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ENTRETIENS
DU XXIe SIECLE
organisée par la Division de la prospective de l’UNESCO,
en coopération avec le Conseil international de la
philosophie et des sciences humaines.
Jean Baudrillard, Hélé Béji,
Norman Myers Adama Samassekou dialogueront autour du thème
: TOUT PEUT-IL DISPARAÎTRE ? Espèces,
langues, cultures, valeurs...
le
mardi 9 mai 2006 de 18h30 à 20h30
Maison
de l’UNESCO
Inscription 01 45 68 46 67
125, av. de Suffren, Paris 7e
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«
Une force qui demeure »
Bien avant d’enseigner
la littérature, de travailler à l’UNESCO et
de fonder le Collège international de Tunis en 1998, Hélé
Béji a vécu une enfance libre, sous les regards bienveillants
d’une mère chrétienne anticléricale et
d’un père musulman libéral. Dans un milieu pétri
à la fois de tradition et de tolérance, elle a découvert
le monde, aiguisé sa curiosité et pu s’exprimer
sans interdit ni contrainte. De cette première expérience,
cruciale, Hélé Béji a tiré les principes
directeurs de sa personnalité et de sa vison de la Femme,
qu’elle nous livre dans Une force qui demeure.
D’emblée,
le ton est donné : Hélé Béji abhorre
la soumission. Cette répulsion quasi viscérale sera
répétée, déclinée et martelée
tout au long de son essai. « Je savais que je n’étais
pas un garçon, mais j’étais persuadée
aussi de ne pas être de leur sexe à elles […].
» Ce « elles » représente celles
qui l’ont entourée dans sa jeunesse, assujetties à
leur mari et ancrées dans le quotidien, n’ayant ni
culture, ni relief, mais de la magie au bout des doigts et une propension
à constamment réinventer la tradition à laquelle
elles sont intrinsèquement liées. Si elle vante leur
mérite, leur résistance, leur intelligence, Hélé
Béji ne parvient pour autant pas à se départir
envers elles d’un regard moderne assumé avec fierté,
même si, par ailleurs, l’auteur le dénonce en
tant qu’appauvrissement et dénaturation.
À travers
un récit mêlant autobiographie et réflexion,
Hélé Béji pose le problème de l’identité
et de la condition féminine dans une société
qui court à sa perte. Elle envisage, avec beaucoup de nuances,
la figure de la femme « archaïque » qu’elle
tente de réhabiliter, notamment par le concept de «
demeure » et de « gardienne du quotidien », en
se basant sur le postulat suivant : « La femme occidentale
se croit très éloignée de la femme orientale
; elle se trompe ». En effet, à son sens, l’orientalité
est indissociable de la féminité, et l’occidentalité
de la liberté. Dès lors, quand la femme moderne fait
table rase du passé, l’on comprend son malaise actuel…
À l’inverse, grâce à cette fameuse «
liberté » dont elle a pu jouir étant plus jeune,
Héli Béji se rattache naturellement à la tradition
et en goûte les subtilités. La vision de la fillette
révoltée est petit à petit corrigée
par celle de l’adulte intellectuelle qu’elle est devenue.
Mais, quand le savoir se plaît à juger l’intime
de l’orientalité, le résultat ne se révèle
pas toujours heureux…

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Il
est quelque peu malaisé de se situer par rapport à
une telle réflexion, qui peut s’égarer,
se fourvoyer, déborder. Hélé Béji
se détourne des voiles, du couscous, de la servitude
et de l’«arriérisme» de la femme
musulmane, pour immédiatement se voir rattrapée
par cette kyrielle de stéréotypes et presque
en arriver à les porter, contre sa volonté,
en étendard.
C’est indubitablement l’expression la plus manifeste
du paradoxe dans lequel elle se sent plongée, qui la
pousse sans cesse à osciller entre une posture de femme
moderne (qu’elle revendique haut et fort) et celle d’une
femme archaïque (qu’elle a tendance elle-même
à confiner dans ses fourneaux). Ce va-et-vient –
que l’on retrouve dans les questions du mariage, de
la politique, etc. –, empreint d’une grande sincérité
de la part de l’auteur, revêt, à certains
moments, un caractère pour le moins déstabilisant.
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Bien sûr,
la puissance, la profondeur, l’intérêt d’une
pensée réside en ce qu’elle est en perpétuel
mouvement, qu’elle refuse la sclérose et qu’elle
ne se laisse pas enfermer dans des carcans réducteurs, mais
il est pourtant essentiel de baliser son raisonnement.
Entre témoignage
et pamphlet, poésie et coup de poing, condescendance et idéalisation,
Hélé Béji nous offre des pages aux raccourcis
certes parfois dérangeants, mais sincères, touchantes
et auxquelles tient la beauté de son texte. Ainsi, aux prises
avec un véritable dilemme, la femme contemporaine va devoir
s’atteler, au-delà de sa seule émancipation,
à réévaluer et recréer un nouvel équilibre
– le sien et celui, par extension, de la collectivité
– grâce à cette « force qui demeure ».
Samia
Hammami
(avril 2006)
Samia
Hammami, licenciée et agrégée
en langues et littératures romanes, a rédigé
un mémoire sur « La figure de la prostituée
dans l’œuvre romanesque d’André Baillon
». Détentrice d’un Master en FLES, elle est actuellement
professeur de français langue étrangère à
l’Université de Liège. Elle est correctrice
de la revue Jibrile.

http://www.arlea.fr/
Francophonie
2006
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