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Un goût
d’éternité
Voici un bel
album à lire et relire, non seulement pour faire plaisir
au livre lui-même, comme le suggère le petit héros
de Didier Lévy, mais pour le bonheur des enfants et le nôtre…
Cela commence
par une tendre amitié. Un petit garçon lecteur, anonyme,
s’amuse du drôle d’arbre qui habite son jardin
: cet arbre « coquin », anonyme lui aussi,
aux branches accueillantes, semble convoiter les livres de l’enfant
et va même jusqu’à les chaparder, « pour
les lire » sûrement ! Mais l’arbre meurt,
brutalement : il est foudroyé. Et comment un enfant peut-il
seul appréhender la mort ? … Est-ce vraiment une fin
?
Alors la maman intervient, elle comprend l’émotion
de son petit garçon, elle propose une solution pour que la
peine soit moins lourde. Et l’enfant s’embarque dans
le projet de fabrication d’une pâte à partir
de la poudre de son arbre. L’enfant travaille, oublie son
chagrin. Puis sur le papier obtenu il raconte son ami, il parle
« de » lui, écrit « sur » lui et
« pour » lui. Il le retrouve…
Pour l’aider dans sa tâche, tous les fidèles
de l’arbre coopèrent avec l’enfant : sa maman
bien sûr, pleine d’amour, le voisin, sorte d’assistant
technique, et l’oiseau qui était l’hôte
de l’arbre. Tous unissent leurs efforts pour réaliser
un beau projet de renaissance.
L’arbre lecteur s’est imposé, le petit garçon
a saisi son besoin d’éternité ; l’âme
de l’arbre est maintenant à la fois dans le conte et
dans l’objet livre… la vie continue.
Le petit héros
de Didier Lévy parle à la 1ère personne, ce
qui nous le rend extrêmement familier ; ce petit garçon
sensible est-il un peu notre écrivain ? Le récit coule
naturellement, il est aisé à lire, à comprendre
et à dire. Le graphisme de Tiziana Romanin traduit l’essentiel,
l’aquarelle apporte une grande douceur qui convient bien à
l’enfance. Les illustrations sur double page sont nettes et
peuvent être aisément montrées à un petit
auditoire. Les vues plongeantes nous transportent au-dessus des
personnages, nous voyons tout ; nous descendons à côté
du petit garçon seulement quand il pleure son arbre compagnon
et nous partageons vraiment son chagrin. Il y a une évidente
complicité entre l’auteur et l’illustratrice
; sur le papier, leurs plumes ont « chanté »
très juste pour écrire et dessiner cette aventure
simple et tendre.
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Après
cela, lire sous ou dans un arbre n’est plus tout à
fait anodin. On regarde son abri d’un autre œil,
on quête les mouvements des branches… L’objet
livre prend également une autre dimension ; on le respecte
un peu plus, on l’aime parce qu’on a pris conscience
de ce avec quoi il est fait.
Les enfants recevront certainement le message d’amour,
de partage et d’espoir qui émane de L’arbre
lecteur ; cet album donne envie de lire, et si en plus
on peut l’inscrire dans l’éternité,
quelle merveille ! |
Martine
Falgayrac
(décembre 2003)

http://www.editions-sarbacane.com
http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=L%E9vy&surname=Didier
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