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Formidable
épopée initiatique
Fabuleux périple
humain et géographique que celui d'Arios, jeune berger celte,
conté par Philodème, patricien gallo-romain, l'un
des derniers témoins de l'effritement d'une civilisation
avant son effondrement final ! Nous sommes au VIe siècle
après J.-C. et l'aventure débute à Arelate
(aujourd'hui Arles), cité prospère gouvernée
par l'évêque Césaire, qui fait la chasse aux
derniers païens - dont Philodème et sa fille Théliné
- tout en protégeant la ville des barbares qui rôdent
aux alentours. C'est là que Philodème rencontre Arios,
exilé contre son gré, qui lui confie ses origines
: contraint de quitter ses montagnes, banni de son village pour
avoir négligé son troupeau, celui que le patricien
surnomme "L'ours" pense pouvoir gagner suffisamment d'argent
dans cette ville pour un jour revenir auprès de sa mère,
qu'il a laissée derrière lui. Il est embauché
par Aule, le forgeron, et cette force de la nature travaille dur
; mais très vite, pris dans les événements
politiques et religieux qui secouent la cité, il doit fuir
de nouveau...
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Le
lecteur, comme Arios, découvre des univers fascinants,
une antiquité mouvante qui vibre sous la plume de Michel
Maisonneuve et le stylet du patricien Philodème,
un narrateur de choix : érudit hors-pair, poète
à ses heures, il assiste au nouvel ordre qui se dessine,
il voit l'ancien qui se craquelle de toutes parts, les vestiges
du passé cédant peu à peu la place à
l'ère chrétienne. Dans le même temps,
il nous livre l’histoire d'Arios telle qu'il l'a vécue
ou telle qu'il l'a entendue, quand lui n'était pas
à ses côtés : lacis d'aventures et de
récits qui se complètent et s'entrechoquent
avec, pour fil conducteur, le voyage maritime puis terrestre
du jeune berger, de Massilia (où Arios se fait pêcheur
de corail) à l'Euphrate, en passant par Leptis Magna
("fleuron de Libye") et Alessandria. |
L'objectif de
Philodème est déterminé d'avance : retrouver
sa fille Théliné, qui se serait réfugiée
à Warka, une cité désertique, lieu sacré
où elle rêve de restaurer un pouvoir matriarcal. Arios
est devenu ami avec Imdougat, un énigmatique picaro, à
la fois ermite et guerrier, et tous deux accompagnent Philodème
dans sa quête ; ils se rendent ensuite à Ilî,
pour devenir pêcheurs de perles : l'ancien berger a toujours
dans l'espoir d'offrir à sa mère une vieillesse digne
et sans soucis matériels, mais l'histoire et les guerres
le rattrapent et leur séjour paradisiaque dans ce village
hors du temps s'achèvera dans le sang des innocents.
Formidable épopée
contée de main de maître, ce roman s'inspire de l'histoire
sans être à proprement parler "historique"
; le chemin d'Arios croise une multitude de personnages dont la
complexité humaine est parfois évoquée en quelques
lignes. La quête matérielle du jeune homme se double
d'une quête humaniste et humanisante que l'on découvre
derrière les amitiés nouées tout au long du
récit : l'amitié qui unit Arios et Philodème
est étonnante et même si le patricien avoue avoir "caressé
l'espoir de devenir le mentor de ce berger aux croyances bucoliques",
il renonce à ses "velléités pédagogiques"
préférant accepter Arios tel qu'il est. L'ouverture,
la curiosité d'esprit du vieux Romain et sa tolérance
(en particulier religieuse) transcendent les époques et les
lieux et le mettent à l'abri du fanatisme qui court dans
l'esprit dérangé de sa fille Théliné.
Involontairement, c’est Arios l’idéaliste au
cœur simple qui lui enseigne quelques vérités
; ce dernier cherche à "vivre sans maître",
une soif de liberté qui surprend le vieil érudit :
"Comment un homme du commun pouvait-il avoir de pareilles
pensées? (...) Sans le savoir, l'Ours m'a obligé à
réviser bien des concepts sur la noblesse et la nature des
hommes" : un esprit d'indépendance avant-gardiste
qui souffle sur le roman tout entier et lui donne une saveur irremplaçable.
B.L.
(juin 2004)

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