "soap opera", se déroule sur
une semaine, sept jours particuliers qui ne forment en réalité
qu'une seule et unique journée paraissant se répéter
sans fin ; c'est du moins ainsi que l'enchaînement temporel
est perçu par l'un des personnages : Leo Schwartz, directeur
d'une école "pour les étrangers"
dans une petite ville autrichienne ; nous savons qu'il y vit depuis
treize ans, exilé de sa terre natale, un pays de l'Est. Britta,
journaliste local, lui rend visite un lundi matin car il souhaite
l'interviewer sur un sujet rebattu, la chute du mur, dont l'anniversaire
est imminent. Leo, lui, voudrait que Britta s'intéresse à
son passé et il l'incite à lire un dossier intitulé
"Léonid Crnojevic, Dossier", un récapitulatif
de ses activités dissidentes à l'Est, puis il invite
le journaliste à revenir le lendemain. La deuxième
journée débute en tous points comme la première
et l'on comprend vite que Leo est bien le seul à se croire
un mardi... Et ainsi de suite.
"Un terrible complot. J'ai l'impression de vivre tout le
temps un seul et même jour" déclare Leo, le
mercredi. Une impression qui se fait certitude, mais qui ne touche
que Leo, les autres protagonistes repartant tous à zéro
chaque matin.
Dans le même
temps, l'on suit ces derniers, tout occupés à régler
des affaires qui apparaissent plutôt sordides, ou du moins
d'une monotonie désespérante, un ennui qui se reflète
dans la structure même de la pièce. Il y a les professeurs
Müller et Mayer (amants en secret), Gamin, un élève
qui semble porter en lui toutes les horreurs que des adultes peuvent
infliger aux enfants (et qui s'en vante) et Diana, la fille du directeur,
mi-vamp, mi-gamine. Le rôle qu'elle joue respire l'ambiguïté
et comme son père, l'on ne parvient pas à savoir si
ce qu'elle déclare avec effronterie est vrai ou inventé.
Perdu dans
ce "trou du temps" qui l'anéantit, accablé
par le comportement et les mensonges des autres, et les siens propres,
Leo perd peu à peu toutes ses illusions, une révélation
qui précède celle du lecteur/spectateur, à
qui il ne restait plus que Leo comme repère stable (étant
le seul à réaliser le dérèglement chronologique)
et qui le perd lui aussi. Car plus l'on avance dans cette semaine
à jour unique, plus la détérioration sociale
s'intensifie, représentée par la dégradation
psychologique, morale et mentale des personnages ; la folie et l'obscénité
gagnent du terrain et les personnages ne jouent plus du tout leur
rôle réglé à l'avance. L'on sent que
l'auteur s'est plu à composer ces variations sur le thème
du quotidien qui sort des rails, des situations qui s'aggravent
en cascade et où la mort et les fausses tragédies
font bientôt irruption ; désormais incontrôlables,
les personnages, comme des élèves indisciplinés,
semblent ainsi ne plus vouloir obéir à leur créatrice,
et l'intrigue se dépouille du réalisme de départ,
de la rigueur scolaire de la première scène et nous
plonge dans l'absurdité et le grotesque : ces dernières
journées sont un total chaos, pervers et scabreux, durant
lesquelles les masques de l'hypocrisie tombent, et se révèle
enfin le vrai visage de l'être humain : stéréotypé,
à l'imaginaire étriqué, qui rêve de l'Amérique
et qui vit dans le "supermarché" mondial où
toutes les barrières politiques ont été abolies
(le fameux mur, entre autres), sans pour autant y trouver un bonheur
individuel ou une harmonie politique.
Mais un soap-opéra
n'en serait pas un sans le traditionnel "Happy end", qui
clôture cette pièce où l'allégorie n'est
jamais bien loin (mais pas aussi prononcée que dans La
chute) : on assiste alors, médusés, à
des scènes de réconciliations, de rabibochage général,
des retrouvailles qui ne sont pourtant que d'ironiques mascarades,
truffées de faux attendrissements et de tendresse truquée,
où la perversité, toujours présente, ne se
lit plus que dans les gestes. Espérons qu'un metteur en scène
aura bientôt le désir de monter en France cette pièce
engagée et critique, qui ne manque ni d'humour, ni de sarcasme
bien pesé.
Blandine
Longre
(février 2002)
La première mondiale de Supermarché
a lieu en mai 2001 au Festival de Vienne (mise en scène de
Thomas Ostermeier). En langue française, la pièce
a été créée le 23 novembre 2001 au Théâtre
de La Place de Liège (mise en scène de Paolo Magelli).
Ce texte est suivi de La chute, qui narre sous forme allégorique
l'histoire de l'ex-Yougoslavie.

du
même auteur
Histoires
de famille
au
TNP en février 2002 / au Théâtre de La Colline,
Paris
La
Chute
(mise en scène de Jean-Claude Berutti)
au Théâtre du peuple à Bussang du 1er au 24
août 2002
http://www.arche-editeur.com
http://www.tnp-villeurbanne.com/
http://www.schaubuehne.de/
http://www.colline.fr/site/histoire2.htm
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