Lysistrata
Traduit du grec par Raphaël Meltz et Laetitia Bianchi
Arléa, 2003

 

UNE COMEDIE POUR DIRE NON A LA GUERRE : lectures de Lysistrata

* au Festival du Film de Femmes de Créteil le lundi 24 mars 2003 à 20h30 à la Maison des arts de Créteil, place salvador Allende, m : Créteil l’échat-hopital Henri Mondor (direction Créteil Préfecture)
* au Festival du Film de Paris, le dimanche 30 mars 2003 à 17h00 à l’Espace Pierre Cardin, 3 avenue Grabriel (M : Champs Elysées).
plus d'informations

 

Une traduction vivifiante, au service d'un texte résolument moderne et populaire.

La pièce est de circonstance (justement, le 3 mars dernier, une lecture universelle s'est déroulée dans tous les coins du monde, 1031 lectures dans 59 pays...) et l'on sait que la préoccupation essentielle d'Aristophane concernait la guerre et la paix ; cette comédie est jouée pour la première fois en 411, durant la guerre du Péloponnèse (les Athéniens et les Spartiates s'affrontaient depuis vingt ans) et peut être considérée, au-delà du genre comique, comme une tentative d'enfin vivre en paix. Le postulat d'Aristophane est simple : les hommes ne parviennent pas à se réconcilier, laissons la place (et l'Acropole) aux femmes ! Lysistrata (littéralement "celle qui dissout les armées") est une simple femme, peut-être un peu plus intelligente que la moyenne, mais dans tous les cas, elle n'est pas une déesse ; plus admirable encore, sa lutte pour la paix n'est pas motivée par une quelconque soif de pouvoir : elle agit pour le bien de la Grèce et de la cellule familiale, totalement déstabilisée depuis que les maris sont des soldats. On voit bien là comment la sphère individuelle rejoint la sphère publique, sur le mode classique du système des concordances entre famille et cité.
Il est vrai que c'est toujours le stratagème d'abstinence forcée qui est mis en relief lorsqu'on parle de cette comédie, mais le texte recèle d'autres perspectives, non moins importantes. Car le plan de Lysistrata est double et, à la grève du sexe, elle ajoute le contrôle économique : les femmes, non contentes de se refuser à leurs époux, s'emparent de l'Acropole et du trésor des athéniens, empêchant ainsi les hommes de pouvoir entretenir l'armée.

Par essence, le théâtre est un art vivant, n'en déplaise à certains ; et quand il s'est figé dans un texte désuet (qui, dit-on, rend hommage à l'auteur ancien) et dans une pléthore de notes de bas de page (cependant très utiles au spécialiste ou à l'amateur éclairé), on est en droit de se demander comment un tel théâtre peut-être joué sur scène et compris de tous. La nouvelle traduction que proposent Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz insuffle un nouvel élan à la pièce : rien d'autre que le texte, où transparaît la langue à la fois poétique et vulgaire du dramaturge ; un mixe savoureux de truculence et d'humour, de situations burlesques et de gravité (essentiellement incarnée par la figure digne de Lysistrata, femme politique par excellence), de dialogues bouffons et de diatribes féministes. Pour rendre la langue populaire d'Aristophane, les traducteurs ont adopté une position claire : "Nous nous sommes résolus à renoncer à cette forme de traduction [référence à l'édition des Belles Lettres], par respect pour les lecteurs pressés et les spectateurs de théâtre à qui on ne lit pas les notes en bas de page. Renseigner les hommes et femmes de plus de dix-huit ans sur ce qu'on voulait leur cacher, à savoir la modernité du théâtre d'Aristophane, voilà donc l'objectif de cette nouvelle traduction".
Les conséquences en sont heureuses, particulièrement du point de vue du rythme : le texte coule, les dialogues sont empreints d'une spontanéité réjouissante, les calembours sont respectés mais peuvent être compris de tous tout en demeurant inventifs (Cinésias, du grec "kinein", baiser, devient Niquelas... ) et les allusions culturelles dûment explicitées dans le texte même, sans qu'il soit besoin de se reporter à quelque note que ce soit (une trentaine seulement, et très brèves, qui servent surtout à éclaircir quelques références ou traditions théâtrales ; un exploit si l'on compare cette traduction à celle d'Hilaire Van Daele, de 1927 ou encore à celle de Victor-Henry Debidour, 1966 — même s'il faut reconnaître que ce dernier fait montre d'une inventivité intéressante pour traduire les jeux langagiers de l'auteur). Mais surtout, c'est sans hésitation que Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz ont recours à un vocabulaire totalement libéré des euphémismes généralement employés pour éviter de "choquer" et édulcorer les obscénités de l'auteur ; la fluidité du texte est ainsi rendue évidente :

Lysistrata
Bien. Je ne vais pas garder le secret plus longtemps. Nous devons, nous, les femmes... si nous voulons forcer nos maris à faire la paix... nous devons nous passer de...
Calonice
De quoi ? Dis, dis !
Lysistrata
Vous le ferez ?
Calonice
On le fera, même si on doit en mourir.
Lysistrata
Eh bien : nous devons... nous passer de... bites. (consternation générale. Lysistrata passe d'une femme à l'autre) Tu me tournes le dos ? Tu t'en vas ? Tu fais la tête ? Tu dis non ? Tu changes de couleur ? C'est une larme, ça ?
Calonice
Jamais ! Jamais je ne le ferai ! Que la guerre suive son cours !
(...)
Lysistrata
Ah, les femmes, quelle belle bande de salopes ! Pas étonnant qu'on écrive des pièces contre nous !

Cette nouvelle traduction, en réhabilitant le texte, en évitant de l'inscrire dans un hors-texte pesant, et en démocratisant le langage théâtral, offre une pièce renouvelée. Certaines propositions pourront sembler discutables ( mais traduire, c'est toujours... choisir — et pas nécessairement trahir... — dans tous les cas, sûrement pas ici) et on pourra prétexter que certains noms n'avaient pas lieu d'être francisés ou adaptés, que l'on avait nul besoin d'ajouts de didascalies etc. mais dans un souci de clarté, les traducteurs s'en expliquent dans l'introduction. Certains puristes pourront rejeter cette entreprise et la juger subversive, il est aisé de leur rétorquer que si subversion il y a, tant mieux, celle-ci ne peut que s'accorder à l'esprit d'Aristophane !

Blandine Longre
(mars 2003)

Le lundi 3 mars 2003, la traduction de Lysistrata a été lue dans le cadre du Lysistrata Project (mobilisation théâtrale mondiale pour la paix), à l'initiative d'Elsa Saladin. Avec Firmine Richard, Emilie Dequesne, Maurice Risch, Rona Hartner, Sarah Martins, Jeanne Vitez... Mise en Lecture de Natacha Gerritsen.
Au théâtre Fontaine, 10 rue Fontaine, Paris

Laetitia Bianchi et Raphaël Meltz sont les fondateurs de la revue R de réel. Lætitia Bianchi a publié un roman, Voyez-vous, (Verticales, septembre 2002) ; Raphaël Meltz a publié Lisbonne, voyage imaginaire (avec Nicolas de Crécy, Casterman, 2002).

Editions Arléa
http://www.arlea.fr

La pièce
http://www.willamette.edu/cla/wviews/lysis.htm
http://www.pecosdesign.com/lys/

Aristophane
http://www.republique-des-lettres.com/a1/aristophane.shtml
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Aristophane
http://rdereel.free.fr/volAQ2.html

Les traducteurs

http://rdereel.free.fr

http://www.remue.net/cont/bianchi.html

http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3416--295734-,00.html

 

 

 

UNE COMEDIE POUR DIRE NON A LA GUERRE : lectures de Lysistrata

* au Festival du Film de Femmes de Créteil le lundi 24 mars 2003 à 20h30 à la Maison des arts de Créteil, place salvador Allende, m : Créteil l’échat-hopital Henri Mondor (direction Créteil Préfecture)

* au Festival du Film de Paris, le dimanche 30 mars 2003 à 17h00 à l’Espace Pierre Cardin, 3 avenue Grabriel (M : Champs Elysées).

"En 411 av JC, Aristophane écrivait Lysistrata, une comédie dans laquelle des femmes venues des quatre coins de Grèce, décident de faire la grève du sexe tant que leur maris ne feront pas la paix.
Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis, bien du sang aussi. En janvier 2003 deux comédiennes new-yorkaises choisissent de lire cette pièce pour réagir aux volontés guerrières de leur gouvernement. Très vite, via internet, leur idée se répand comme une traînée d’ « anti- poudre » à travers la planète et le 03/03/03 1031 lectures publiques ont lieu dans 59 pays.
Nous étions parmi ces lecteurs, 40 comédiens et musiciens réunis sur la scène du théâtre Fontaine à Paris où nous avons partagé le temps d’une soirée avec un public hilare une même volonté le maintien de la paix, le maintien de la vie.
A l’issue de cette représentation nous avons eu envie de poursuivre cette action symbolique en opposant chaque fois que cela sera possible des éclats de rire aux éclats d’obus, on a les armes qu’on peut.
Cette lecture ne constitue en aucun cas un soutien au régime de Bagdad."

Entrées Libres, sans réservation dans la limite des places disponibles. Merci de bien vouloir envoyer un mail à lysistrata@noos.fr pour nous informer de votre venue en précisant le jour de votre venue, vos noms et le nombre de personnes concernées par votre mail

Notre équipe, en alternance
Arnaud Arbessier, Charles Berling, Brigitte Boucher, Cécile Cassel, Christian Charmetant, Illario Calvo, Cerise, Christine Citti, Jean-Philippe Conan, Luc Clémentin, Oranne Dutoit, Corinne Hubert, Jacqueline Corado, Georges Corraface, Diane Dassigny, Emilie Dequenne, Scali Delpeyrat, Marie-Laure Desbordes, Nicolas Djermag, Céline Duhamel, Jean-Michel Dupuis, Christine Farré, Matthieu Fayette, Rona Hartner, Emilie Hesse, Christian Julien, Romain Lemire, Caroline Lalo, Marie Lenoir, Sergio Leonardi, Anne Massoteau, Edouard Montoute, Céline Menville, Maïa Michaud, Pierre-François Pistorio, Jérémie Rénier, Firmine Richard, Sandrine Rigaux, Maurice Risch, Céline Ronté, Laurent Rouxel, Elsa Saladin, Olivier Sitruck, Gérard Surugue, Philippe Torreton, Nicolas Ulmann, Jeanne Vitez, Aurélien Zouki - mise en lecture de Natacha Gerritsen