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Un
bébé plein de potentialités
En 1980, Jacques
Bens publiait chez Christian Bourgois ou li po 1960-1963,
regroupant, précédés d’un « acte
de naissance », les comptes rendus des réunions de
l’Oulipo durant les trois premières années de
son existence. Noël Arnaud, à la fin de sa préface,
écrivait : «Nous voulions simplement représenter
la photographie sans retouche du bébé OuLiPo à
ses premiers pas mal assurés, s’essayant à articuler
ses gazouillis, mais laissant déjà entendre à
travers ses balbutiements des mots pleins de sens qui vont dicter
son destin ».
La relation
fidèle (même si non exhaustive) de cette « naissance
» (terme qui en sous-titre eût été plus
approprié que « genèse », qu’il
faudrait réserver aux œuvres pré-oulipiennes
– ou aux «plagiats par anticipation» – dont
est parsemée l’histoire de la littérature depuis
les temps les plus anciens), cette relation fidèle est reprise
à bon escient par le Castor Astral. Dans sa préface
et sa postface à cette nouvelle édition, Jacques Duchateau
rappelle les circonstances de la création, par Raymond
Queneau et François Le Lionnais, de ce groupe («séminaire»
? «Olipo» ?... dénominations incertaines au départ)
issu des discussions de la décade de Cerisy consacrée
à Queneau en septembre 1960, en présence (réticente)
de l’écrivain ; il insiste à juste titre sur
la face mathématique des préoccupations de ses fondateurs
(Le Lionnais était «écrivain scientifique»
et Queneau féru de mathématiques), fondateurs dont
les noms et les biographies sont rappelés : outre les sus-cités,
Noël Arnaud, Jacques Bens (évidemment), Claude Berge,
Jacques Duchateau (bien sûr), Latis, Jean Lescure, Jean Queval,
Albert-Marie Schmidt. Depuis, l’eau a coulé, le bébé
a grandi, les recherches se sont diversifiées, les chercheurs
se sont renouvelés (citons au moins Georges
Perec, Italo Calvino, Jacques Roubaud,
François Caradec, Jacques Jouet,
Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé
Le Tellier, Michelle Grangaud, Anne Garréta,
et les autres… ; citons aussi des branches annexes comme l’Oulipopo
– littérature policière –, l’Oupeinpo
– peinture –, l’Oubapo – bande dessinée…).
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Ouvrage
des plus sérieux donc, document irremplaçable,
prouvant sur le vif et avec la spontanéité du
discours direct que les réunions de l’Oulipo n’étaient
pas seulement l’occasion de réjouissances culinaires
assorties d’une joie toute pataphysique, mais aussi et
surtout de vraies séances de travail (ce qu’elles
sont toujours), avec communications diverses, élaborations
de contraintes nouvelles, composition de textes dont plusieurs
sont annexés aux relations de ces séances. Certains
des exercices ainsi pratiqués, fondés sur la polysémie,
l’isovocalisme, l’isosyntaxisme, les jeux de rimes,
de rythmes, de sonorités, de signes, de lettres sont
restés gravés dans les annales du groupe, poursuivant
leur chemin jubilatoire dans les territoires de la poésie. |
S’il en
était besoin, cette réédition enrichie montrerait
que la vitalité qui caractérise l’Oulipo adulte
n’est pas un hasard : elle est inscrite dans ses gènes.
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes
(PULIM, 2005), ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade
", et effectue des recherches sur les littératures francophones
(Roumanie, Belgique, Québec).
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voir
aussi :
De
l’Oulipo et de la Chandelle verte poésies complètes,
J. Bens (Gallimard, 2004)
Oulipo
(Mille et une nuits, 2003)
La Bibliothèque Oulipienne, volume 6
(Castor Astral, 2003)
Le style mode d'emploi de S. Tufféry
(Cylibris, 2002)
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