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«
L’écriture est une vie renversée. »
Des neuf textes
qui composent ce recueil, cinq s’imprègnent du désert,
le décrivent, s’en inspirent, montrent ses paradoxes
et ses beautés, ses habitants ou ses visiteurs de passage
; certains y sont nés et n’envisagent d’autre
horizon que celui-ci, qui les satisfait pleinement, jusqu’au
moment où il faut se sédentariser (Raïna
ou les Demeures absentes) ; d’autres y voient un refuge
temporaire (comme Slimane et Mounia, épris d’une liberté
inaccessible, dans Morsures) ; d’autres encore répondent
à l’appel du désert, en quête d’un
absolu toujours fuyant (« la dune attire le voyageur comme
une femme et lui échappe par caprice »), même
quand on croit avoir atteint le cœur des choses.
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A
moins d’emprunter la voie des rêves, comme dans
La Cité de sable : le parcours d’un homme
qui traverse seul le désert, affirmant : « Jamais
je n’ai senti le poids de la solitude. » Tout
au long du recueil, plusieurs tentatives pour cerner cette notion
font régulièrement surface, et cette parole fait
écho à celle d’un autre narrateur, qui cette
fois se trouve en milieu urbain : « La solitude est
une ivresse. » (L’ultime rencontre d’Eugenio
Montale) ; ou bien à l’expérience d’un
écrivain qui séjourne aux portes du désert,
dans la ville de Kenadsa, qu’il dit pouvoir « inventer
» sans la visiter vraiment (« Jamais je ne me
promène, préférant toujours, et de loin,
les ressources de l’imagination à celles de la
réalité. ») Un retrait volontaire,
à la fois du monde et de ses personnages inachevés,
abandonnés à leur sort… (Le Sablier).
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En contrepoint,
d’autres vies solitaires sont dévoilées –
celle d’Albane et de la « vieille » qui l’a
élevée (Albane ou les demeures ancestrales),
ou celle de l’orphelin Coquecidrouille, dans Le Rémanent.
Ce récit (qui a tout du conte cruel) évoque un autre
aspect de la solitude, subie et douloureuse, après la violente
mise à l’écart du garçon, parfait bouc
émissaire. Chassé par la vindicte paysanne, il trouve
refuge dans la forêt. Il y vit paisiblement, jusqu’au
jour où ses bourreaux ressurgissent et vont au bout de leur
haine. Coquecidrouille, éternelle victime, incarne là
aussi la liberté que l’on étouffe, et son sort
rappelle celui de Raina, qui, pour avoir aimé un homme de
passage, est chassée de la maison de son père, l’ancien
nomade qui voit son monde s’écrouler – même
si la jeune fille, trouvant compassion et chaleur auprès
d’autres gens du désert, ne connaît pas le même
destin que le garçon des bois. Pour Raina, le sable est indissociable
de son existence – tout comme Albane s’abandonne à
la jungle végétale qui envahit le domaine familial
(« La nature entrait en elle comme un frisson de forces
vives. ») C’est dans le sable que Raina découvre
l’amour charnel, qu’elle enfante puis attend celui qu’elle
aime, faisant corps (parfois littéralement) avec cet élément
minéral que l'on aurait tort de croire inerte. Une émouvante
poésie, entre onirisme et réalité, préside
à l’ensemble, en particulier dans la description des
étendues désertiques – le sable devenant un
protagoniste essentiel, épousant la vie ou les sentiments
des humains qui le foulent, omniprésent et fuyant dans le
même temps, fluide et tangible, à l’image des
mirages de l’absolu.
Blandine
Longre
(décembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.editions-rhubarbe.com/
Bruno
Doucey,
poète, nouvelliste, éditeur, a dirigé Le
Livre des déserts (dans la collection Bouquins, de R.
Laffont, 2006), ouvrage collectif qui retrace des « itinéraires
scientifiques, littéraires et spirituels »
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