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La
mère-fille
Alors que sa
fille Anna est sur le point d’épouser un homme «tristement
parfait», une mère fait le tour et le bilan des
années écoulées, revient sur ses relations
avec une fille qu’elle aime mais qu’elle ne comprend
pas toujours. Une fille qui se donne des allures de « bourgeoise
», qui a fait « des études de chiffres »
- contrairement à elle, romancière à plein
temps, un peu bohême, ouverte sur le monde et ses différences,
mère célibataire depuis l’âge de vingt
ans. Elle a toutefois décidé de ne pas gâcher
la « noce d’Anna », de s’adapter
à la situation, de jouer le jeu des faux-semblants («
Je serai comme elle aime que je sois. »), de se résigner
à observer les préparatifs de loin et à rester
sur la touche, tout en prenant conscience de ce qui la sépare
de sa fille « vieux jeu » : « on
dirait que c’est elle la mère, qu’elle m’enseigne
et me transmet une certaine idée de la famille, des valeurs
traditionnelles et immuables », ajoutant cependant :
« quand ma fille me fait sa leçon sur la vie, je
la ferme et je souris. » - respectant les choix d'Anna
et sachant bien, en femme rompue à la vie, qu’on ne
peut empêcher les autres de se forger leurs propres expériences,
quitte à les voir s’effondrer ensuite.
Elle ne peut
se parler qu’à elle-même, en silence, et comparer
son existence à celle de sa fille, énumérant
les divergences qui creusent peu à peu un gouffre entre les
deux femmes, sans pourtant éradiquer les sentiments éprouvés
de part et d'autre. Originaire de l’île Maurice, le
pays qu’elle a définitivement quitté vingt-cinq
ans plus tôt, la narratrice se souvient entre autres de son
départ en terre étrangère : « Je
n’avais que dix-sept ans et je sautillais d’impatience
», alors qu’au même âge, « Anna
était une fille sage, rangée, mesurée
». Elle repense aussi longuement à Matthew, le père
d’Anna, à leur aventure londonienne et à son
départ pour le continent africain qui le fascinait.
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Plongée
dans ses réminiscences, elle regarde avec toute la
distance que lui dicte son sens critique ce qui se passe
le jour du mariage, vivant ces moments comme des séquences
quasi irréelles, avec aussi un peu d’irritation
: « le prêtre dit les mots qu’il faut,
les mots des films, les mots mis en scène. »,
pour s’absenter à nouveau dans ses pensées
; la narration ne cesse d’osciller avec légèreté
entre flux intérieur et événements
extérieurs, finalement peu importants. Un roman où
se lisent tour à tour la sérénité
d’une femme qui sait où trouver son bonheur
et la fougue de sa jeunesse passée – un roman
doux-amer dont en emporte nécessairement quelques
images avec soi.
Blandine
Longre
(décembre 2005)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Dans
la même collection
Lisahoé
de Théo Ananissoh
Transit
de A. Waberi
parutions
récentes (2005)
L'Invention du beau regard, Contes citadins de Patrice
Nganang
Ainsi va l'hattéria, roman d'Arnold Sènou
L’Indocilité, essai de Boniface Mongo Mboussa
http://www.gallimard.fr/collections/continents_noirs.htm
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