|
Théâtre
de la Croix Rousse, Lyon 4ème
renseignements et location
04 72 07 49 50
http://www.croix-rousse.com
| "Printemps
1946, Antonin Artaud visite l’exposition Van Gogh au Grand Palais
à Paris. Il vient de subir neuf ans d’internement psychiatrique.
Il en ressort hanté par le regard du peintre et par la force
de sa palette. “Méfiez-vous des beaux paysages de Van Gogh”,
écrit Artaud dans un texte jailli comme un aveu violent de fraternité.
Son spectacle immerge le spectateur dans la peinture de Van
Gogh en même temps qu’il incarne totalement les mots d’Artaud.
Plus de trois cents images du peintre s’imbriquent dans la parole
du poète ; elles offrent une plongée poignante dans ce qu’Artaud
appelle “la lucidité supérieure qui permet de voir plus loin,
infiniment et dangereusement plus loin que le réel immédiat
et apparent des faits”. |
|
«
On peut parler de la bonne santé mentale de Van Gogh qui,
dans toute sa vie, ne s'est fait cuire qu'une main et n'a pas fait
plus, pour le reste, que de se trancher une fois l'oreille gauche,
dans un monde où on mange du vagin cuit à la sauce
verte ou du sexe de nouveau-né flagellé et mis en
rage, tel que cueilli à sa sortie du sexe maternel. Et ceci
n'est pas une image, mais un fait abondamment et quotidiennement
répété et cultivé à travers toute
la terre »... En termes journalistiques, on appellerait cela...
une bonne accroche ! Ridicule évidemment. C'est en réalité
un crochet qu'Artaud plante, crûment, dans l'oeil du lecteur
pour le tirer, sans lui octroyer le moindre clignement, dans les
sillons et les tourbillons d'une lave fulminante, écorchant
vives la peau du langage et quelques idées desquamées.
Artaud parvient à littéralement faire passer la peinture
de Van Gogh dans le langage. Son texte est la projection dans un
autre espace, sur un autre support, du même vertige, des mêmes
forces tectoniques qui surgissent des surfaces peintes de Vincent.
Il se joue là une « énergétique », un pur événement.
Bien sûr, on aimerait que cette transmutation, cette transmigration
d'âmes géniales, puisse à nouveau opérer
ailleurs, sur scène par exemple. Oui là, au théâtre
: un troisième passage. Et ce d'autant plus qu'on sent, à
sa lecture, combien ce texte appelle la voix, le cri, le souffle,
l'exaltation du corps.
Pascal Mengelle tente de relever ce défi à travers
un dispositif original : une « scène-tableau » sur laquelle
sont projetées des peintures numérisées de
Van Gogh, un monologue accompagné de séquences musicales
semi-improvisées en régie par Frédéric
Dutertre (proches du groupe anglais Hafler Trio). Dans cet univers
« multimédia », P. Mengelle évolue de profil ou bien
face aux spectateurs, se fondant par intermittence dans des tourbillons
de couleurs.
Le spectacle est parfois intéressant visuellement, avec des
effets assez réussis (vacillements, fondus, mouvements des
motifs, etc..). Pour le reste, c'est à dire l'essentiel,
on ne cachera pas notre déception. Qu'est devenu le texte
d'Artaud, sa cruauté inaliénable, sa rage, ses fêlures
? Un simple prétexte, mollement dissout dans une musique
inutile, quelques images et une voix trop grave. Un discours lissé
et parasité par le « trop plein » de la mise en scène.
Pas de failles ni d'accélérations, et des passages
oubliés, comme refoulés.
Mengelle nous sert un Artaud singulièrement tiède,
perdant le nerf du texte en s'appuyant trop sur une technique tape
à l'oeil et à l'oreille. Un gommage paradoxal du corps,
de la parole et du texte qui rappelle les ratés de Pinhas
lisant Deleuze ou la mise en scène d'Orgia
de Pasolini par Lambert-wild, sur le même type de
dispositif.
Notre critique semblera peut-être cruelle vis à vis
d'un jeune metteur en scène qui fait ses premiers pas dans
un théâtre d'envergure. Mais il n'y a pas de demi-mesure
(de spectacle) possible avec Artaud, sans se fourvoyer dans la contradiction.
Jean-Emmanuel
Denave

Antonin
Artaud
http://www.antoninartaud.org/
http://www.microtec.net/pcbcr/artaud.html
http://perso.wanadoo.fr/cl/artaud.htm
Van
Gogh
http://www.humanumnet.com/vangogh/html/debut.ht0m
Le
Butô
http://perso.wanadoo.fr/tenri/ecbp/Commentaire Danse Buto
http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/jb/jb_485_p0.html
|