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«
Plutôt la poésie que le pouvoir »
Lexicologue
et lexicographe de renom, Alain Rey est aussi historien de la langue,
comme en témoigne son fameux, indispensable et passionnant
Dictionnaire historique de la langue française, chez Robert.
En témoigne aussi cet Amour du français,
qui n’a rien d’un dictionnaire, mais qui marie les rigueurs
de la science avec les enquêtes historico-linguistiques et
les déclarations sentimentales (beau ménage à
trois, prolifique et séduisant).
L’ouvrage
est construit comme une dissertation : un plan en trois parties
nettement annoncées dans l’avant-propos (« Les
erreurs de l’amour », « La grande métisserie
», « Au péril du verbe»), qui toutes s’appuient
sur une exploration à la fois savante et réaliste
du passé, mais aussi sur un état actuel de la langue
française et de sa diversité ainsi que sur les questions
que pose son emploi, en particulier dans la perspective de «
deux dynamismes » : «l’expressif, musical et poétique,
et le politique, fondé sur la communication et la force d’agir
».
On apprend sans
cesse et beaucoup, dans ce livre – comme toujours avec Alain
Rey, dont la radio et la télévision ont permis au
grand public d’apprécier le ton à la fois didactique
et jouissif qu’il utilise pour décortiquer le lexique
et son histoire. Saviez-vous, par exemple, que « le premier
véritable grammairien […] est Panini, brahmane du nord
de l’Inde, au IVe siècle avant l’ère chrétienne
» ? Et aviez-vous réalisé que « ce
ne sont pas les langues qui vivent et meurent, mais ceux qui les
parlent » ? Surtout, on se délecte à lire
une véritable déclaration d’amour à la
langue et à tout ce qu’elle implique. Un amour inconditionnel,
mais engagé «contre les puristes et autres censeurs
», comme le précise le sous-titre. Contre Malherbe
et les Académiciens, pour Rabelais et la « créolisation
» ; contre l’immobilisme stérile, pour «l’ouverture
au monde » d’un français qui, bien évidemment,
ne se limite pas (et de moins en moins) à l’Hexagone
: « La langue française et sa situation actuelle
sont les produits, d’abord d’un immense métissage
européen, puis de flux et de reflux planétaires ».
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Alain
Rey est un spécialiste, certes, mais un spécialiste
plein d’élan et d’affection, un spécialiste
qui n’hésite pas à prendre parti : «
Entre le Pouvoir, qui se sert du langage pour satisfaire
ses appétits, entraîner les humains, les tromper
peut-être, les séduire et les entraîner
toujours, et la Poésie, qui sert le langage, le nourrit,
l’enrichit et lui donne force, les amoureux du français
ne sauraient hésiter ». N’hésitons
pas à lui emboîter le pas : la langue française
peut souffrir un nombre infini d’amoureux. |
Comme pour illustrer
la vivacité de la langue française et, pour être
précis, la pluralité des langues françaises,
Denoël publie parallèlement le Nouveau dictionnaire
de la langue verte, dans lequel Pierre Merle, autre
spécialiste, autre amoureux de la langue, auteur de nombreuses
recensions lexicales, dresse un état non exhaustif (vu l’extrême
rapidité des changements) mais fort intéressant (et
fort plaisant) du « français argotique et familier
du XXIe siècle ». Il s’agit « de
la langue commune », comme le précise Claude Duneton
dans sa préface, mais d’une langue émanant de
« toutes les classes de la société
».
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Pierre
Merle a de grands ancêtres : Alfred Delvau, Hector France,
lexicographes du XIXe et du début du XXe siècles.
Il fait donc œuvre de continuateur ; mais l’exploration
de la « langue vive» n’est et ne sera jamais
terminée, puisqu’elle est toujours en formation,
toujours en mouvement. Et l’exploration d’un tel
dictionnaire est pour le lecteur une source de connaissances
et de plaisirs toujours renouvelés. Sans berlurer,
les feuilles de ce « Nouveau dictionnaire »
resteront longtemps vertes.
Jean-Pierre
Longre
(novembre 2007)
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Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

http://www.denoel.fr
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