Le jardin aux sentiers
qui bifurquent

(Celp Musiques, 2004
distr. Les Allumés du Jazz)


Ce disque est produit par le label CELP sous la direction conjointe de Robert Bonaccorsi (organisateur-programmateur du festival de jazz au Fort Napoléon de la Seyne sur mer) et du saxophoniste André Jaume avec l’assentiment de Patrick Wilen. Il comprend des extraits de concerts dans le Var entre 1977 et 79 (pas de dates précises) lors du retour de Barney Wilen à Nice où il est né en 1937 (décédé en 1996) après un périple en Afrique de plusieurs mois, entre ces disques Moshi, rencontre entre jazz et musique africaine prise sur le vif (1972) et La Note Bleue (1987), bande dessinée de Loustal et Paringaux librement inspirée du musicien et de sa carrière ainsi du disque qui l’accompagne.

Il est accompagné ici par le Jazz-Hip Trio composé du pianiste Jean-Bernard Eisinger, du contrebassiste (et médecin) Roger Luccioni et du batteur helvète Daniel Humair. Si ces extraits n’ont pas une prise de sons impeccable, ils témoignent d’une période au cours de laquelle Barney sort par moments (comme ici) d’une période de silence qui durera jusqu’en 1980 alors en plein « be-bop revival ».

Au cours des six titres (un standard, The Night we called it a Day ; une oeuvre d’Ornette Coleman, Lonely Woman et quatre compositions de J.B.Eisinger dont ce Jardin aux sentiers qui bifurquent, titre dune nouvelle de l’écrivain argentin Jorge Luis Borges), B.W, au saxophones ténor ou soprano, se montre en grande forme avec une parfaite aisance / assurance dans cette élégante décontraction héritée d’une de ses idoles, Lester Young, dont il fut un fervent disciple. On a plaisir à entendre sur le titre Tableau de Daniel Humair de J.- B. Eisinger le violoniste Didier Lockwood et le dédicataire, batteur régulier du trio.

Si ce disque ne constitue pas une pièce maîtresse dans la discographie du saxophoniste, cette trace permet de nous remettre en mémoire et dans les oreilles ce que fut cette période après celle du free jazz, et du concept de free-jazz-rock (Dear Prof. Leary, 1968) et cet essai de musique contemporaine avec Le destin tragique de Lorenzo Bandini en 1968, mixage de free et de bande son de grand prix de Formule Un où le pilote italien trouva la mort.

Ce grand jazzman, primé par l’Académie du Jazz, compagnon de Miles Davis (il joue à ses côtés dans la musique du film de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud) fut l’un de ces quelques musiciens français d’envergure internationale.

Jacques Chesnel
(janvier 2005)


Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

www.allumesdujazz.com

http://www.loustal.nl/barney_wilen%20story.htm