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Quatre Molières
1999
Révélation féminine : Marie-Christine Orry
Meilleur metteur en scène : Gildas Bourdet
Meilleur auteur : Jean-Claude Grumberg
Meilleur pièce du répertoire : L'Atelier
Présentée
pour la première fois en 1979, la pièce de Jean-Claude
Grumberg, qui fait revivre un atelier de confection au sortir de
la deuxième guerre mondiale, est mise en scène à
Marseille par Gildas Bourdet, au Théâtre National de
la Criée.
A propos de son texte, l'auteur écrit aujourd'hui : 'ce
que nous abordions en tremblant dans la solitude de notre douleur
est maintenant hurlé dans une obscène cacophonie médiatique.
(...) Peut-être aura-t-il fallu cinquante années pour
comprendre et admettre que cette histoire n'est pas seulement l'histoire
des Juifs, des Allemands et de Vichy, que cette histoire ouvre un
chapitre inédit de l'histoire de l'humanité et que
ce chapitre a pour titre Inhumanité.' "
Un
très beau décor au réalisme nostalgique, des
personnages joyeux, pleins de vie et insouciants dans cet atelier
de confection à la fin de la guerre. Les plaisanteries fusent,
c'est un jeu bien rôdé entre les ouvrières.
Une nouvelle est arrivée ce jour, " pour les finitions
" ; elle participe aux fous rires et à la bonne ambiance
générale dans l'univers clos de l'atelier. Les Américains
sont à Paris, la peur a cédé la place à
l'euphorie, les plus jeunes ont bien l'intention de profiter de
la vie… Mais bientôt la dernière arrivée parle
de ses deux enfants et de son mari déporté. Une faille
dans l'insouciance. Très vite les protagonistes se situent
par rapport à ce contexte. L'ambiguïté des positions
pendant l'occupation commence à poindre, comme celle de ce
policier, mari de l'une d'entre elles, qui, dit-elle, a " sauvé
des Israélites "… On apprend que le premier " presseur
" revient de déportation, alors que le patron, juif et époux
d'une juive allemande, cache mal un sentiment de culpabilité
: quelques " bassesses " lui ont permis de se cacher et de sortir
vivant de la guerre - culpabilité envers les autres juifs
déportés, ceux qui sont revenus et ceux dont on attend
encore le retour.
De tableau en tableau, au rythme des saisons et des années,
l'intensité dramatique augmente et le rire se fait " pleurire
". Aux côtés de cette femme en quête incessante
de l'acte de décès de son mari, aux prises avec ses
difficultés pour survivre à la disparition, s'effectue
la prise de conscience d'un passé plus ou moins occulté.
Dans ce monde immuable de l'atelier, que seul l'arrière-plan
scénique ouvre sur un extérieur visuel lui aussi restreint,
s'immiscent les problèmes sociaux et les querelles politiques,
l'immobilisme de l'administration et les difficultés du commerce
face au capitalisme renaissant.
La scène est un microcosme, l'atelier rassemble un échantillon
humain représentatif d'une époque, de ses difficultés
dites ou non dites, criées ou enfouies, mais cela va plus
loin : cette pièce, dans laquelle chaque comédien
prend parfaitement sa place particulière, est une véritable
tragédie populaire. Le destin des personnages y est pathétique,
mais face à lui ils réagissent avec un humour, une
férocité et une distance qui leur confèrent
toute leur humanité.
F.
Anthonioz
(avril
2000)

du
même auteur
Le petit chaperon
Uf (Actes Sud papiers, 2005)
Le
petit Violon
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