Marie-Antoinette à la cour de Versailles
Anne-Sophie Silvestre

Flammarion, 2007

 

 

Une adolescente dans l’Histoire

Suite de Marie Antoinette, le jardin d’une princesse », ce volume retrace la vie de la princesse à partir de son mariage jusqu’à 1772. On retrouve le personnage de l’abbé Vermond, son précepteur, qui a accepté le poste de lecteur auprès de la princesse (c’est un bon poste d’observation : on songe au roman de Chantal Thomas, Les Adieux à la reine, où la narratrice est lectrice-adjointe de la reine en 1789). Ce faisant, il accepte aussi de devenir quelque peu un espion au service de la mère Marie-Antoinette, l’Impératrice Marie-Thérèse, avec l’idée que cela ne peut que la protéger. Et de fait, à travers ce personnage c’est un regard très bienveillant qui nous est proposé sur les premiers pas de Marie-Antoinette à la Cour.
Tout cela est très fidèle à la vérité historique que l’on connaît, et bien documenté : on y apprend les relations de Louis XV à sa famille, les dissensions qui règnent autour de la place donnée à la favorite, Madame du Barry, le poids de l’étiquette, incarnée par la dame de compagnie, Madame de Noailles. On se promène dans les jardins, on accompagne la chasse, on voit la vie de la Cour rythmée par les soupers, fêtes, voyages et commérages.

La question de la non consommation du mariage par les deux jeunes époux est traitée avec discrétion et sympathie mais n’est pas esquivée. On assiste aux tentatives de Marie-Antoinette pour s’affranchir un peu des ordres de sa mère, pour monter à cheval, par exemple. On la voit faire ses premières armes dans les clans de la Cour et face aux commérages. L’auteur dresse un personnage plein de jeunesse, un peu étourdie, gaie, railleuse, mais pas méchante. D’autres personnages de jeunes gens enjoués comme le comte d’Artois (le futur Charles X) sont bien campés. Tout cela est très réussi.

Reste une question de taille, vu le public visé : les adolescentes d’aujourd’hui s’intéresseront-elles aux querelles de préséances qui occupent le dernier tiers du volume ? Le récit de la petite guerre qui oppose le clan de Mesdames, filles de Louis XV, au clan de Madame du Barry est très bien mené et l’auteur montre bien que ce conflit de personnes recouvre des choses beaucoup plus sérieuses, mais il n’est pas sûr que l’attention de jeunes gens saura se fixer sur des enjeux difficiles à comprendre aujourd’hui. Néanmoins, en avoir fait le pari est une belle entreprise : cela tranche agréablement avec la facilité de bien des romans historiques qui font comme si les choses importantes d’hier étaient les mêmes que celles d’aujourd’hui et qui évitent d’introduire tout sentiment d’éloignement et d’étrangeté. Ce parti pris, qui joue sur la proximité à travers l’âge et les préoccupations du personnage de Marie-Antoinette (s’amuser, monter à cheval…) et sur l’étrangeté avec le portrait du monde de la Cour mérite d’être salué et accompagné de succès.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(octobre 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

lire aussi
Marie-Antoinette, le jardin secret d’une princesse
Flammarion, 2006

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