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Le premier volume a immédiatement
séduit un public très nombreux et a été
récompensé par le prix du Premier album lors du Festival
d’Angoulême 2006.
C’est donc avec grand plaisir que l’on a découvert
la suite de cette chronique familiale africaine, nous entraînant
dans un quartier populaire d’Abidjan dans les années
soixante-dix.
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A
Yopougon, il y a bien sûr Aya, l’une des héroïnes,
une jeune fille sérieuse, qui ne passe par son temps,
comme ses copines, à courir les môgôs et
à aller danser dans les maquis du quartier. Aya travaille
et veut devenir médecin. Dans la famille d’Aya,
il y a Ignace son père, qui travaille à Yamoussoukro,
dans la filiale de la Solibra, entreprise de bière
que dirige Bonaventure Sissoko ; Fanta, sa mère, Akissi
et Fafana, sa sœur et son frère, et enfin Félicité,
la petite bonne, qu’Aya aide à préparer
le concours de Miss Yopougon. Aya a deux bonnes amies, Adjoua,
qui vient d’avoir un bébé dont elle s’occupe
assez peu, préférant le laisser à la
garde d’Aya pour aller vendre des claclos au marché
; Bintou qui cherche un fiancé et qui, trop naïve,
se laisse séduire par un beau garçon baratineur
qui mène un temps la grande vie dans un hôtel
d’Abidjan.
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Dans l’entourage
d’Aya, il y a aussi les Sissoko, gens riches qui montrent
leur richesse dans une opulente villa rose que l’on ne peut
pas rater ! Bonaventure Sissoko dirige la société
de bière du pays, la célèbre Solibra, qui connaît
présentement quelques problèmes de trésorerie.
Simone, sa femme, ne fait rien, sinon jouer à la grande dame
et surprotège Moussa, le fils, que Bonaventure tente pourtant
de motiver car c’est lui un jour qui lui succèdera.
Cette deuxième
partie commence par un heureux événement et un joli
bébé potelé en pleine page. C’est le
bébé d’Adjoua, qui ne veut pas révéler
le nom du père et souhaiterait faire endosser ce rôle
à Moussa Sissiko, promis à un bel avenir. Mais Bonaventure
ne se laisse pas abuser si bien que les parents d’Adjoua mènent
l’enquête, équipés d’un appareil
photo, pour trouver à qui peut bien ressembler le bambin.
Cela donne lieu à quelques jolies scènes car, pour
être photographié dans ce pays où l’image
compte, il faut se saper et… se parfumer ! On suit aussi les
débuts professionnels de Moussa, au sein de l’entreprise
paternelle, pas forcément très prometteurs. Et puis
il y a l’étrange attitude d’Ignace, le père
d’Aya, très réticent à accueillir sa
fille à Yamassoukro, tandis que des restructurations se profilent.
Tout ce petit monde vit sa vie au jour le jour, pimentée
de joies, de peines, d’amours et de désillusions parfois
jusqu’au coup de théâtre final qui nous laisse
sur notre fin en attendant le prochain volume !
Ce qui séduit dans Aya, c’est le sentiment sans doute
paradoxal de proximité que l’on ressent vis-à-vis
des personnages de cette très jolie chronique, l’impression
agréable de se retrouver avec des gens ordinaires dont les
préoccupations sont assez proches des nôtres, même
si tout de même, on en est éloigné par la géographie
et la culture. Clément Oubrerie et Marguerite Abouet excellent
à raconter les petits riens et les grands événements
qui constituent le cours de la vie, dans des dialogues très
bien écrits, drôles, étayés d’expressions
locales qui sont de vrais bonheurs de langue ! Beaucoup d’humour,
beaucoup de tendresse aussi dans le récit grâce auquel
se dessine un petit monde solidaire, où personne n’est
laissé de côté, où l’on s’aide
et se soutient, même si l’on a peu de moyens. C’est
aussi cette chaleur et cette humanité qui font du bien.
Catherine
Gentile
(novembre 2006)
Aya
de Yopougon - Tome 1
Gallimard, Collection Bayou, 2005
Chaleureuse
Afrique
Marguerite Abouet
est née à Abidjan en 1971. Pour écrire cette
histoire très vivante, elle a fait appel à ses souvenirs
d’adolescence. Elle y évoque la Côte d’Ivoire
des années soixante-dix, s’intéressant plus
particulièrement aux habitants de Yopougon, un quartier populaire
d’Abidjan.
Cette période est plutôt une époque heureuse
dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. 1978 : c’est
l’année où la télévision ivoirienne
diffuse sa première campagne publicitaire à la télévision
pour la bière nationale, fierté du pays. Aucun membre
de la famille d’Aya, la narratrice, n’aurait raté
cela ! Aussi la famille et le voisinage se réunissent-ils
à 19h tapantes dans le salon familial pour regarder vanter
les mérites de la Solibra. C’est dans ces circonstances
que l’on fait la connaissance des personnages de cette chronique
drôle et parfois caustique, réunis devant la télévision.
Aya nous les présente. Elle a 19 ans et mène une vie
agréable dans sa famille et son quartier.
Elle raconte ensuite ses copines, Adjoua et Bintou, qui ne pensent
qu’à aller gazer* au Ça va chauffer
! avec les galériens* et les génitos*.
Ces filles, Aya les classe dans les séries C : Coiffure,
Couture et Chasse au mari ! Elles trouvent toujours le moyen de
sortir malgré les pères qui veillent ! Et même
si elle les aime, Aya ne veut pas leur ressembler ! Elle travaille
dur à l’école et veut devenir médecin.
Elle raconte aussi le patron de son père, directeur de la
Solibra, homme richissime qui vit avec sa femme et leur rejeton
(génito) dans une immense villa rose aux multiples
salons tape-à-l’œil.
Elle raconte les garçons qui lui tournent autour et qu’elle
éconduit plus ou moins fermement.
Elle raconte le grand mariage de son amie Adjoua, tombée
enceinte, et la grande fête dans tout le quartier...
On passe un très bon moment avec Aya, Ignace, Fanta, Adjoua,
Bintou, Fofana, Hyacinthe, Korotoumou, Koffi et les autres. Marguerite
Abouet utilise la matière de ses souvenirs pour parler d’une
Afrique vivante, gaie et chaleureuse, où la vie peut être
belle, où les gazelles peuvent rêver au prince charmant
et s’habiller comme Catherine Deneuve, où les enfants
ont un avenir.
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Clément
Oubrerie, illustrateur connu et talentueux, signe sa première
bande dessinée. Le découpage, en gaufrier classique
de six cases, laisse la part belle aux personnages, auxquels
il donne vie de belle façon, avec beaucoup d’expressivité.
On aime aussi la langue imagée des personnages qui
parlent un français émaillé d’expressions
locales très savoureuses. En bonus, un lexique français-ivoirien
et quelques recettes indispensables de séduction et
de cuisine — pour celles qui voudraient s’inscrire
en séries C ? On est loin ici des clichés habituels
sur l’Afrique et du catastrophisme ambiant et cela fait
du bien !
Catherine
Gentile
(janvier 2006)
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Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle chronique aussi littérature de jeunesse
et bande dessinée dans la revue Inter CDI.
gazer
: aller s’éclater en boîte
galérien : garçon qui n’a pas
grand-chose à faire
génito : garçon qui a de l’argent
à dépenser.

http://www.gallimard.fr/
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