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Les
éditions du Chemin de fer publient des ouvrages
à deux voix, issus d’une rencontre inédite entre
un auteur et un artiste. Leur objectif : laisser le champ libre
à toutes les expressions contemporaines de la représentation
et investir l'espace laissé vacant entre les mots et l'imaginaire
pour renouveler la tradition du livre illustré.
En
eaux troubles
«
Dans nos yeux c’est l’eau qui rêve. »
Assise au bord
de l’eau, L’eau et les rêves de
Bachelard sur les genoux, la narratrice observe discrètement
deux pêcheurs, comme elle assisterait, dans l’ombre,
à quelque saynète prenant des allures de drame, dans
un lieu dont elle fait partie et dont elle se sent toutefois détachée
: « j’ai raconté ce que j’ai vu. (…)
J’avais d’abord été un simple regard,
levant les yeux de mon livre, rien qu’un regard vigilant sur
un décor et des personnages. L’eau. Un jeune homme.
Un enfant ». A partir de ce qu’elle voit, elle
invente, échafaude une histoire, émet des hypothèses,
tire les ficelles d’une histoire qui ne lui appartient pas
mais qu'elle s'approprie peu à peu, tisse d’autres
fils narratifs ; elle laisse son imagination se déployer,
à l’image de l’eau qui file lentement sous ses
yeux, omniprésente métaphore de la vie et de la mort,
du flux narratif sans cesse renouvelé, là, sur la
berge de cette rivière paisible, qui progresse vers un dénouement
que l’on devine d’emblée vertigineux : une réalité
faussée par le regard nécessairement subjectif de
la narratrice qui réécrit le réel et y superpose
une vision que l’on sait instable, peu fiable – «
je m’embrouille », avoue-t-elle. « Ou
bien j’invente. » Paradoxalement, elle se justifie,
veut nous convaincre qu’elle est à la lisière
des événements, qu'ils sont bien réels : «
Il serait injuste de me soupçonner d’écrire
ici une histoire que j’inventerais totalement en cherchant
à la donner pour véridique. J’ai vu j’ai
entendu. »
Ce qui se passe
entre les deux personnages, Vincent et Joseph, le garçon
et (peut-être) son petit frère, paraît d’abord
anecdotique – le second agaçant un peu le grand, tous
deux partagent un pique-nique, une petite sieste ; puis survient
un cri, et l’arrivée d’un vieil homme, qui annoncent
une catastrophe ; ce qui s'est déroulé un peu plus
loin sur la berge aurait (mais rien n’est moins sûr)
quelque chose à voir avec Vincent (on espère que oui,
pourtant).
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Les
considérations de la narratrice s’insèrent
dans ce récit cadre – des commentaires légers,
poétiques ou soucieux, qui retracent la construction
même du récit – tandis que le texte se
colore d’une teinte plus sombre, contaminé
par le regard qu’Anne Laure Sacriste pose sur cette
courte fiction ; une vision sereine et dépouillée,
dépourvue de personnages : des noirs plutôt
chauds tirant sur le vert et le violet foncés, rendant
habilement la fausse torpeur de la rivière tout en
effleurant ses aspects potentiellement dangereux, et qui
joue sur les blancs de la page, des espaces en creux, à
l’image du mystère (fictif ou non) qui entoure
toute vérité (réelle ou imaginaire…).
Blandine
Longre
(décembre 2007)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

www.chemindefer.org
Faut-il
à nouveau présenter les éditions du Chemin
de fer ?
Une
oreille de chien
de Nathalie Quintane, illustré par Nelly Maurel
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L'éditeur |
On
a marché sur la tête de
Marie Le Drian, vu par Raphaël Larre,
Editions du chemin de fer, 2006
Les
éditions du chemin de fer ont la particularité
de proposer des textes de fiction d’excellente qualité,
accompagnés d’illustrations ; des ouvrages format
poche qui mettent en vis à vis deux univers expressifs,
l’un langagier, l’autre visuel, parfois contrastés
ou d’autres fois en symbiose, comme ici avec les croquis
décalés de cimetières de Raphaël
Larre ; Albert-Léonard, un vieux célibataire,
a en effet décidé, de son vivant, d’organiser
ses funérailles. Il fait appel à une entreprise
de pompes funèbres moderne et organisée, qui
lui envoie une commerciale chargée de monter le contrat…
La narration est à la première personne mais
ce court récit enlevé, un long dialogue ponctué
de réflexions en aparté d’Albert-Léonard
pourrait tout aussi bien être adapté pour le
théâtre. La naïveté, la circonspection
et l’étonnement du futur décédé
face aux complexités inattendues de cet arrangement
amusent beaucoup et la froideur détachée (toute
professionnelle) de l’employée permet de mettre
en exergue l’acidité et l’ironie qui se
dégage de la démarche même du «
vieux gars ». Une nouvelle pour plaisanter d’un
sujet grave et rire des absurdités des vivants face
à la mort. B. Longre
(mars 2007) |
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L'auteur |
Là-haut,
nouvelle
de Pierre Autin-Grenier, mise en peinture par Ronan Barrot
,
Les éditions du Chemin de fer, novembre 2005.
Au
sommet de la colline, la « baraque bleue »,
où vient de mourir une vieille femme qui y demeurait
recluse depuis on ne sait quand, recèle des mystères
insoupçonnés. Les hommes robustes chargés
de la vider, à mesure de leur exploration, découvrent
des secrets à frémir : des boîtes aux
étranges contenus, un portrait qui nous fait remonter
à des origines familiales porteuses de malédiction
et de mort, et encore… laissons au texte le soin de
ses effets.
Les illustrations de Ronan Barrot, à grands traits
sombres suggestifs et énigmatiques, s’adaptent
précisément aux pages de cette nouvelle qui
nous plonge dans les profondeurs lugubres du temps.
J-P. L. (nov. 2005)
A
lire aussi : Un mariage en hiver d'Annie
Saumont et Vincent Bizien, Les histoires de frères
d'Arnaud Cathrine et Catherine Lopès-Curval, En
noir et blanc de Henry Bauchau et Lionel D. |
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