Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi

France, 2000, durée 1h17

Sortie au CNP le 29 août 2001

avec Raffaëlla Anderson et Karen Bach

 

 

Sorti en salles le 28 juin 2000, puis censuré (le CNP fut l'un des rares cinémas à avoir opposé quelque résistance), distribué en cassette vidéo, Baise Moi revient sur les écrans après la levée de son interdiction.

Le premier long métrage de Virginie Despentes est l'adaptation de son propre roman. Le scénario suit parfaitement la trame du livre : Manu la beurette flingue son grand frère trop protecteur, trop étouffant, et Nadine étrangle sa colocataire qui l'insupporte avec sa curiosité et ses remontrances permanentes. Les deux jeunes filles vont se rencontrer au hasard d'une sortie de gare RER pour se lancer, effrénées, sur les routes de France, telles deux excentriques survoltées. Une amitié se nouera bientôt sur fond de sperme et de sang.

Leur fuite désespérée n'est alors qu'une suite de scènes de sexe et d'assassinats d'une violence extrême. Déchaînement d'Eros et de Thanatos et fi de toute morale, psychologie, ou humanisme... Les deux actrices (venant du X) campent moins des personnages que deux blocs pulsionnels déjantés. Sur leur passage : des hôtels lépreux, des bars glauques, à putes parfois, des bagnoles volées, des verges qui s'affolent et des chairs plombées.
Tout cela filmé en DV, caméra à l'épaule, accentuant ainsi l'aspect « crade » du cadre et de l'image. Un cadre que Despentes s'ingénie à faire éclater à toutes les scènes et à toutes les sauces, sous le vacarme de morceaux rock, punk ou techno. La déglingue est réussie.

Despentes parvient à une matière filmique intense en énergie et en rythme, sorte de « pétage » de plombs permanent. Elle se permet, en outre, quelques dérives expérimentales : un plan saturé des plis et scintillements de la mer, sans perspective, tel un tableau abstrait, par exemple.
Mais Despentes c'est aussi Breillat sans la pensée, Bukowski sans le style ou Sade sans la philosophie. La rage formelle de la réalisatrice tourne à vide, ne parvenant jamais à une once de sens ni à une forme quelconque de contestation. Une folle dépense d'énergie en pure perte donc.

Jean-Emmanuel Denave

 

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