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L’homme des traverses
Edmond Baudoin
se met en scène dans ce récit intimiste qui commence
comme un rêve, et qui montre un endroit gelé où
des traverses de rails zèbrent la neige et tracent un drôle
de chemin zigzagant. Un homme marche sur ces morceaux de bois, en
équilibre instable, et arrive jusqu’à une petite
gare déserte où une jeune fille attend un train. Ils
parlent de la vie, la vraie et la rêvée, du sentiment
d’irréalité qui étreint l’homme.
Il se met à raconter une histoire, l’une de ses vies,
quand il était auteur de bandes dessinées et «
improbable professeur », celle d’un voyage qu’il
fit alors qu’il était au Québec pour quelques
années. « Je voulais faire dans la Belle Province
un voyage d’adieu. J’allais marcher au bord de la rivière,
sur le chemin de portage des Indiens et plus tard de Champlain.
Je préparais mon voyage avec des amis. Il était prévu
pour mai. »
Il veut aller au Nord, vers les Inuits, avec ses amis, Guy le poète
et sa femme Violette, et Laurence, qui écrit de belles choses.
Ils partent donc tous les quatre un matin en voiture, traversent
le Saint-Laurent, tournent vers les Appalaches, vers le pays des
Acadiens, traversent les territoires des Mic-Macs, rencontrent des
gens, parlent ensemble ou à deux, se disent des choses intimes
et des mots banals…
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Ce
n’est pas un voyage touristique, pas non plus une épreuve.
C’est un moment hors du temps, parfois doux, parfois
dur, où sont convoqués le désir, l’amitié,
la nostalgie, l’émotion, l’envie d’être
seul ou de retourner, la lassitude et la joie. C’est
tout cela que raconte l’homme des traverses à
la belle inconnue, dans un récit qui s’installe
dans l’entre-deux, deux moments de vie, deux femmes,
deux narrations puisque le récit en vignettes est renforcé
par de longs récitatifs en bas de page, qui forment
un monologue intérieur. Le trait de Baudoin s’adoucit
parfois autour des visages et des corps pour laisser place
aux couleurs des paysages du Québec. Cela donne une
tonalité mélancolique dans laquelle il faut
se laisser porter.
Catherine
Gentile
(décembre 2006)
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Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

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