Le pont aux cerisiers
Blanca Alvarez

Traduit de l’espagnol par Anne Calmels
Castor Poche Flammarion, 2008

 

 


Ecriture de femmes…

« Le pont aux cerisiers sépare deux rives comme deux vies destinées à se rejoindre : l’existence n’est qu’une passerelle qui naît dans le vide et s’achève dans l’oubli. » D’inexistants nous redevenons poussières. Seule la Mémoire persiste et fait exister les ombres du passé.

Ce roman aux saveurs du Céleste Empire nous entraîne à la croisée d’une Chine urbaine reniant ses racines ancestrales et d’une Chine rurale empreinte de sagesse et de traditions perdues. Il aborde le thème fondamental de la transmission intergénérationnelle, puis celui de l’oppression sociale faite aux plus faibles. L’auteure décline cet asservissement à travers plusieurs histoires entremêlées, racontées par la sage et honorable Lin-Lin à sa petite fille Bei-Fang. La jeune fille, d’abord réticente à l’idée d’écouter les « palabres » de sa vieille grand-mère, prend rapidement conscience du pouvoir des mots et de la liberté qu’ils recouvrent. Elle ouvre son cœur à cette sève transmise de femmes en femmes depuis la nuit des temps.

Elle découvre l’écriture secrète nommée « nushü ». Ce langage muet ancestral qui servit d’échappatoire aux femmes analphabètes, obligées de suivre leurs maris inconnus jusqu’au mariage et de vivre isolées dans leurs foyers. Grâce à ces broderies codées, la mémoire des femmes de sa famille parvint aux oreilles de Bei-Fang, sous le cerisier centenaire de Lin-Lin. A travers des récits magnifiques, distillés au compte-goutte, la jeune fille plonge dans l’histoire tragique des deux jeunes sœurs – ses ancêtres – qui inventèrent ce langage muet pour faire résonner sourdement le récit d’amours condamnées au silence. Elle découvre la puissance des sentiments bridés par les convenances sociales et les cœurs qu’on déshabille jusqu’à la blessure. Elle entrevoit l’histoire de son père, cet homme morne et muet, dont elle ignorait tout, son courage et de son amour inconditionnel pour le violon. Bei-Fang qui redoutait tant sa mise au vert forcée, trouve bien des réponses à ses questionnements d’adolescente…

Ce roman conseillé à partir de 11 ans, aborde très joliment l’apprentissage des valeurs essentielles. Il démontre que la force intérieure, celle qui ne se voit pas ostensiblement, est celle qui aide à vivre, à accepter, non pour courber le dos mais pour mieux résister. « L’arbre qui résiste au vent, le vainc presque toujours mais il peut être déraciné par la tempête, tandis que la tige du bambou, qui ploie sous la brise la plus légère, n’est rompue par aucune tempête. »

Caroline Scandale
(avril 2008)

Caroline Scandale, professeure documentaliste, poursuit en parallèle des recherches en littérature, spécialité Masculin/féminin, en particulier dans le domaine de la littérature jeunesse.
http://sorcieres-jeunesse.hautetfort.com/

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