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Le
sourire de l’enfance et les couleurs du sacré
Romancière,
nouvelliste, grecque d’origine, née en 1920 à
Istanbul, française d’adoption, poétesse précoce
introduite par son frère Mario auprès de surréalistes
fascinés, Gisèle Prassinos a consacré sur plus
de vingt ans (entre 1967 et 1988) une partie de son activité
à confectionner des tentures en tissu et feutrine illustrant,
pour la plupart d’entre elles, des scènes bibliques.
Objets artisanaux qui, à force de simplicité volontaire
et de naïveté calculée, s’élaborent
en œuvres d’art à l’instar du Portrait
de famille de Brelin le Frou inaugurant l’ensemble.
C’est
un choix exceptionnel de photos de ces tentures que présente
Annie Richard, spécialiste de Gisèle Prassinos, dont
elle semble parfaitement connaître l’œuvre ici
commentée avec beaucoup de précision et de sensibilité.
Choix particulièrement représentatif de ces figures
où se mêlent sacré et profane, humain et divin,
mythe et présence au monde, linéarité et profondeur,
formes et couleurs – dualité à l’infini
dans la quête de ce que Breton appelait le «Point suprême».
Le livre débute
avec la famille (la « Sainte » et la charnelle, celle
de l’artiste elle-même, sans oublier, en ultime reprise,
Abel et Caïn), motif sacré qui induit celui de l’enfance,
dans un double registre, « le grave et le ludique ».
Après « La Sainte Famille », plusieurs chapitres
se succèdent selon un ordre thématique : « Notre
Père », de Noé à l’échelle
de Jacob ; « La mère et la prostituée »,
de l’Annonciation à Salomé ; « Le fils
et le saint esprit », de la Trinité (grande ou petite)
aux Saints innocents ; « La légende dorée »,
de Saint François d’Assise peuplé d’oiseaux
à Saint Mamert exhibant sans vergogne ses intestins…
Personnages statiques ou mobiles, en attente ou en plein envol,
en contemplation ou dans leur chute, menaçants ou apeurés,
adorés ou adorant, sur fond de paysage sommairement esquissé
ou minutieusement détaillé, toujours coloré
: il y a un « style » particulier, qui n’exclut
pas la diversité, voire la surprise. Surprise de constater
combien une Annonciation peut ressembler à la rencontre d’Ulysse
et Calypso, de tomber sur Narcisse et son reflet ou sur Tristan
et Yseut au milieu de personnages de l’Ancien Testament, de
sourire à l’apparition d’un Moïse en bébé
joufflu aux fesses rebondies… Les souvenirs aussi sont là,
de nos lectures de naguère et de jadis, rappel du reniement
de Saint Pierre, de Saint Antoine traînant éternellement
sa tentation, des saints populaires dont la redécouverte
évoque l’enfance, suscite la tendresse légèrement
teintée de dérision, le tout aboutissant à
« L’arbre de vie » qui renoue avec l’ésotérisme
surréaliste.
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On ne
décèle ni provocation ni subversion dans ces
tentures et ce qu’elles représentent ; plutôt
un éblouissement comme naturel de formes et de couleurs
influencées par l’art africain, par l’art
byzantin, par l’art médiéval, par l’art
populaire. Cette figuration aux allures primitives ne coupe
pas le mythe et le symbole de l’avant-gardisme et
de l’humour. Sous l’éclairage lumineux
des commentaires d’Annie Richard, contemplons sans
retenue ces images par lesquelles Gisèle Prassinos,
tout en montrant la Bible, parle d’elle-même
et nos parle de nous-mêmes.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2005)
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Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

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