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Un film
conçu comme un conte
Le film s'ouvre
sur une scène presque hallucinante : dans un café
miteux, le jeune Janos entreprend d'expliquer le fonctionnement
du système solaire à quelques ivrognes. Pour cela,
il organise une chorégraphie chaotique où chaque pochard
représentant une planète tourne sur lui même
et gravite autour d'un autre… Ainsi va la vie et Janos, messager
(il est postier) et médiateur, parmi les habitants d'une
petite ville perdue au fin fond de la Hongrie. La caméra,
quant à elle, ne cessera de danser autour de protagonistes
aussi mutiques que mystérieux.
Nous ne saurons d'ailleurs jamais où et quand le film se
situe, toutes les hypothèses restant ouvertes. Béla
Tarr a définitivement rompu avec l'aspect documentaire
de ses premiers films, pour aborder des "problèmes
ontologiques, cosmiques… saisir le mystère de la nature
humaine… faire passer la vie dans l'image par un processus
autonome vis-à-vis de la narration".
C'est un événement irrationnel qui va bouleverser
l'apparente tranquillité de la ville : sur la place du marché,
un forain expose une baleine morte. La simple présence de
l'animal, doublée de rumeurs concernant un prince mystérieux,
provoquent un mouvement anarchique qui gagne peu à peu la
population pour déboucher sur la pure folie. Janos (Jonas
?), témoin naïf, est irrésistiblement attiré
par les mouvements telluriques et opposés qui traversent
la ville et les hommes (anarchie et répression). Comme lui,
la caméra est traversée du désir de voir et
de comprendre l'énigme humaine.
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Béla
Tarr, cinéaste hongrois, a tourné plus de dix
films. Très peu ont été projetés
en France et Les Harmonies Werckmeister sort dans les salles
plus de trois ans après sa réalisation.
Rapproché souvent de Tarkovski, le réalisateur
signe ici une sorte de conte inclassable émaillé
de longs plans-séquence hypnotiques. Les images noir
et blanc et fortement contrastées forment chacune une
matière épaisse et très belle où
le regard va se perdre. Les Harmonies Werckmeister
est un monde de sensations et de perceptions plutôt
que d'intellection et de symboles. La musique, très
présente, semble guider la caméra et insuffler
vie aux images (Werckmeister est un compositeur allemand du
17e Siècle dont les théories inédites
sont reprises par un personnage musicien du film). |
Le spectateur
suit Janos parmi la lumière ou l'obscurité, la musique
et le désordre, sans toujours comprendre ce qui se déroule
devant lui, mais avec un plaisir et une curiosité indéfectibles.
Les Harmonies Werckmeister, est film inclassable
d'une grande beauté sombre. Une œuvre rare.
Jean-Emmanuel
Denave
(février 2003)

http://www.arte-tv.com/cinema/tarr/ftext/00.htm
http://www.quinzaine-realisateurs.com/fr/archives/fichefilm.asp?filmID=13803
http://www.brightlightsfilm.com/30/belatarr1.html
http://www.kinoeye.org/01/01/hames01.html
http://www.filmfestival.gr/2002/uk/tributes_belatarr.php
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