Electra
ECM, 2005

 

Arild Andersen (contrebasse, boucles), Arve Henriksen (trompette), Eivind Aarset (guitares), Paulo Vinaccia et Patrice Héral (batterie, percussions), Nils Petter Molvaer (manipulations sonores), Savina Yannatou, Chrysanthi Douzi (vocaux), Elly-Marina Casdas, Fotini-Niki Grammenou (chœurs)
Enregistrement en 2202/03 à Oslo

Voici le 16° disque du contrebassiste norvégien Arild Andersen (âgé de 60 ans cette année) pour le label munichois depuis 1970. Il fut notamment le partenaire de grands musiciens dont George Russell (avec qui il étudia le fameux « concept lydien » cher au compositeur), Sonny Rollins, Sam Rivers, Paul Bley, Don Cherry, Roswell Rudd, Bill Frisell… ainsi que d’autres norvégiens importants, le saxophoniste Jan Garbarek (de 1969 à 1973), le guitariste Terje Rypdal ; il sera également leader du groupe Masqualero quintet. On retrouve sa propre sélection de ses enregistrements de 1975 à 1999 sur ECM : rarum XIX (CD 066 5982).

C’est à la demande du metteur en scène grec Yannis Margaritis que le contrebassiste a composé une musique de scène pour accompagner une nouvelle représentation de l’histoire de cette jeune femme racontée par Sophocle (déjà objet du célèbre opéra Elektra de Richard Strauss) : "voilà le chemin de ton fatal chagrin, te faisant franchir pour toujours les limites raisonnables vers une inguérissable peine, pour laquelle il n’y a aucune délivrance du mal. Dis, d’où vient cet art si épris de souffrance ?"
L’œuvre (en 18 parties) fut ainsi représentée à Athènes en 2002 dans le cadre des Olympiades culturelles en collaboration avec le Spring Theater Group. A cette occasion Arild Andersen a rassemblé un grand nombre d’associés grecs et norvégiens, aboutissement des multiples directions prises par sa musique au cours des dernière années, privilégiant les notions de structure et d’arrangement.

Alors qu’on pouvait s’attendre à écouter Niels Peter Molvaer (l’une des révélations de l’électro-jazz) à la trompette, c’est un confrère norvégien lui aussi qui se trouve en premier plan dans la plupart des morceaux, sorte de principal chanteur avec une sonorité très vocale, influencée par les joueurs de shakuhashi et de duduk et « manipulée » par Molvaer. On distingue également le guitariste Eivind Aarset (complice de Molvaer depuis dix ans) dans une ambiance électrique qui fait référence à un autre guitariste norvégien, Terje Rypdal. Les deux chanteuses interviennent ponctuellement, augmentant le caractère éminemment dramatique de cette tragédie grecque confinée dans une atmosphère résolument (trop ?) électro.

Jazz ou pas jazz, telle est la question ! Ceux qui ont apprécié l’opéra de Paul Haynes mis en musique par Carla Bley, Escalator over the Hill, ceux qui ne sont pas indifférents aux travaux du pianiste Uri Caine et ses arrangements sur notamment Mahler et Wagner, ceux-là alors doivent se laisser tenter. Quant aux autres ?

Jacques Chesnel
(août 2005)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

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