texte et mise en scène Gildas Milin

Théâtre de la Colline, Paris
du 26 février au 29 mars 2003

 

Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun, Paris 20e
01 44 62 52 52

lumière Bruno Goubert
costumes Marie-Frédérique Delestré
scénographie Françoise Lebeau, Thomas Longuet et Gildas Milin
maquillage Fabienne Robineau
son Marc Bretonnière
direction technique Thomas Longuet
assistant mise en scène Guillaume Rannou

avec
Ese Brume, Marie Dablanc, Julie Denisse, Catherine Ferran sociétaire de la Comédie-Française, Michèle Goddet, Alexia Monduit, Florence Payros, Sophie Rodrigues, Catherine Vinatier

Si une nouvelle forme de conscience émergeait au sein de l’humanité, à quoi ressemblerait-elle ? En quoi différerait-elle de notre conscience subjective dont on peut penser que l’apparition coïncide avec la naissance de l’écriture et celle aussi des premières grandes armées ? Les êtres dotés de cette nouvelle forme de conscience seraient-ils portés, comme cela a pu être le cas dans des époques précédentes, à vouloir dominer l’humanité et même à l’exterminer pour faire place nette, ou bien, au contraire, seraient-ils portés, non plus à vouloir dominer le monde, mais à l’habiter?
Gildas Milin

Prochaines dates
Lille, Théâtre du Nord
du 4 au 10 avril 2003

 

Sondeur d’âme

Neurologue dans un bunker militaire, Anna est employée par l’armée afin de mettre au point une substance qui perturbe la conscience des soldats, les rend plus aptes à la tâche et finit de les déshumaniser. Mais bientôt Anna, lucide quant à l’évolution de notre monde, se détourne de sa mission pour se livrer à des expériences scientifiques sur sept femmes afin de créer un groupe de résistants. Obligés de vivre ensemble 24h sur 24h, 7 jour sur 7, elles éprouvent alors la proximité, la fatigue, l’impossibilité de dormir, et se doivent de gérer les conflits si elles veulent survivre en attente de leur futur jugement.

Anna, dans ce lapse de temps, élabore et teste une substance de confort améliorée sur chacune d’elles, quitte à les violer dans leur corps, leur intimité, leur identité, et ce, pour enrayer une société qui serait régie par la pyramide des consciences. Soumises à un traitement de choc visant donc à élargir leur degré de conscience, ces femmes, toutes magnifiquement incarnées, toutes d’une remarquable justesse, toutes jouant leur rôle à merveille, forment un groupe d’une grande homogénéité.

L’alchimie s’opère rapidement et Gildas Milin de considérer, disséquer et relever avec attention les réactions de cette communauté singulière ; et comme dans quelques expériences scientifiques, d’éprouver la résistance de chaque élément présent sur le plateau.
Avec Anthropozoo, Gildas Milin propose un théâtre réflexif qui ne néglige ni le corps ni l’esprit, combine les formes avec audace, donnant ainsi naissance à un pur précipité de ce qu’on désigne trop souvent sous l’appellation de "théâtre contemporain". Sondeur d’âme, l’auteur rentre en contact avec le public, le provoque, communie avec lui, souvent, se perd, parfois, mais instaure toujours une forme de communication qui semble éviter le factice et les ennuyeuses palinodies de nombreux spectacles ayant pour but d’intégrer le public comme élément actif de la dramaturgie. Ainsi, si son théâtre, comme le déclame le médecin, n’est pas là pour informer et discuter, il se fait témoin des mouvements du monde. Au public de répondre présent et d’être réceptif à la vaste problématique à laquelle il nous invite à réfléchir. Il est certain que le spectacle pourra paraître ennuyeux à qui ne fera pas l’effort de se poser en tant qu’élément intrinsèque du spectacle, et de s’interroger à la lueur blafarde des néons de la salle, en revanche le spectateur investi ressentira les chaudes émanations d’une pièce qui dégage de véritables moments de grâce.

Définissant les différents espaces de cette forteresse blanche dans laquelle elles sont toutes enfermées, la scénographie n’est pas étrangère à la réussite de ces quelques sommets. Elle se justifie pleinement et rompt avec le caractère gratuit voir gadget de la plupart des décors et plateaux « contemporains » (le meilleur exemple est sans doute à aller chercher dans les mises en scènes de Demarcy Motta…) Le plateau, grand arc de cercle d’un blanc immaculé, et surmonté de quelques néons dispensant une lumière froide et clinique, retranscrit un univers carcéral parfaitement étouffant voir confondant. Les crises succèdent aux témoignages poignants et le spectacle de développer une trame passionnante : radicale. Avec Anthropozoo, Gildas Milin se positionne en marge des drames et comédies sur l’échiquier du théâtre contemporain pour proposer un théâtre scientifique teinté de fantastique, pour finalement accoucher d’une forme de "théâtre ludique" assez inédit qu’il faut espérer voir se développer.

Philippe Beer-Gabel
(Mars 2003)

http://www.colline.fr

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/milin/pdggm.htm