Bernard Delvaille
Œuvre Poétique

La Table ronde, 2006

 

 


Le livre d’une vie

« Aimer la poésie, c’est être accompagné, toute sa vie, par quelques vers, récités en soi-même, mezza voce, qui s’imposent soudain et qui expriment, mieux qu’on ne saurait le faire, ce que l’on ressent à tel ou tel instant précis. » a écrit en préface de son Œuvre poétique Bernard Delvaille, auteur, notamment, de Mille et cent ans de poésie française — anthologie parue en 1991 chez Robert Laffont/Bouquins — et longtemps directeur de la collection «Poètes d’aujourd’hui» aux éditions Seghers.
De même, parler d’un recueil poétique devrait revenir à en citer quelques vers, cueillis au gré de la lecture, afin de les faire goûter aux futurs lecteurs, qu’ils les sentent en bouche, se chatouillent les oreilles avec, laissent leurs yeux y courir à leur guise.

L’œuvre poétique de Bernard Delvaille c’est cinquante ans d’écrits, de souvenirs, d’instantanés de voyages, qui s’ouvrent en 1948 sur « Je n’ai personne à qui confier/Mes espérances et mes peines » et qui se referme en 2004 avec « Tout fut comme un fatal été qui se consume ».
Et si le poète ne se souvient plus de ce qui l’a poussé à noircir de quatrains ses cahiers dès l’âge de onze ans, il évoque ses lectures fondatrices, ces grands noms — Henri de Régnier, Jules Romain, Francis Carco, Francis Jammes, Novalis, Paul Claudel, Valery Larbaud — qui ont continué à l’émouvoir et à l’accompagner tout au long de sa vie, réchauffant sa solitude.

Dans son premier recueil, Escales (1948), il se projette :

« (…) Je sais que je n’arriverai jamais où je veux aller !
Je serai sur la terre le voyageur éternel, celui qui,
Aussitôt arrivé quelque part, doit en repartir !
Mais c’est cela même que je demande !
Partir ! Fuir !
(…)
Puis,
Ce sera tout !
Le livre de ma vie se refermera.
Mais j’aurai vécu comme je le désire et je n’aurai pas été
parmi ces hommes désespérés qui restent volontairement
dans le désespoir ! »

Poème visionnaire ?
Il aura voyagé, cherché, trouvé, fui, imprimant sur sa rétine couleur des villes (« Hôtel meublé/très loin dans une ville noire/couleur de gaz ardente et miraculeuse »), lumières («Toujours les réverbères sous la pluie »), mémorisant l’écho des rues (« Jazz/une rue d’alcool un tam-tam afro-cubain/Lorsque le soleil se cache/Remington Underwood »).

Mais rattrapé par le temps, le poète vieillissant finira par accoler « voyage » à « solitude » et à brosser des paysages où le « ciel sans couleur » se reflète désormais sur un sable froid, où «glaciers et blessures » remplacent « lacs de cristal » et « amour ensoleillé ». Et c’est bien d’amour, de ses désillusions, dont il est question dans les Derniers vers, quand Bernard Delvaille interpelle celui qu’il a été — « Qui t’aurait dit jadis l’aurais-tu cru jeune homme (…) » —, en écho à ce poème de 1948 pétri de fougue et d’innocence, dressant quelques pages plus loin un constat déchirant :

« O vie
qui n’a servi à rien
qu’à seulement pleurer
dans la pesante odeur des roses »

Bernard Delvaille s’est éteint, à Venise, le 22 avril dernier. Il avait 75 ans.
Son journal (1949-2000) a paru en 3 volumes — en 2000, 2002 et 2003 — aux éditions de La Table Ronde.

Maïa Brami
(juin 2006)

Née en 1976, Maïa Brami est écrivain — pour petits, moyens et grands! — et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture dans les écoles et lycées, elle anime une chronique hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF. Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte au moins! (éditions Circonflexe). Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005) et un roman, Norma (Folies d'Encre, 2006)

 

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