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Philo-fiction
Au centre du
récit, Carl, un « automax », sorte d’androïde
programmé pour réussir, construit de toutes pièces
(sa musculature, mais aussi ses souvenirs ou ses capacités
à obéir aveuglément…) par l’Alliance,
un empire tout-puissant dont l’un des objectifs est de reprendre
le contrôle de la planète Aria – qui échappe
depuis quelque temps à leur circuit économique. Notre
homme-robot est lâché sur la planète autonome
en compagnie de quatre de ses semblables, mais la mission, pourtant
minutieusement préparée, mathématiquement infaillible,
échoue au bout de quelques instants : aucun d’eux ne
se doutait de l’existence des « furets », parasites
invisibles capables de s’introduire dans le psychisme des
individus, mais qu’il est néanmoins possible d’apprendre
à contrôler. Ces charmantes bestioles se nourrissent
des émotions humaines et atténuent leur impact, agissant
comme une sorte de tampon, et permettent de vivre en assez bonne
intelligence sur Aria, dont les habitants restent relativement pacifiques.
Revenons à Carl, désormais accompagné de son
furet… Ses compagnons décimés (l’explication
très plausible de leur mort viendra plus tard), il se retrouve
seul en terrain inconnu, privé de ses repères, obligé
d’en trouver de nouveaux et, du même coup, d’évoluer,
au contact de plusieurs personnages – dont Shepher, Pygmalion
excentrique et impulsif (l’un des seuls qui soient immunisés
contre les furets), qui tâche de lui faire accepter sa nouvelle
condition et l’incite à réfléchir à
la notion de libre-arbitre… Compter sur lui-même, effectuer
des choix, refuser le conditionnement que lui ont inculqué
ses maîtres et créateurs, remettre en cause l’autorité
qui l’a façonné… Carl en sera-t-il capable
?
Carl est un « héros » déstabilisant auquel
on ne s’attache pas vraiment, malgré son rôle
important dans l’intrigue – car qu’est-il véritablement
? Homme ou machine ? Un hybride, assurément, que l’on
a du mal à voir comme un être humain ; un cobaye, souvent,
malmené par différentes factions (d’abord par
ses concepteurs, qui ne voient en lui qu’une machine de guerre,
puis par Shepher, qui le considère lui aussi comme un atout,
et enfin par ceux que l’on nomme les « traqueurs »,
moins néfastes qu’il n’y paraît) ; son
évolution est certes au cœur du récit –
qui se fait alors roman d’apprentissage), mais c’est
d’autres qu’on apprécie davantage, les habitants
de cette planète presque harmonieuse (ou qui tend à
l'être) : Shepher, Loubiane (la fermière télépathe)
ou encore Ston’Faro, fidèle en amitié.
L’univers créé par l’auteur ne saurait
déstabiliser, car hormis la maîtrise que certains semblent
avoir sur le psychisme et le corps humains, la planète Aria
et ses habitants nous ressemblent (eux aussi rêvent de vivre
en paix, ils se montrent curieux de tout), et le contexte est balisé
d’emblée, même si on entre dans le vif de l’action
dès les premières lignes. On se perd parfois un peu
dans quelques détails techniques, mais on appréciera
la précision avec laquelle les émotions, les processus
psychiques et les pulsions qui agitent nos personnages sont retranscrites,
ainsi que la relative utopie qu'Aria incarne. On s'amuse aussi de
l'indécision et de la passivité de ceux qui sont accoutumés
à tempérer leurs émotions (furets obligent
!), ce qui donne lieu à quelques scènes de débats
démocratiques (où chacun a droit à la parole)
qui virent parfois au ressassement et aux tergiversations de toutes
sortes...
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Indiscutablement
philosophique – comme sait parfois l’être
l’anticipation qui, sous des allures d’histoires
venues d’autres mondes, reste ancrée dans des
préoccupations contemporaines – Aria des Brumes
se présente comme une fable politique, très
humaniste, qui sonde avec habileté, et par le biais
d’une écriture alerte, percutante et fluide,
des thématiques liées aux processus psychiques
et aux notions de choix et de libre-arbitre – tout
en dénonçant des travers tout ce qu’il
y a de plus actuels (dont la recherche à outrance
de la rentabilité économique, l’impérialisme,
les tentatives de formatages de toutes sortes, etc.) Un
premier roman réussi, inventif, qui nous en dit long
sur les pulsions humaines et la résilience de la
psyché.
B.
Longre
(mars 2008)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

à
propos de la SF en tant que genre" sérieux"
http://www.lenavireenpleineville.fr/index.php
http://lorenjy.wordpress.com/
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