L’énigme Vermeer
ill. de Brett Hellquist
Nathan 2005
à partir de 12 ans

 

Art, puzzles et coïncidences…

Il y a quelques mois, Tracy Chevalier nouait un récit autour de « La jeune fille à la perle » peinte en 1665 par le hollandais Vermeer ; cette année, Blue Balliett s’adresse plus particulièrement à la jeunesse et place ce même peintre dans la lumière, attirant l’attention sur deux autres œuvres : « Jeune femme écrivant une lettre » (1665) et « Le géographe » (1668).

Petra et Calder ont douze ans, habitent à Chicago, sont voisins et fréquentent la même école. Ils apprécient tous deux les cours de Miss Hussey, si « honnête et imprévisible », qui sait écouter attentivement les enfants, les obliger à réfléchir et transformer leurs recherches en véritables enquêtes. Cette fois, elle propose à chaque élève de choisir un objet qu’il considère comme une œuvre d’art… Petra choisit un livre de Charles Fort qui recense des faits bizarres, avérés mais difficiles à croire et incompréhensibles, du style «averses de grenouilles vivantes» ; la jeune fille adore ce genre de mystères, ces questions sans réponses. Le livre appartient à une vieille dame voisine, Louise Sharpe, à qui Calder doit un jour rendre visite et qui possède chez elle une reproduction d’une toile de Vermeer : « Le géographe ». Or cette même peinture orne le couvercle d’un coffret choisi par Calder comme « objet d’art », une boîte offerte par sa grand-mère il y a quelques années. Calder emprunte à la bibliothèque un livre sur Vermeer dans lequel Petra reconnaît une autre toile dont le personnage lui est apparu en rêve, une femme d’autrefois écrivant une lettre. Les deux enfants décident de noter toutes les choses étranges qui leur arrivent, les coïncidences qui mêlent leurs vies : ce sont peut-être les éléments d’un tout, comme ces pièces de pentomino, en forme de lettres, que Calder trimbale dans ses poches et qui s’assemblent pour former des polygones.

Le mystère prend une nouvelle dimension quand le tableau original de «La jeune femme écrivant une lettre» disparaît au cours d’un transfert entre Washington et Chicago. Le voleur érudit adresse aux journaux une lettre où il demande au public de l’aider à rétablir certaines vérités sur l’œuvre de Vermeer. Il remercie trois personnes pour leur rôle déjà inestimable dans son projet ! Calder et Petra soupçonnent Miss Hussey, Madame Sharpe, le curieux libraire du coin et même leurs parents, si cachottiers en ce moment, d’être impliqués dans cette affaire inquiétante…Les enfants ont de plus en plus l’impression d’être propulsés au centre d’un puzzle géant, investis d’une mission. Il leur faut absolument retrouver le tableau et dénouer les fils de l’intrigue.

L’auteur américaine de L’énigme Vermeer combine sa passion pour les mystères, sa connaissance des musées, son goût pour l’enseignement ; par le biais du roman à suspense elle attise la curiosité de ses jeunes lecteurs pour l’art et son histoire. Le récit, riche en coïncidences et en rebondissements, maintient le lecteur en haleine de bout en bout sans le perdre. On apprend beaucoup sur Vermeer mais, à travers son exemple, Blue Balliett démontre surtout comment les peintures d’une époque contiennent les détails probables d’une vie quotidienne : l’art devient un témoin et peut « traduire quelque chose de réel ». L’intrigue et la réflexion rapprochent Petra et Calder, font naître entre eux une solide amitié, les rendent définitivement sympathiques. Outre le tonique récit de leurs investigations, L’énigme Vermeer contient une sorte de jeu de piste destiné au lecteur ; celui-ci est invité à examiner attentivement les illustrations où des indices lui permettront de déchiffrer finalement un message. Il faut donc s’armer d’un crayon et d’un papier. Original et amusant ! La solution, pas si simple, est donnée sur le site de l’éditeur, heureusement. Le code sert aussi au cours du récit à comprendre les missives étranges d’un copain de Calder.

Bien décidés à griser, embrouiller ou troubler leur public, auteur et illustrateur fournissent un travail complet, efficace et enrichissant. On s’amuserait bien à tirer au hasard une pièce de pentomino, à l’instar de Calder qui cherche ainsi à interpréter le réel, associant à la lettre apparue un mot qui lui convient. A ce petit jeu, en découvrant L’énigme Vermeer, le lecteur piocherait sûrement la lettre P… comme Passionnant … ou comme Prometteur puisqu’il s’agit d’un premier roman. D’ailleurs on espère bien retrouver les deux enfants réunis dans une nouvelle aventure… Pourquoi pas ?

Martine Falgayrac
(juin 2005)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

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