Du
même auteur :
Les radis bleus (Folio Gallimard,
2005)
L'éternité est inutile
(Gallimard, L'Arpenteur, 2002)
Toute une vie bien ratée (Gallimard, 1997
/ Folio, 1999)
Légende
de Zakhor (Éditions
En Forêt / Verlag Im Wald, 2002)
Jours Anciens (L'Arbre, 2003)
C'est de la poésie
A peine paru
L’éternité
est inutile, troisième volume d’une
trilogie dont l’unité réside en particulier
dans la tonalité mi-figue mi-raisin de textes brefs à
la première personne et que d’aucuns font entrer dans
le genre de « l’autofiction », à peine
donc avons-nous éprouvé avec Pierre Autin-Grenier
l’inutilité des illusions humaines, que nous avons
la possibilité de remonter le temps. Je ne suis
pas un héros, premier volume de ladite trilogie,
après Toute une vie bien
ratée qui pourtant n’était
que le deuxième (décidément, un beau désordre
qui nous fait naviguer à vue), vient de paraître en
« Folio ».
Heureuse réédition,
mettant à la portée du plus grand nombre les histoires
généreuses et désespérées d’un
écrivain qui, sans qu’on sache vraiment quand il parle
de lui et quand « je » est un autre, nous parle finalement
de nous, les lecteurs qui pour la plupart ne sommes pas non plus
des héros.
Sous des traits
humoristiques qui tentent d’occulter une vraie pudeur, sous
une pseudo-tranquillité et une fausse oisiveté qui
cachent et laissent entrevoir la révolte et le désespoir,
on retrouve avec les délices de l’appréhension
et le plaisir d’un léger masochisme les motifs révélateurs
d’une écriture malicieuse et décapante. Pierre
Autin-Grenier n’hésite d’ailleurs pas à
avouer les affres et les rêves de l’écrivain,
qui se compare volontiers et en toute autodérision à
Marcel Proust et, cherchant parfois avec difficulté à
« dénicher le mot qui, d’un tour de clef,
[lui] eût ouvert une phrase », ne dévoile
pas volontiers ses secrets, les gardant « bien au froid
sous [son] cœur de pierre ». On renoue volontiers
avec ce non-héros (pas vraiment un anti-héros) qui
est content quand, le soir, « les monstres arrivent »,
qui, « après avoir rêvé à une
littérature grandiose, [se] retrouve sur le coup des onze
heures écossant des petits pois dans une bassine en plastique
sans avoir pu tirer une seule ligne », et qui n’hésite
pas à opposer à l’uniformité accablante
du monde les rêves les plus débridés.
Sous l’égide
du « rire panique » dessiné par Topor
et illustrant la couverture de cette réédition, on
découvre ce qu’on n’avait pas assez vu il y a
dix ans, lors de la première parution de Je ne
suis pas un héros : la prose de Pierre Autin-Grenier,
la suite le confirme, c’est de la poésie.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2003)
P.S. : Le
Matricule des Anges, revue indispensable à
qui veut circuler dans la littérature d’aujourd’hui,
contient dans son numéro 42 (janvier-février 2003)
un très éclairant dossier sur Pierre Autin-Grenier.
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.remue.net/auteurs/autingrenier1.html
http://www.gallimard.fr
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