L'arbre Lecteur
(Editions Sarbacane, 2003)
A partir de 5 ans

 

Un goût d’éternité

Voici un bel album à lire et relire, non seulement pour faire plaisir au livre lui-même, comme le suggère le petit héros de Didier Lévy, mais pour le bonheur des enfants et le nôtre…

Cela commence par une tendre amitié. Un petit garçon lecteur, anonyme, s’amuse du drôle d’arbre qui habite son jardin : cet arbre « coquin », anonyme lui aussi, aux branches accueillantes, semble convoiter les livres de l’enfant et va même jusqu’à les chaparder, « pour les lire » sûrement ! Mais l’arbre meurt, brutalement : il est foudroyé. Et comment un enfant peut-il seul appréhender la mort ? … Est-ce vraiment une fin ?
Alors la maman intervient, elle comprend l’émotion de son petit garçon, elle propose une solution pour que la peine soit moins lourde. Et l’enfant s’embarque dans le projet de fabrication d’une pâte à partir de la poudre de son arbre. L’enfant travaille, oublie son chagrin. Puis sur le papier obtenu il raconte son ami, il parle « de » lui, écrit « sur » lui et « pour » lui. Il le retrouve…
Pour l’aider dans sa tâche, tous les fidèles de l’arbre coopèrent avec l’enfant : sa maman bien sûr, pleine d’amour, le voisin, sorte d’assistant technique, et l’oiseau qui était l’hôte de l’arbre. Tous unissent leurs efforts pour réaliser un beau projet de renaissance.
L’arbre lecteur s’est imposé, le petit garçon a saisi son besoin d’éternité ; l’âme de l’arbre est maintenant à la fois dans le conte et dans l’objet livre… la vie continue.

Le petit héros de Didier Lévy parle à la 1ère personne, ce qui nous le rend extrêmement familier ; ce petit garçon sensible est-il un peu notre écrivain ? Le récit coule naturellement, il est aisé à lire, à comprendre et à dire. Le graphisme de Tiziana Romanin traduit l’essentiel, l’aquarelle apporte une grande douceur qui convient bien à l’enfance. Les illustrations sur double page sont nettes et peuvent être aisément montrées à un petit auditoire. Les vues plongeantes nous transportent au-dessus des personnages, nous voyons tout ; nous descendons à côté du petit garçon seulement quand il pleure son arbre compagnon et nous partageons vraiment son chagrin. Il y a une évidente complicité entre l’auteur et l’illustratrice ; sur le papier, leurs plumes ont « chanté » très juste pour écrire et dessiner cette aventure simple et tendre.

Après cela, lire sous ou dans un arbre n’est plus tout à fait anodin. On regarde son abri d’un autre œil, on quête les mouvements des branches… L’objet livre prend également une autre dimension ; on le respecte un peu plus, on l’aime parce qu’on a pris conscience de ce avec quoi il est fait.
Les enfants recevront certainement le message d’amour, de partage et d’espoir qui émane de L’arbre lecteur ; cet album donne envie de lire, et si en plus on peut l’inscrire dans l’éternité, quelle merveille !

Martine Falgayrac
(décembre 2003)

http://www.editions-sarbacane.com

http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=L%E9vy&surname=Didier