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L’éventreur
du Staffordshire
Mr Barnes, écrivain
et subtil observateur de la société anglaise, se glisse
dans la peau d’un détective et d’un auteur de
roman policier pour enquêter sur l’Affaire qui, en son
temps, défraya la chronique et retentit dans la société
édouardienne. L’affaire des "atrocités
de Great Wryley", sordide histoire de bétail éventré
et de lettres anonymes, pour laquelle un homme sans histoire fut
injustement condamné.
Deux personnages
nous sont contés. Tout les sépare. Une différence
d’âge d’une vingtaine d’années, la
religion, le milieu familial. Arthur grandit à Edimbourg,
dans une aristocratie catholique désargentée. Son
père, peintre sans succès (mais de qualité,
découvrira-t-il sur le tard) séjourne fréquemment,
puis définitivement, dans un hôpital psychiatrique.
Sa mère est le pivot de la famille. C’est elle qu’il
respecte et qui sera toujours pour lui une conseillère et
une confidente. George est le fils du pasteur de Great Wryley, bourgade
de la région rurale de Staffordshire. Son existence est réglée
par la figure toute puissante de son père, image du respect
du devoir et de la religion.
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Avec
de brefs chapitres alternant Arthur et George, les chemins des
deux personnages, jusqu’à ce qu’ils se croisent,
sont tracés différemment. Pour Arthur, Barnes
fait œuvre d’historien. Sa vie est narrée
au passé. Arthur, étudiant en médecine,
est un homme énergique, enthousiaste, séduisant,
passionné par le sport. Il écrit aussi, jusqu’à
devenir l’illustrissime auteur de romans policiers, créateur
du détective le plus célèbre de la littérature.
Il multiplie les expériences (champion de cricket, chirurgien
de marine), ne cesse d’accroître son prestige. George,
lui, apparaît comme un homme sans histoire. Sérieux,
posé, timide avec les femmes, moins ambitieux qu’Arthur,
il atteint son but de devenir homme de loi à Birmingham,
il est même l’auteur d’un guide des droits
des usagers des chemins de fer. Sa vie jusqu’à
« l’affaire » est décrite au présent,
accentuant son côté factuel, dépourvu d’imagination. |
George,
après des années de harcèlement par lettres
anonymes et par la suspicion de la police locale, est condamné.
Après plusieurs années de prison, il fait appel au
célèbre Arthur pour le réhabiliter. Bien que
souvent sollicité, c’est la première fois que
celui-ci acceptera, en enquêtant personnellement, de lancer
Sherlock Holmes sur la piste de l’affaire. Son enquête
et sa prise de position publique sont minutieusement suivies, tissant
les liens entre ces deux personnages, qui ne seront jamais vraiment
proches. George ne peut comprendre, et refusera toujours d’admettre
à quel point les préjugés et le racisme ont
contribué à son accusation, puis sa condamnation.
En effet, il est d’origine indienne, son père étant
Parsi. Lui-même se sent anglais, a été élevé
comme tel, par l’éducation et la religion, et n’a
jamais compris pour ce qu’ils étaient les sarcasmes
de certains camarades (‘tu n’es pas comme nous").C’est
là un point de rencontre de nos deux héros. "Irlandais
d’ascendance, écossais de naissance, élevé
dans la foi romaine par des jésuites hollandais, Arthur devint
anglais. L’histoire anglaise l’inspira…le cricket
anglais le fit patriote" : il s’empare de cette
cause qui en appelle à son sens de la justice et du chevaleresque,
dont il fait toujours preuve, y compris dans sa vie intime.
Soucieux du détail, Barnes est parfois un peu long, trop
systématique dans le récit de l’affaire. En
revanche, le parcours des héros est présenté
très habilement, et il nous offre des dialogues étincelants,
comme celui entre Conan Doyle et le chef de la police du Staffordshire,
combat à fleuret moucheté entre le grand écrivain
et le haut responsable, où la violence, voire la haine, affleurent
sous les propos élégants, image de l’antagonisme
entre la pérennisation d’une société
civilisée et la recherche difficile de la vérité.
Laurence
Tourniaire
(novembre 2005)

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