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Philozophons...
En France, si
l'on en juge les référentiels et les programmes de
l'éducation nationale, la philosophie est une discipline
réservée aux plus "méritants" (les
futurs bacheliers) et qui ne peut sous aucun prétexte être
inculquée à des élèves de moins de 17
ou 18 ans... Et pourtant, on enseigne bien les mathématiques,
les sciences naturelles ou la logique dès l'école
maternelle ; de même, on tente très tôt de donner
le goût de la lecture, du calcul ou de l'histoire... Pourquoi
la philosophie devrait-elle demeurer une discipline à part,
au risque de la voir taxée d'élitiste ?
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Car
au fond, qu'est-ce que philosopher ? Tout simplement s'interroger
sur soi, sur les relations que l'on entretient avec les autres
et le monde... Ouvrir sa pensée au questionnement,
développer son esprit critique de façon autonome,
apprendre à raisonner, argumenter de façon rationnelle.
On ne peut demander à des enfants d'atteindre l'absolu
ou d'accéder à la dialectique platonicienne
et il serait bien entendu déconseillé d'initier
les plus jeunes à la pensée hégélienne...
Mais, comme le rappelle si bien cet ouvrage, "Penser
est un jeu d'enfant !" ; cette nouvelle collection,
joliment intitulée "Philozenfants",
démontre (et il en est encore besoin), que la philosophie
est accessible dès six ou sept ans, voire avant, la
pensée n'étant pas l'apanage d'une tranche d'âge
bien délimitée... |
Ce premier ouvrage
de la collection, Le bien et le mal, c'est quoi ?,
par le biais de quelques questions d'une simplicité étonnante
renvoyant l'enfant à son quotidien ("Dois-tu toujours
obéir à tes parents ?", "Dois-tu être
gentil avec les autres ?" ou "As-tu le droit de voler
pour manger?"), permet au lecteur de s'interroger sur
deux notions antinomiques tout en développant son aptitude
à nuancer, à bâtir sa propre opinion, et à
comprendre que certaines questions peuvent rester en suspens, qu'une
réponse tranchée a priori n'est pas toujours possible.
Une façon ludique et chaleureuse d'ouvrir quelques pans de
la complexité de l'esprit humain. L'auteur le rappelle :
"la pensée étant chemin qui ne connaît
pas de fin" et on s'aperçoit bien vite que derrière
chaque questionnement, plusieurs thématiques se dégagent
: les limites et les lois, la souffrance que l'on peut infliger
ou que l'on peut subir, le libre arbitre, la solidarité,
le droit au bonheur, etc.. Se tisse ainsi, petit à petit,
un réseau de notions dont on comprend qu'elles sont toutes
plus ou moins liées aux autres, des idées qui vont
bien au-delà du manichéisme bien/mal. Ainsi, à
"Dois-tu tout dire ?", plusieurs réponses
sont proposées : "non, car la vérité
peut provoquer des disputes", suivi d'un "oui,
mais le mensonge et le silence ne provoquent-ils pas aussi des disputes
?" ou d'un "j'ai le droit de tout dire car on
est en démocratie." puis de "oui, mais
a-t-on aussi le droit de dire tout et n'importe quoi ?"
Cette approche socratique demande un prolongement nécessaire
et la lecture de cet ouvrage peut se faire seul, mais aussi à
plusieurs, entre enfants, ou bien avec les parents ou les éducateurs.
Les textes se doublent d'illustrations signées Clément
Devaux, aussi drôles qu'intelligentes : chacune raconte une
petite histoire décalée qui permet de dédramatiser
certaines questions difficiles et de donner quelques pistes de réflexion
axées sur le quotidien de l'enfant. Cet ouvrage complet est
une initiative à saluer, à encourager : osons espérer
qu'au-delà du cercle familial, les enseignants et plus globalement,
l'éducation nationale, s'empareront de cet outil ludique
mais essentiel.
B.Longre
(avril 2004)

Dans la même
collection et du même auteur :
Les sentiments, c'est quoi ? (Nathan,
2004)
La vie, c'est quoi ? (Nathan, 2004)
http://www.nathan.fr
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