une pièce de Jean-Claude Grumberg
mise en scène de Gildas Bourdet

Avec Nathalie Hugon, Daniel Langlet, Nicole Dubois, Sylviane Goudal, Monique Mauclair, Pascal Nawojski, Cécile O'Cairn, Claire Beaudoin, Michel Valmer, Pierre Stéfan Montagnier

Du 1er au 19 avril 2000 (durée : 2h15)
au Théâtre des Célestins, Lyon


Quatre Molières 1999
Révélation féminine : Marie-Christine Orry
Meilleur metteur en scène : Gildas Bourdet
Meilleur auteur : Jean-Claude Grumberg
Meilleur pièce du répertoire : L'Atelier



Présentée pour la première fois en 1979, la pièce de Jean-Claude Grumberg, qui fait revivre un atelier de confection au sortir de la deuxième guerre mondiale, est mise en scène à Marseille par Gildas Bourdet, au Théâtre National de la Criée.
A propos de son texte, l'auteur écrit aujourd'hui : 'ce que nous abordions en tremblant dans la solitude de notre douleur est maintenant hurlé dans une obscène cacophonie médiatique. (...) Peut-être aura-t-il fallu cinquante années pour comprendre et admettre que cette histoire n'est pas seulement l'histoire des Juifs, des Allemands et de Vichy, que cette histoire ouvre un chapitre inédit de l'histoire de l'humanité et que ce chapitre a pour titre Inhumanité.' "

Un très beau décor au réalisme nostalgique, des personnages joyeux, pleins de vie et insouciants dans cet atelier de confection à la fin de la guerre. Les plaisanteries fusent, c'est un jeu bien rôdé entre les ouvrières. Une nouvelle est arrivée ce jour, " pour les finitions " ; elle participe aux fous rires et à la bonne ambiance générale dans l'univers clos de l'atelier. Les Américains sont à Paris, la peur a cédé la place à l'euphorie, les plus jeunes ont bien l'intention de profiter de la vie… Mais bientôt la dernière arrivée parle de ses deux enfants et de son mari déporté. Une faille dans l'insouciance. Très vite les protagonistes se situent par rapport à ce contexte. L'ambiguïté des positions pendant l'occupation commence à poindre, comme celle de ce policier, mari de l'une d'entre elles, qui, dit-elle, a " sauvé des Israélites "… On apprend que le premier " presseur " revient de déportation, alors que le patron, juif et époux d'une juive allemande, cache mal un sentiment de culpabilité : quelques " bassesses " lui ont permis de se cacher et de sortir vivant de la guerre - culpabilité envers les autres juifs déportés, ceux qui sont revenus et ceux dont on attend encore le retour.
De tableau en tableau, au rythme des saisons et des années, l'intensité dramatique augmente et le rire se fait " pleurire ". Aux côtés de cette femme en quête incessante de l'acte de décès de son mari, aux prises avec ses difficultés pour survivre à la disparition, s'effectue la prise de conscience d'un passé plus ou moins occulté. Dans ce monde immuable de l'atelier, que seul l'arrière-plan scénique ouvre sur un extérieur visuel lui aussi restreint, s'immiscent les problèmes sociaux et les querelles politiques, l'immobilisme de l'administration et les difficultés du commerce face au capitalisme renaissant.
La scène est un microcosme, l'atelier rassemble un échantillon humain représentatif d'une époque, de ses difficultés dites ou non dites, criées ou enfouies, mais cela va plus loin : cette pièce, dans laquelle chaque comédien prend parfaitement sa place particulière, est une véritable tragédie populaire. Le destin des personnages y est pathétique, mais face à lui ils réagissent avec un humour, une férocité et une distance qui leur confèrent toute leur humanité.

F. Anthonioz
(avril 2000)

du même auteur
Le petit chaperon Uf (Actes Sud papiers, 2005)
Le petit Violon