Un
voyage unique
La
lecture prodigue un plaisir fécond et subtil. Le livre objet
– la beauté de sa couverture, la douceur de son papier,
son odeur - participent à ce plaisir. La matérialité
du livre Ayal, la couleur nacarat de ses
pages, les photographies, constituent une composante importante
de l’écriture fraîche et pure de Linda Gardelle.
En effet, avant de pénétrer à l’intérieur
de ce carnet de voyage, le lecteur s’envole déjà
vers un ailleurs magique plein de fraîcheur et de charme,
simplement en feuilletant l’ouvrage, en regardant les paysages
oniriques de Mongolie, le sourire adorable et innocent de ses enfants.
Linda Gardelle, âgée de dix huit ans, est partie, seule,
en Mongolie, pour y séjourner une année afin de vivre
pleinement la culture de ce pays, d’en connaître et
d’en comprendre les habitants avec lesquels elle s’est
très vite liée d’amitié. La découverte
de ce milieu naturel et humain l’a rapidement charmée
: « Je suis éblouie par la paix et la poésie
qui émane de l’atmosphère ». Elle
apprécie la chaleur des êtres, leur hospitalité,
leur solidarité, leur simplicité, leur véracité.
Dans les steppes, sous leur yourte, ils ne portent pas de masque
comme les habitants des pays aisés et soit disant modernes...
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Ouverte,
tolérante, véritable citoyenne du monde, Linda
s’adapte aux coutumes ancestrales de la Mongolie. «
Elle est vraiment devenue Mongole. Elle est capable de vivre
en Mongolie » s’exclament souvent les autochtones.
Elle s’intègre dans ce milieu rude, au climat
hostile («Une épaisse croûte de neige
m’enveloppait et mon écharpe gelée me
brûlait le visage »). Elle accepte et respecte
la différence, avalant sans un mot son premier petit
déjeuner sous une yourte, « un œil froid,
cuit depuis dix jours ». Objective, elle perçoit
les qualités, mais aussi les défauts du peuple
mongol, l’alcoolisme, l’oisiveté, le vol.
Elle ne les occulte pas et dit sa déception. |
Cette année vécue en Mongolie recèle une intensité
ineffable pour elle : « Je restais persuadée que
je ne pourrais raconter à personne les aventures, les joies,
les moments de bonheur, les craintes, les peurs, les tristesses,
les rêves qui m’avaient portée, abattue, relevée,
écrasée, envolée. Je gardais ce monde à
l’intérieur de moi, comme un secret, comme un trésor,
comme un vieux parchemin impossible à décoder par
des gens d’un autre univers. ». Pourtant, Linda
Gardelle réussit à communiquer au lecteur toutes ses
émotions, ses sensations uniques et extraordinaires éprouvées
dans ce monde fascinant et féerique.
Une fois rentrée chez elle, elle ne peut que se sentir «
agressée, attaquée » par la vie facile,
active, superficielle de la France. Son livre est un véritable
hymne à la vie simple et naturelle loin des artifices de
la civilisation dite moderne.
Annie
Forest-Abou Mansour
(novembre 2004)

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