Artaud
(B.flat Recordings / Discograph 2004)

 

Ne dit-on pas : mieux vaut tard que jamais…
Donc, maintenant que je me suis procuré (enfin - je ne reçois pas tous les disques en service de presse ; certains distributeurs dédaignent les chroniques en ligne ! )
ce disque publié sur le même label que le superbe Hymne au soleil des frères Belmondo et paru vers la fin de l’an dernier, je vais pouvoir écrire tout le bien que je pense du premier album de ce contrebassiste, Vincent Artaud, né en 1970, habitué du collectif « nuits blanches » au Petit Opportun au début des années 90 et lauréat en 97 du concours national de jazz de La Défense avec son quartette. En 2003, il est primé au festival de cinéma de Clermont-Ferrand pour la musique de L’Homme sans tête, court métrage de Juan Solanas.

Deux rencontres seront déterminantes pour la suite de sa carrière. Sa redécouverte de la musique dite classique dont Olivier Messiaen et sa collaboration avec Arnaud Rebotini, personnage incontournable des musiques électroniques, compositeur affilié au GRM (Groupe de Recherches Musicales) avec qui il s’initie aux synthétiseurs, à la programmation, au mixage… tout en restant fidèle par ailleurs à ses admirations pour Fauré, Debussy, Bartok (les quatuors), Webern et Berg (la musique de chambre) ainsi qu’à la musique répétitive et minimaliste américaine, notamment celle de Steve Reich.

Fort de tout ce background, Vincent Artaud devient compositeur et orchestrateur de paysages musicaux originaux (dix titres), avec une formation (y compris lui-même) de neuf musiciens, dont on retient l’absence – ou presque – de mélodie (au sens de la phrase musicale) : "je préfère les gimmicks et leur imbrication, les fragments de modes, les bribes, la suggestion", confie-t-il dans le livret d’accompagnement.

Nous sommes ici en présence d’un travail remarquable sur le son, les timbres d’où des atmosphères insolites, étranges, inouïes (dans le sens : sans précédent), d’une grande poésie, d’une réelle invention ; une musique inclassable dont certaines compositions évoquent les écrivains Umberto Ecco (Agarta) et Primo Lévi (Primo) ou le cinéaste Fritz Lang (Das Verbrechen), synthèse parfaite entre toutes les influences et fruit de nombreuses et heureuses expériences.
Vincent Artaud s’inscrit d’ores et déjà dans la continuité des grands arrangeurs. Souhaitons-lui le succès qu’il mérite.

Jacques Chesnel
(février 2005)


Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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