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Une réflexion sur
la vie, la mort, la fuite du temps, la solitude irrémédiable
de l’homme.
La
vie est un voyage comme le récit du narrateur. Un fils, dans
l’univers clos et rassurant de sa voiture, transporte son
père mort vers un ailleurs définitif : Bergame, sa
ville natale. Et il parle à cet absent intensément
présent. D’innombrables petites phrases nominales,
des locutions parfois familières, se succèdent, jaillissant
de l’esprit de ce fils nostalgique, spectateur du monde traversé.
Les constructions parataxiques concrétisent les images, les
émotions, les souvenirs, les lambeaux de ses pensées.
Ce sont de brèves notations explicatives, des constats, donnés
dans une syntaxe orale, qui fait l’économie des connecteurs
logiques, de la négation « ne ». Ils suivent
le fil de la pensée et rendent compte de la banalité
de la vie. Cette esthétique du quotidien et du banal trahit
l’origine modeste du narrateur et de son père : rien
d’extraordinaire ne leur est arrivé et ne leur arrivera.
Le récit se conjugue au présent et au passé.
Le futur est absent. La seule certitude du futur est la mort : «
La vie. L’enfance. La jeunesse. La vieillesse. La mort.
Les illusions. Le temps nous est généreusement offert
d’une main. Repris des deux ». L’homme n’est
qu’un figurant dans ce monde : « Penser alors qu’on
est heureux d’être au monde. Contents d’y faire
de la figuration ».
La
seule note vraiment heureuse : la rencontre de Mélinda, une
rencontre éphémère, sans suite, durant un arrêt
sur l’autoroute. Mélinda fait rêver, elle «
a la voix (…) pleine de soleil. Remplie de champs d’oliviers
où nichent des milliers de cigales ». Mais cette
rencontre n’est qu’une « petite entreprise
(de séduction) éclatante autant que dérisoire.
Stupide autant qu’inutile ».
Les
hommes, « vivants en sursis », ne peuvent
« que participer à la grande aventure de
l’existence ». « La vie est combustion
» dépourvue de sens. « Et nous au
milieu, on se consume jour après jour. Saison après
saison. Année après année. Voyage après
voyage. Surtout ceux qu’on a oubliés de faire.
C’est ainsi. On l’accepte. Pas d’autre
choix. Il n’y a pas d’équivalent à
la vie ».
Avec parfois un soupçon d’humour noir, Bergame
est un beau livre triste.
Annie
Forest-Abou Mansour
(avril 2004)
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