Les essuie-glaces
Edmond Baudouin

Collection Aire Libre, Dupuis, 2006

 

 


L’homme des traverses

Edmond Baudoin se met en scène dans ce récit intimiste qui commence comme un rêve, et qui montre un endroit gelé où des traverses de rails zèbrent la neige et tracent un drôle de chemin zigzagant. Un homme marche sur ces morceaux de bois, en équilibre instable, et arrive jusqu’à une petite gare déserte où une jeune fille attend un train. Ils parlent de la vie, la vraie et la rêvée, du sentiment d’irréalité qui étreint l’homme. Il se met à raconter une histoire, l’une de ses vies, quand il était auteur de bandes dessinées et « improbable professeur », celle d’un voyage qu’il fit alors qu’il était au Québec pour quelques années. « Je voulais faire dans la Belle Province un voyage d’adieu. J’allais marcher au bord de la rivière, sur le chemin de portage des Indiens et plus tard de Champlain. Je préparais mon voyage avec des amis. Il était prévu pour mai. »
Il veut aller au Nord, vers les Inuits, avec ses amis, Guy le poète et sa femme Violette, et Laurence, qui écrit de belles choses. Ils partent donc tous les quatre un matin en voiture, traversent le Saint-Laurent, tournent vers les Appalaches, vers le pays des Acadiens, traversent les territoires des Mic-Macs, rencontrent des gens, parlent ensemble ou à deux, se disent des choses intimes et des mots banals…

Ce n’est pas un voyage touristique, pas non plus une épreuve. C’est un moment hors du temps, parfois doux, parfois dur, où sont convoqués le désir, l’amitié, la nostalgie, l’émotion, l’envie d’être seul ou de retourner, la lassitude et la joie. C’est tout cela que raconte l’homme des traverses à la belle inconnue, dans un récit qui s’installe dans l’entre-deux, deux moments de vie, deux femmes, deux narrations puisque le récit en vignettes est renforcé par de longs récitatifs en bas de page, qui forment un monologue intérieur. Le trait de Baudoin s’adoucit parfois autour des visages et des corps pour laisser place aux couleurs des paysages du Québec. Cela donne une tonalité mélancolique dans laquelle il faut se laisser porter.

Catherine Gentile
(décembre 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

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