L'annulaire
1999, Actes Sud
récit traduit du Japonais par
Rose-Marie Makino-Fayolle
(Titre original Kusuriyubi no hyohon, 1994)

 

L'annulaire est un beau récit, étrange et déroutant, surprenant par sa brièveté et par sa sobriété de ton. On apprend peu de choses de la vie passée de la narratrice, une jeune fille candide et sans attaches. Employée dans une usine de boissons gazeuses, une machine lui arrache une partie de son corps : un morceau de chair de son annulaire. Bouleversée par cette perte, elle part en ville et trouve un emploi dans un laboratoire très spécial. L'unique employé de l'immense bâtisse, monsieur Deshimaru, y rassemble des objets qui incarnent, pour les personnes qui les apportent, une souffrance, un souvenir etc. Ces objets subissent alors une transformation et deviennent des 'spécimens', entreposés à jamais.
Alors que la jeune secrétaire s'installe dans une routine en apparence apaisante, elle succombe peu à peu, fascinée, aux obsessions de son patron, et le récit devient celui d'une emprise tragique. Ce qui semble lier les personnages est 'l'objet', quelqu'il soit, toujours décrit de façon minutieuse : les chaussures de la fille, la blouse de Deshimaru, les différents spécimens ... L'écriture, limpide, s'attache à désincarner les objets, à leur donner une âme, capable de dominer un être humain.
L'auteur maîtrise parfaitement la tension progressive des événements et en dépit des avertissements et des signes avant-coureurs la jeune fille est projetée, sans violence, dans un abîme fétichiste : la tragédie se rapproche, implacable, inéluctable.

B.Longre

Yôko Ogawa est l'auteur d'autres récits traduits en français :

Les Abeilles
, Actes Sud, 1995
La Piscine, Actes Sud, 1995
La Gr
ossesse, Actes sud, 1997
Ces trois récits forment un recueil publié par Babel (co-édition Actes-Sud-Leméac) en 1998.

Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie / un thé qui ne refroidit pas, Actes Sud, 1998. et d'un roman Hôtel Iris (Actes Sud, 2000)

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