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Arishima, auteur
tourmenté (il se suicida en 1923 avec sa maîtresse)
et avant-gardiste, écrivit ce roman en deux temps : une première
version entre 1911 et 1913, révisée en 1919, la censure
ayant parfois obligé l'écrivain à en ôter
quelques passages jugés trop osés à l'époque.
Il est vrai
que l'existence de Yokô est atypique, et elle en revendique
la marginalité tout en souffrant d'être tantôt
admirée, tantôt mise au ban de la société.
Femme fatale et insoumise, elle ne parvient pas à se faire
accepter dans un milieu compassé aux valeurs morales qu'elle
juge archaïques,
étouffantes, qui rangent la femme dans la catégorie
des êtres inférieurs. La fougue de son tempérament
est incompatible avec cette rigueur et ces contradictions la poussent
à des accès d'angoisse, toujours au bord du gouffre.
Ses aventures et les rebondissements variés ne sont pas sans
rappeler la Moll Flanders de Defoe (mais dans un tout autre
registre) : Yokô, après un mariage secret mais décevant
avec Kibe (union qui lui donne néanmoins une fille qu'elle
abandonne plus ou moins), ne peut rester au Japon et, confiant ses
deux jeunes soeurs à des parents, part aux Etats-Unis rejoindre
un fiancé qu'elle n'aime pas. Sur le paquebot, le lieu où
se déroule la majeure partie du roman, elle se sent irrésistiblement
attirée par le commissaire de bord, Sankichi Kurachi.
Tout en déplorant le fait que les femmes doivent subir leur
sort mais en développant des idées sur la libération
de la femme, l'auteur paraît bien en avance sur son temps
: dans de multiples descriptions maritimes empreintes de poésie,
il construit un parallèle entre les mouvements des vagues
et les sentiments de son héroïne, caractérisés
par leur versatilité.
Ce roman, tenu comme l'un des meilleurs d'Arishima Takeo, est d'une
richesse audacieuse, et à travers l'existence de cette femme,
l'auteur ne cesse de s' interroger et de développer plusieurs
thèmes : l'amour romanesque et le plaisir charnel, les relations
entre hommes et femmes, la passion et la mort, l'Orient et l'Occident,
et les tourments imposés aux femmes par la société
japonaise. La profondeur des sentiments est d'une sincérité
et d'une spontanéité rares et nombreux sont ceux qui
ont comparé l'auteur à Flaubert, quant à l'intimité
qui a pu exister entre ces écrivains et leurs héroïnes.
B.L.

http://www.city.kamakura.kanagawa.jp/english/bunjin/arishimatakeo_e.htm
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