Le bien et le mal, c'est quoi ?
collection Philozenfants
Nathan, 2004

à partir de 7 ans

 

Philozophons...

En France, si l'on en juge les référentiels et les programmes de l'éducation nationale, la philosophie est une discipline réservée aux plus "méritants" (les futurs bacheliers) et qui ne peut sous aucun prétexte être inculquée à des élèves de moins de 17 ou 18 ans... Et pourtant, on enseigne bien les mathématiques, les sciences naturelles ou la logique dès l'école maternelle ; de même, on tente très tôt de donner le goût de la lecture, du calcul ou de l'histoire... Pourquoi la philosophie devrait-elle demeurer une discipline à part, au risque de la voir taxée d'élitiste ?

Car au fond, qu'est-ce que philosopher ? Tout simplement s'interroger sur soi, sur les relations que l'on entretient avec les autres et le monde... Ouvrir sa pensée au questionnement, développer son esprit critique de façon autonome, apprendre à raisonner, argumenter de façon rationnelle. On ne peut demander à des enfants d'atteindre l'absolu ou d'accéder à la dialectique platonicienne et il serait bien entendu déconseillé d'initier les plus jeunes à la pensée hégélienne... Mais, comme le rappelle si bien cet ouvrage, "Penser est un jeu d'enfant !" ; cette nouvelle collection, joliment intitulée "Philozenfants", démontre (et il en est encore besoin), que la philosophie est accessible dès six ou sept ans, voire avant, la pensée n'étant pas l'apanage d'une tranche d'âge bien délimitée...

Ce premier ouvrage de la collection, Le bien et le mal, c'est quoi ?, par le biais de quelques questions d'une simplicité étonnante renvoyant l'enfant à son quotidien ("Dois-tu toujours obéir à tes parents ?", "Dois-tu être gentil avec les autres ?" ou "As-tu le droit de voler pour manger?"), permet au lecteur de s'interroger sur deux notions antinomiques tout en développant son aptitude à nuancer, à bâtir sa propre opinion, et à comprendre que certaines questions peuvent rester en suspens, qu'une réponse tranchée a priori n'est pas toujours possible. Une façon ludique et chaleureuse d'ouvrir quelques pans de la complexité de l'esprit humain. L'auteur le rappelle : "la pensée étant chemin qui ne connaît pas de fin" et on s'aperçoit bien vite que derrière chaque questionnement, plusieurs thématiques se dégagent : les limites et les lois, la souffrance que l'on peut infliger ou que l'on peut subir, le libre arbitre, la solidarité, le droit au bonheur, etc.. Se tisse ainsi, petit à petit, un réseau de notions dont on comprend qu'elles sont toutes plus ou moins liées aux autres, des idées qui vont bien au-delà du manichéisme bien/mal. Ainsi, à "Dois-tu tout dire ?", plusieurs réponses sont proposées : "non, car la vérité peut provoquer des disputes", suivi d'un "oui, mais le mensonge et le silence ne provoquent-ils pas aussi des disputes ?" ou d'un "j'ai le droit de tout dire car on est en démocratie." puis de "oui, mais a-t-on aussi le droit de dire tout et n'importe quoi ?"
Cette approche socratique demande un prolongement nécessaire et la lecture de cet ouvrage peut se faire seul, mais aussi à plusieurs, entre enfants, ou bien avec les parents ou les éducateurs.
Les textes se doublent d'illustrations signées Clément Devaux, aussi drôles qu'intelligentes : chacune raconte une petite histoire décalée qui permet de dédramatiser certaines questions difficiles et de donner quelques pistes de réflexion axées sur le quotidien de l'enfant. Cet ouvrage complet est une initiative à saluer, à encourager : osons espérer qu'au-delà du cercle familial, les enseignants et plus globalement, l'éducation nationale, s'empareront de cet outil ludique mais essentiel.

B.Longre
(avril 2004)

Dans la même collection et du même auteur :
Les sentiments, c'est quoi ? (Nathan, 2004)
La vie, c'est quoi ? (Nathan, 2004)

http://www.nathan.fr