Ne dit-on
pas : mieux vaut tard que jamais…
Donc, maintenant que je me suis procuré (enfin - je ne
reçois pas tous les disques en service de presse ; certains
distributeurs dédaignent les chroniques en ligne ! )
ce disque publié sur le même label que le superbe
Hymne au soleil des frères
Belmondo et
paru vers la fin de l’an dernier, je vais pouvoir écrire
tout le bien que je pense du premier album de ce contrebassiste,
Vincent Artaud, né en 1970, habitué du collectif
« nuits blanches » au Petit Opportun au début
des années 90 et lauréat en 97 du concours national
de jazz de La Défense avec son quartette. En 2003, il
est primé au festival de cinéma de Clermont-Ferrand
pour la musique de L’Homme sans tête, court
métrage de Juan Solanas.
Deux rencontres seront
déterminantes pour la suite de sa carrière. Sa
redécouverte de la musique dite classique dont Olivier
Messiaen et sa collaboration avec Arnaud Rebotini, personnage
incontournable des musiques électroniques, compositeur
affilié au GRM (Groupe de Recherches Musicales) avec
qui il s’initie aux synthétiseurs, à la
programmation, au mixage… tout en restant fidèle
par ailleurs à ses admirations pour Fauré, Debussy,
Bartok (les quatuors), Webern et Berg (la musique de chambre)
ainsi qu’à la musique répétitive
et minimaliste américaine, notamment celle de Steve Reich.
Fort de
tout ce background, Vincent Artaud devient compositeur
et orchestrateur de paysages musicaux originaux (dix titres),
avec une formation (y compris lui-même) de neuf musiciens,
dont on retient l’absence – ou presque – de
mélodie (au sens de la phrase musicale) : "je
préfère les gimmicks et leur imbrication, les
fragments de modes, les bribes, la suggestion", confie-t-il
dans le livret d’accompagnement.
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Nous
sommes ici en présence d’un travail remarquable
sur le son, les timbres d’où des atmosphères
insolites, étranges, inouïes (dans le sens :
sans précédent), d’une grande poésie,
d’une réelle invention ; une musique inclassable
dont certaines compositions évoquent les écrivains
Umberto Ecco (Agarta) et Primo Lévi (Primo)
ou le cinéaste Fritz Lang (Das Verbrechen),
synthèse parfaite entre toutes les influences et
fruit de nombreuses et heureuses expériences.
Vincent Artaud s’inscrit d’ores et déjà
dans la continuité des grands arrangeurs. Souhaitons-lui
le succès qu’il mérite. |
Jacques
Chesnel
(février 2005)
Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le
Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands
Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas)
; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie
Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente
ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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