de Jacques Audiberti (1947)
mise en scène de Andrzej Seweryn

15 janvier au 2 mars 2002
au Théâtre du Vieux-Colombier

durée 1h45


production Comédie Française
Théâtre du Vieux-Colombier


au Théâtre des Célestins, Lyon.
renseignements et location : 04 72 77 4000
du 3 au 21 octobre 2001


Théâtre du Vieux-Colombier
21 rue du Vieux-Colombier, Paris 6e
Location tél. : (33) 01 44 39 87 00 / 87 01

avec Catherine Salviat, Michel Favory, Jean Dautremay, Igor Tyczka, Françoise Gillard, Laurent d'Olce, Laurent Rey, de la Comédie-Française et Viencent Primault


Le mal court démarre d'une manière qui paraît familière, évoquant l'univers des contes ou le théâtre de Molière ; en réalité, Jacques Audiberti trompe bien son monde, parvenant à nous faire croire aux costumes d'époque (très réussis, signés Renato Bianchi) ou au contexte pseudo-historique de sa fable, alors que cette pièce étrange, déconcertante, au symbolisme fluctuant et au langage mouvant (l'on passe sans prévenir de fioritures stylistiques très XVIIIème à un patois invraisemblable ou à des tournures argotiques contemporaines) n'a de cesse que d'ébranler un public en attente de prévisible.

Tout débute et tout s'achève dans une auberge où des voyageurs venus de l'Est lointain (le marécageux royaume de Courtelande), font étape : La princesse Alarica, accompagnée de sa gouvernante et d'un ministre, est en route vers l'Occident, où elle doit y épouser le Roi Parfait, dix-septième du nom. La très jeune princesse, peu au fait des affaires du mariage, ne trouve pas le sommeil et questionne Toulouse, sa gouvernante ; la rencontre imminente avec son promis occupe toutes ses pensées et elle se pâme avec candeur devant le portrait miniature du grand Parfait.

Le cours tranquille des projets d'épousailles est soudain bouleversé par l'irruption (fortuite ou manigancée ?) d'un gentilhomme qui prétend être le fiancé tant rêvé... Quand le véritable roi apparaît, affublé de son éminence grise, le Cardinal de La Rosette, le conte vire au mélodrame, puis au drame tout court. L'innocence, la pureté et les larmes de la princesse ne sont que de faibles atouts contre le monde des puissants et de la politique ; en réalité, la cruauté des autres contamine Alarica, mais lui offre aussi une arme : le mal. Elle se fait alors ambitieuse diablesse et espiègle putain, plutôt instinctivement que par calcul, car la force primitive qui semble la submerger paralyse ses adversaires masculins et réduit certains à un pathétique et insoutenable chagrin.

Ici, malgré quelques dérapages contrôlés vers le vaudeville, la comédie ou le picaresque (comme pour mieux nous égarer...), l'innocence se venge, une revanche malsaine et bien amère. A travers le personnage d'Alarica, l'auteur ne cherche pas tant à dénoncer "le vinaigre du monde" (formule éminemment ambiguë, évoquant le mal inhérent à l'humain, un mal qui donne aussi son piquant à l'existence) qu'à expérimenter sa théorie du mal qui court en décrivant comment la plus pure des jeunes filles peut y succomber, s'y jeter corps et âme afin de répondre au mal par le mal, ce qui lui permet aussi d'ouvrir enfin les yeux sur le vrai visage du monde. La métamorphose est néanmoins loin d'être abrupte car l'auteur et le metteur en scène l'introduisent subtilement, parsemant la première partie de la pièce d'indices fuyants (les paroles de Toulouse, ou la peau de bête qui lui sert de manteau) ; et c'est ce glissement impalpable de la personnalité d'Alarica qui demeure le point le plus fascinant de cette pièce.

Depuis 1947, Le mal court
a connu de nombreuses mises en scène ; en dépit de l'absence d'entrain de quelques scènes et le jeu parfois convenu, voire empesé, de certains des comédiens, le spectacle qui est proposée là par la Comédie Française ne peut que séduire, ne serait-ce que grâce à la fougue et la fraîcheur trompeuse d'Alarica, magnifiquement interprétée par Françoise Gillard qui tient la scène presque deux heures durant et dont il faut saluer la performance de comédienne.

B. Longre
(octobre 2001)



Audiberti
http://www.paru.com/redac/critiqueLitterature/axxxx306.htm
http://www.culture.fr/culture/actualites/celebrations/audiberti.htm

http://www.comedie-francaise.fr/biographies/audiberti.htm

Andrzej Seweryn
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/seweryn.htm

La Comédie Française
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