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Le livre d’une vie
«
Aimer la poésie, c’est être accompagné,
toute sa vie, par quelques vers, récités en soi-même,
mezza voce, qui s’imposent soudain et qui expriment, mieux
qu’on ne saurait le faire, ce que l’on ressent à
tel ou tel instant précis. » a écrit en
préface de son Œuvre poétique Bernard
Delvaille, auteur, notamment, de Mille et cent ans de
poésie française — anthologie
parue en 1991 chez Robert Laffont/Bouquins — et longtemps
directeur de la collection «Poètes d’aujourd’hui»
aux éditions Seghers.
De même,
parler d’un recueil poétique devrait revenir à
en citer quelques vers, cueillis au gré de la lecture, afin
de les faire goûter aux futurs lecteurs, qu’ils les
sentent en bouche, se chatouillent les oreilles avec, laissent leurs
yeux y courir à leur guise.
L’œuvre
poétique de Bernard Delvaille c’est cinquante ans d’écrits,
de souvenirs, d’instantanés de voyages, qui s’ouvrent
en 1948 sur « Je n’ai personne à qui confier/Mes
espérances et mes peines » et qui se referme en
2004 avec « Tout fut comme un fatal été
qui se consume ».
Et si
le poète ne se souvient plus de ce qui l’a poussé
à noircir de quatrains ses cahiers dès l’âge
de onze ans, il évoque ses lectures fondatrices, ces grands
noms — Henri de Régnier, Jules Romain, Francis Carco,
Francis Jammes, Novalis, Paul Claudel, Valery Larbaud — qui
ont continué à l’émouvoir et à
l’accompagner tout au long de sa vie, réchauffant sa
solitude.
Dans son premier
recueil, Escales (1948), il se projette :
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«
(…) Je sais que je n’arriverai jamais où
je veux aller !
Je serai sur la terre le voyageur éternel, celui qui,
Aussitôt arrivé quelque part, doit en repartir
!
Mais c’est cela même que je demande !
Partir ! Fuir !
(…)
Puis,
Ce sera tout !
Le livre de ma vie se refermera.
Mais j’aurai vécu comme je le désire et
je n’aurai pas été
parmi ces hommes désespérés qui restent
volontairement
dans le désespoir ! » |
Poème
visionnaire ?
Il aura voyagé, cherché, trouvé, fui, imprimant
sur sa rétine couleur des villes (« Hôtel
meublé/très loin dans une ville noire/couleur de gaz
ardente et miraculeuse »), lumières («Toujours
les réverbères sous la pluie »), mémorisant
l’écho des rues (« Jazz/une rue d’alcool
un tam-tam afro-cubain/Lorsque le soleil se cache/Remington Underwood
»).
Mais rattrapé
par le temps, le poète vieillissant finira par accoler «
voyage » à « solitude » et à brosser
des paysages où le « ciel sans couleur »
se reflète désormais sur un sable froid, où
«glaciers et blessures » remplacent «
lacs de cristal » et « amour ensoleillé
». Et c’est bien d’amour, de ses désillusions,
dont il est question dans les Derniers vers,
quand Bernard Delvaille interpelle celui qu’il a été
— « Qui t’aurait dit jadis l’aurais-tu
cru jeune homme (…) » —, en écho à
ce poème de 1948 pétri de fougue et d’innocence,
dressant quelques pages plus loin un constat déchirant :
«
O vie
qui n’a servi à rien
qu’à seulement pleurer
dans la pesante odeur des roses »
Bernard Delvaille
s’est éteint, à Venise, le 22 avril dernier.
Il avait 75 ans.
Son journal (1949-2000) a paru en 3 volumes — en 2000, 2002
et 2003 — aux éditions de La Table Ronde.
Maïa
Brami
(juin 2006)
Née
en 1976, Maïa Brami
est écrivain — pour petits, moyens et grands! —
et journaliste. En parallèle aux ateliers d'écriture
dans les écoles et lycées, elle anime une chronique
hebdomadaire sur la littérature Jeunesse dans l'émission
Au fil des pages, diffusée sur les ondes de RCF.
Après un premier roman, Vis ta vie Nina (Grasset
Jeunesse, Prix Chronos 2002) elle a reçu en juin 2005 le
Prix Matti Chiva de l'Institut Danone pour un album, Goûte
au moins! (éditions Circonflexe).
Derniers titres paru : Mon arbre ami illustré par
Ingrid Monchy (Les albums Duculot, Casterman, 2005) et un roman,
Norma (Folies d'Encre, 2006)

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