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Dans
le texte
La «
performance » est d’un goût moderne, véhiculée
dans un imaginaire sportif assez déplacé, au profit
d’une vision du texte racinien qui peut faire débat,
un bon débat. Seul en scène, Jean-Marc Avocat interprète
tout seul Bérénice entière,
tous les personnages de ce grand triangle amoureux – Titus,
Antiochus, Bérénice. Transporté par une forte
sensibilité forte à l’alexandrin et à
sa perfection mesurée, le comédien enchaîne
à tambours battants les quinze cents vers de cette pièce
limpide, tragédie de l’amour bon et de la « tristesse
majestueuse », qui se prête assez bien à la solitude
du comédien (Andromaque, par exemple,
avec ses mille arrières pensées subtiles et perverses,
aurait été autrement délicate).
Face à
ce tour de force imposant, qui ne nuit guère à la
compréhension de la trame, le spectateur s’identifie
difficilement à l’un des personnages, mais plutôt,
au pire, au comédien (qui se met en scène en tant
que tel), et, au mieux, à l’écrivain, relisant,
revivant son texte. C’est bien de cela qu’il s’agit
: rendre le point de vue global, le monologisme scriptural derrière
les dialogues, qui fait que les larmes de Titus, de Bérénice,
et d’Antiochus, sont les mêmes larmes, celles de Racine,
celle du Texte, celle de l’humanité faite comédien.
Ainsi le choix singulier de J.-M. Avocat s’avère-t-il
fécond d’une étrange sensation. L’écrivain
composant tous les rôles effectue d’ailleurs un effort
physique du même acabit que celui-ci, intéressant à
rappeler en soi. Mais, surtout, cette ré-unification des
personnages réalise l’universalité idéale
de l’humanité, universalité par-delà
les sexes et qui en stigmatise l’amour, quête d’unité
(on songe au Banquet), qui peut rendre Bérénice
violente, voire bourrue, et Antiochus fragile, voire efféminé,
mais pour mieux rassembler ceux que déchire le destin, Rome,
le Texte. Nous voici, pour ainsi dire, au degré zéro
du texte dramatique – avant que le théâtre n’y
vienne semer ses masques et autres artifices, et décomposer
sa multiplicité, et sublimer toute sa fausseté.
Nicolas
Cavaillès
(novembre
2007)

http://www.croix-rousse.com/
Théâtre
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