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Du
côté des pères
Il n’est
pas forcément aisé de mettre en mots et en théâtre
un désir d’enfant, une conception, une attente de neuf
mois et une naissance, non plus que le cortège d’angoissantes
questions que ce processus engendre ; et le dramaturge a rendu sa
tâche plus ardue encore en souhaitant se concentrer sur un
personnage souvent occulté dans ce genre d’histoire
: le père, présenté comme « Lui »
tout au long de la pièce. « Lui » ne pense qu’à
ça, « il voit des bébés partout »
et il en parle à « Elle » ; d'abord réticente,
elle se fait peu à peu à l’idée ; mais
rien ne se passe... Il faut alors prendre quelques leçons
d'amour … mais une approche théorique peut-elle vraiment
remplacer l’intimité poétique d’un moment
en suspens ? La conception est ainsi décrite avec pudeur
:
« Cela se passe discrètement
Dans un plaisir infiniment
De cette histoire évidemment
Il faut ce beau commencement »
Dès l’instant
où l’enfant est conçu, son père se met
à lui parler, lui offrant un poème ou lui chantonnant
des comptines… Les autres (sa femme, son collègue,
le docteur) ont beau lui répéter que son rôle
s’arrête là, que c’est la maman qui compte
maintenant (« Pour le père rien à faire.
Tout pour la mère rien pour le père »),
sa belle-famille peut bien l’ignorer (tout en harcelant la
maman de conseils rebattus), l’idée qu’il ne
puisse lui aussi porter l’enfant est insoutenable, et il s’obstine
: « j’attends un bébé depuis quatre
mois et j’ai fait un dessin sur mon ventre parce qu’il
n’est pas dans mon ventre comme ça il est presque dans
mon ventre. » Il sait que c’est la mère
qui porte « le vrai » bébé, mais
ne peut s’empêcher de nourrir cette obsession, s’imaginant
même qu’il rejoint l’enfant dans le ventre de
sa femme, pour ensuite le soustraire à sa mère et
le déposer dans son propre ventre : le fantasme devient réalité
sur scène, les séquences qui se succèdent opérant
une authentique catharsis… Et ce père fantaisiste,
obnubilé par son enfant à naître n’est
pas si fou que ça (en dépit des borborygmes qu’il
prononce parfois à l’attention du bébé
et qui feraient penser à une régression infantile
– bien compréhensible…), tandis qu’il énonce
son fantasme à haute voix, se faisant le porte-parole de
nombreux hommes qui n’osent formuler ces désirs –
que d’aucuns qualifieraient de contre-nature ; il se forge
audacieusement sa devise à lui : « tout pour le
père tout pour la mère», se libérant
ainsi implicitement des conventions sociales et des traditions qui
d’emblée écartent le géniteur une fois
son "travail" accompli…
Ce théâtre
a valeur d’exemplum, et ses objectifs démonstratifs
sont évidents : les personnages demeurent fonctionnels, à
la limite de l’ébauche, désignés de manière
quasi anonyme (le collègue, le couple, le vieillard, le bébé,
la famille, une silhouette, etc.), et le « choeur des quelqu’uns
» est aussi là pour nous le dire, comme il nous rappelle
aussi que c’est du théâtre que nous lisons, une
fiction – on notera que l’auteur propose au metteur
en scène de faire lire / dire les didascalies à haute
voix, un procédé qui s’apparente évidemment
aux petits panneaux introduisant les scènes dans le théâtre
de Brecht. Mais cette singularité n’ôte en rien
sa grande fantaisie à la pièce (en particulier langagière,
adaptée à un jeune public/lecteur) ou la cocasserie
omniprésente de situations calculées, non plus que
la grande sensibilité de ce père en quête de
reconnaissance.
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De
l’intérieur aborde subtilement
divers sujets de notre temps (entre autres l’eugénisme,
qui pointe concrètement son nez depuis quelques années),
tout en s’interrogeant sur la place du masculin dans
le processus de la gestation – la pièce donne
ainsi un rôle (dans tous les sens du terme !) au père
(la typographie guide parfois dans ce sens) et permet aux
enfants (qui là aussi sont assurément concernés)
de s’éveiller au thème, et de se faire
à l’idée que la mère n’est
pas « tout », l’auteur prenant à
l’évidence position pour le bien de tous !
B.
Longre
(janvier 2006)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Textes
de théâtres - critiques en ligne
Philippe
Aufort est né en 1972. Depuis qu’il a cinq ans, il
n’a qu’une passion : le théâtre, qu’il
a fini par définir comme un mode de vie. Auteur, acteur,
metteur en scène, il a fondé sa compagnie AMK avec
Cécile Fraysse. Le Mioche, sa première
pièce publiée, a été créée
au festival international de la marionnette en octobre 2002.
http://www.ecoledeslettres.fr/pdf/Philippe_Aufort2.pdf
http://www.ecoledesloisirs.fr
Plus
d'informations sur le spectacle (tournée 2006)
Texte, jeu et manipulation Philippe Aufort. Mise
en scène Compagnie A.M.K. Scénographie et marionnettes
Cécile Fraysse. Production Compagnie A.M.K., Théâtre
de la Marionnette à Paris
http://www.theatredelamarionnette.com/v2/fr/include/pestacles/delinterieur.htm
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