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Savoir,
plutôt que "croire"
À première
vue, le nouveau roman d’Anne Percin est bien différent,
voire aux antipodes du précédent (Point
de côté) : il s’agit là
d’un roman historique, fresque vivante, foisonnante, érudite
et très vraisemblable d’une Renaissance tumultueuse
telle qu’elle est vécue, l’espace de deux années
(fin 1532- début 1535), par Servais, jeune lyonnais que son
père imprimeur, adepte d’Erasme, envoie faire des études
à Paris afin de réaliser par procuration son propre
rêve d’érudition. On découvre ainsi un
univers proche et lointain, celui de deux villes que certains reconnaîtront
(à travers l’évocation des rues, des quartiers
ou des monuments), mais dépeintes sous un jour bien peu familier
; ainsi, Lyon et sa rue Mercière, territoire des imprimeurs
(plus d’une cinquantaine entre Saône et Rhône…),
une industrie florissante, mais surtout Paris et son Pays latin,
où là encore se regroupent les imprimeurs et les étudiants,
Notre-Dame ou la potence de la place Maubert… Un monde dont
Servais va bientôt faire partie, où il va se faire
de vrais amis, rencontrer l’amour, assister à l’émergence
du mouvement réformiste et découvrir l’horreur
de la répression entamée par François Ier.
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Servais
est inscrit au collège de Montaigu, un établissement
décati où les élèves subissent des
cours en latin et où l’on pratique un véritable
« dressage » (au sens propre comme au figuré).
On apprend alors dans quelles conditions (sur)vivaient les étudiants,
réduits à dormir sous les ponts pour certains,
à mendier ou à voler de quoi manger… Heureusement,
grâce aux relations de son père (dont les frères
Gryphe, Robert Estienne…) Servais est hébergé
chez un imprimeur de la rue Saint-Jacques, Antoine Augereau,
qui lui prête une chambre sous les toits. Il se fait un
ami, Quentin, étudiant comme lui, qui ne tarde pas à
lui confier ses convictions protestantes, mais l’agitation
des esprits inquiète Servais et quand son ami lui demande
de choisir un camp, le garçon ne peut s’y résoudre.
Car ce qui le fait rêver, ce ne sont ni les études
per se (même si, à l’instar de son
père, il a soif de connaissances), ni la recherche d’une
religion parfaite, mais les expéditions d’aventuriers
dont il a lu les récits de voyage, les horizons lointains,
la cartographie, puis les cours d’Oronce Finé,
mathématicien, graveur, qui lui enseigne entre autres
les secrets de l’astrolabe… |
Il est dommage,
soit dit en passant, que l'illustration (signée Marcelino
Truong) de première de couverture donne l'impression que
le roman est destiné à de jeunes lecteurs. Car dès
l'adolescence et au-delà, on appréciera ce roman parfaitement
documenté, écrit avec soin, dans une langue fluide
et rigoureuse : nous sommes implicitement incités à
dresser des parallèles entre notre époque et celle
de Servais – la difficulté et la lenteur des moyens
de communication, le rapport au temps et à l’espace
(tout cela est très bien rendu, avec beaucoup de réalisme),
l’absolutisme du pouvoir royal, les exécutions sans
procès (qui se résument à des parodies), la
chasse aux « hérétiques », les mises à
l’index de certains ouvrages, qui témoignent des balbutiements
d’une liberté d’expression déjà
mise à mal par l’Eglise catholique et ses sbires (comme
le tout nouveau Pantagruel de Rabelais, ou encore les ouvrages
publiés en grec, langue « païenne » pour
les dévots !), mais aussi la construction d’un pays
(où la langue n’est pas encore unifiée) ou les
pratiques pédagogiques d’un autre âge. Toutefois,
dans un même mouvement, les lecteurs se sentiront proches
du protagoniste, par le biais de préoccupations communes,
atemporelles : l’amour qu’il éprouve pour Jeanne,
sa soif de découvertes, son besoin d’aller de l’avant
et de se détacher du cercle familial et des aspirations paternelles,
ses amitiés et les sentiments contraires qu’elles engendrent…
Car au-delà
de l’indéniable intérêt documentaire du
roman (d’apprentissage, on l’aura compris) et de son
intrigue bien menée, c’est le personnage de Servais
qui marque l’esprit (tout comme celui de Pierre dans Point
de côté), une figure qui sort des sentiers
battus. Le jeune homme n’est ni un héros (comme on
l’entend habituellement, faisant preuve d’initiative
en toute circonstance ou prenant les devants de l’action),
ni un « aventurier » au sens littéral du terme
(ainsi que pourrait le laisser entendre le sous-titre) : la véritable
aventure se déroule de l’intérieur, à
travers l’affirmation de son individualité ; lorsqu’il
préfère rester en retrait des intrigues qui agitent
ses compagnons (même s’il est parfois contraint de s’impliquer),
ce n’est ni par lâcheté ni par infidélité
envers ses amis. Seulement parce qu’il se cherche en tant
qu’individu à part entière, autrement qu’en
adhérant à des mouvements (politiques ou religieux)
dont il se méfie (comme il se méfie des foules qui
assistent au spectacle morbides des exécutions...), ou en
embrassant des causes qui ne le passionnent guère –
ce qui, toutefois, ne l’empêche pas d’agir et
de prendre des risques quand ses compagnons ou lui-même sont
véritablement en danger, comme lors de l’affaire des
« Placards »… Une conduite autrement plus subversive,
dans un sens, que la témérité (irresponsable)
de son ami Quentin, ou que les fanatismes (religieux... forcément)
des deux bords. Au fil de ces deux années, l’évolution
de Servais est palpable, et si sa personnalité discrète
et sa marginalité le rendent quelque peu énigmatique,
en décalage avec l’intrigue, il n’en est que
plus mémorable aux yeux du lecteur.
Blandine
Longre
(novembre
2007)

Entretien
avec Anne Percin... qui nous parle de ses recherches, de son
héros, "en mouvement, mais à l’intérieur"
et de ses lectures, et termine sur un scoop !
Comment
est née l’envie d’écrire un roman historique,
plus particulièrement sur la Renaissance ? On imagine que
la période vous fascine…
La
période me fascine, oui… depuis l’université.
J’ai eu un professeur de littérature (M. Delègue,
à Strasbourg) spécialiste de la Renaissance. Son
érudition était pleine de malice. Quand il parlait
de cette époque, il avait l’air de nous dire «
si vous saviez… ». Il esquissait pour nous les contours
flous d’une époque bouillonnante, il se tenait à
l’entrée d’un monde fascinant, et j’ai
toujours su que j’y entrerai un jour.
J’ai lu beaucoup de romans historiques quand j’étais
jeune, des classiques : Alexandre Dumas, Victor Hugo surtout.
Vers 2004, j’ai eu un déclic, je ne sais plus pourquoi
ni comment mais l’envie m’est venue d’écrire
un roman historique pour la jeunesse.
J’en avais lu plusieurs dans mon métier de prof de
collège, et j’étais ahurie de constater l’abondance
de ceux consacrés au Moyen-âge. Je n’ai rien
contre le Moyen-âge, mais là, franchement, on atteint
des limites… « Plus, ce serait trop ! » C’est
comme les histoires de sorciers, soit dit en passant – et
d’ailleurs il y a sans doute un lien entre les deux, nous
vivons une époque gothique. Bref.
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Toujours
est-il que je me suis demandé combien de romans jeunesse
se situaient à la Renaissance et j’ai épluché
les catalogues d’éditeurs. La réponse
était vite trouvée : aucun. Bien sûr,
il y a des documentaires (chez Gallimard ou à l’Ecole
des loisirs) sur la conquête du Nouveau Monde, mais
en fiction, je crois pouvoir affirmer qu’il y a un grand
vide. La Renaissance française passe aussi à
la trappe des programmes scolaires, les professeurs d’histoire
n’ayant qu’une ou deux heures de leur programme
pour traiter d’un siècle entier de découvertes,
en fin d’année de 5ème ! Pourtant, c’est
véritablement le début de l’époque
moderne. En littérature, l’avancée est
phénoménale : diffusion du livre, reconnaissance
du statut de l’auteur, institution de la langue française…
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On
sait que l’écriture – et les réécritures
– de Point de côté a longtemps mûri.
Servais des Collines vous a-t-il autant sollicitée
?
La
genèse de Point de côté
était très particulière, et je doute qu’aucun
de mes romans ne me demande jamais autant de maturation…
Pour ce qui est de Servais des Collines,
l’écriture en a été assez rapide, elle
a duré à peu près six mois. C’est le
temps de préparation qui a été long. J’avais
besoin de m’entourer de documentation, à la fois
pour ne pas commettre d’erreurs historiques, mais aussi
pour me sentir assez « à l’aise » dans
cette époque pour me permettre… d’inventer.
Le
personnage de Servais est-il né petit à petit, au
fil de l’écriture, ou bien l’aviez-vous déjà
en tête avant même d’entamer vos recherches
?
Ce
personnage est né d’une rencontre. Alors que je me
documentais sur l’époque, j’ai découvert
dans un livre l’existence d’un certain Servais, qui
fut l’ami intime d’Erasme. C’est un personnage
assez mystérieux, qui semble avoir été à
Erasme ce que La Boétie était pour Montaigne. Dans
une lettre que l’Humaniste lui adresse, on trouve cette
phrase intrigante : «Chaque jour, mon cher Servais,
je m'étonne plus vivement de ton calme, pour ne pas dire
de ton indolence ». Erasme ne cessait de l’exhorter
à travailler davantage, à étudier, à
voyager… et visiblement, son ami était d’un
naturel très nonchalant ! Le prénom Servais m’a
tout de suite plu, et le mystère qui entourait ce personnage,
ce côté opaque, en marge de l’histoire, en
creux…
Je n’avais pas envie d’un héros d’aventure
classique, du genre qui rebondit à chaque coin de page.
Dans bon nombre de romans d’aventure historiques jeunesse,
le héros est une sorte d’hystérique. De nos
jours, il serait soigné pour hyperactivité ! Il
est vrai qu’un héros, ça se doit d’être
fort. Mais souvent, c’est une caricature. Ça ne tient
pas en place, ça a cent idées à la seconde,
ça fait du feu avec un bout de bois et ça saute
par-dessus les toits… C’est épuisant ! Passe
encore pour un adulte, et encore, n’est pas Jean Valjean
qui veut. Mais pour un enfant ou un adolescent ? Moi, je n’y
crois pas une seconde. Or, j’estime que le moins qu’on
puisse attendre d’un roman historique, c’est qu’il
soit réaliste.
Les adolescents que je connais et dont j’ai envie de parler,
ils ont les cheveux dans les yeux et ils traînent les pieds…
Ils ont des rêves d’avenir mais préfèreraient
se faire tuer que de les expliquer à leur famille. Ils
sont butés. Alors, j’ai eu envie d’un héros
contemplatif, secret, discret, introverti. Un « vrai »
adolescent. En mouvement, mais à l’intérieur.
Parce que la véritable aventure, c’est de se connaître
soi-même.
L’ouvrage
ne comporte pas de bibliographie – quelles sont cependant
les lectures qui vous ont guidée ou sur lesquelles vous
vous êtes appuyée afin de dépeindre aussi
précisément les paysages urbains, les personnages
historiques (en particulier les imprimeurs) qui croisent la
route de Servais?
Le
livre qui m’a servi de point de départ, pour planter
le décor sur le plan social, économique, est celui
de Jean Delumeau, La civilisation de la Renaissance
(Arthaud). J’y ai puisé les éléments
essentiels : repères historiques sur l’imprimerie,
la Réforme, mais aussi informations sur les costumes, le
mobilier, les mœurs… Mais celui qui m’a le plus
servi est un document de première main, passionnant car
authentique : Le Journal d’un bourgeois de Paris
pendant le règne de François Ier,
paru chez Paléo. Au jour le jour, il relate les détails
de l’affaire des placards, tels qu’ils étaient
vécus, ressentis par les Parisiens de l’époque.
La
biographie de Marguerite de Navarre, de Jean-Luc Déjean,
m’a été utile aussi (chez Fayard), de même
que celle de Jacques Cartier, par Yves Jacob (éditions
l’Ancre de marine). Enfin, un livre est venu, en cours d’écriture,
perturber un peu mon travail : il s’agit du roman d’Anne
Cunéo, Le maître de Garamond
(chez Bernard Campiche). Son héros n’est autre qu’Antoine
Augereau (l’imprimeur qui accueille Servais à Paris,
et qui connaîtra un destin tragique). J’y ai croisé
presque tous mes personnages, c’était très
troublant, à tel point que pendant un moment, j’ai
craint que mon projet ne vienne interférer avec le sien
! Mais finalement, je crois que les deux romans se complètent
bien.
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Enfin
(et c’est curieux pour un roman qui fait l’apologie
du livre imprimé !), l’une de mes sources a été
l’utilisation d’Internet ! Il est fabuleux de
penser qu’à notre époque, bien des trésors
inaccessibles en bibliothèque sont désormais
consultables, de chez soi, sur écran. Je parle notamment
des cartes (je suis une fanatique des cartes, comme mon héros),
le plan de la ville de Paris en 1530 est resté épinglé
devant mon bureau pendant des mois… J’y voyageais
en pensée. J’ai aussi consulté très
souvent un site français admirable et très documenté,
renaissance.org, et les discussions que j’ai pu avoir
avec son concepteur, Rémi Morel, ont été
très riches. (Je me souviens que nous n’étions
pas d’accord sur la situation géographique du
collège de Montaigu et qu’on s’échangeait
des mails à deux heures du matin à ce sujet…) |
J’ajouterai
enfin à cette bibliographie quelques disques… En
effet, la musique de la Renaissance, dont je ne parle pas dans
le roman, m’a accompagnée pendant l’écriture,
m’aidait à me plonger dans l’époque.
Car, pour rendre avec précision une ambiance, il faut pouvoir
s’y transporter en esprit. Et la musique permet cela, mieux
encore que des images.
On
rencontre aussi quelques auteurs célèbres, comme
Rabelais, Marot, ou encore le tout jeune Ronsard… on suppose
qu’ils occupent une place de choix sur vos étagères
?
Ce
sont des auteurs que j’ai appris à connaître,
comme beaucoup, au lycée et en faculté. Mais il
est important de les fréquenter en-dehors de ce cadre,
si on veut les comprendre. La place qu’on leur fait désormais,
dans la littérature, est restreinte et un peu poussiéreuse.
Je me suis amusée, par exemple, à dépeindre
un Ronsard en culottes courtes, petit noble un peu rebelle, en
partant d’éléments authentiques, pour casser
cette image de poète sérieux dont on ne garde plus
en mémoire que « Mignonne, allons voir si la rose…
»
Quant à Rabelais, sa vie est carrément rock’n
roll. Son œuvre n’est pas seulement truculente, mais
d’une audace politique rare.
Pierre,
narrateur de Point de côté, et Servais appartiennent
à des mondes différents ; pensez-vous toutefois
qu’ils ont des points communs qui transcenderaient les époques
?
Certainement
! Et je m’aperçois, de roman en roman, de la proximité
qui existe entre mes personnages, alors même que je les
croyais, au départ, bien différents. Les enfants
d’une même famille se ressemblent toujours un peu…
Pierre et Servais sont des êtres « hors du monde »,
ce qui est aussi le cas des personnages des romans que j’ai
écrits depuis. Ils sont pourtant intégrés,
sociables, ce ne sont pas à proprement parler des originaux,
des marginaux. Mais ils portent en eux une différence qui
les éloigne du monde. Ils sont aussi très réfléchis,
un peu trop mûrs pour leur âge. Sans doute à
l’image de l’adolescente que j’ai été.
Les
deux protagonistes sont des garçons – est-ce délibéré,
réfléchi ou simplement spontané, comme «
instinctif » ?
À
vrai dire, j’ai un peu de mal à prendre de la distance
avec des personnages féminins. J’ai tendance à
leur donner un peu trop de moi… et je m’y refuse.
L’autofiction, ce n’est pas ma tasse de thé
! Alors, je prends un garçon … et crac ! Le piège
se referme : je m’identifie à lui malgré tout.
Comme quoi, la différenciation sexuelle, ça tient
à peu de choses ! C’est d’ailleurs l’un
des sujets d’un livre que je termine en ce moment…
Je crois que c’est un mystère auquel on est confronté
dans l’enfance : pourquoi un sexe plutôt qu’un
autre ? Qu’est-ce que ça veut dire, « être
une fille », « être un garçon »
? Qu’est-ce que la société attend qu’on
fasse de cette donnée biologique, que l’on n’a
pas choisie ?
De
nombreux romans historiques sont publiés en édition
jeunesse – avez-vous aisément trouvé un éditeur
pour Servais ?
Oui
et non… Il y a eu une première période, pendant
laquelle j’ai essuyé quelques refus d’éditeurs,
des refus motivés cependant, et non pas des lettres-types.
C’est toujours encourageant, même si la réponse
est négative. J’ai même été contactée
par téléphone par un éditeur jeunesse bien
connu, qui trouvait la première partie du livre passionnante,
mais «impubliable » ! J’ai pensé alors
scinder le roman en deux tomes (Lyon, puis Paris), mais je n’étais
pas satisfaite du résultat. J’étais consciente
du fait que son aspect hyper-documenté, pédagogique,
déplairait aux éditeurs qui souhaitent une littérature
plus… facile, des romans «prêt-à-consommer
». On m’a reproché aussi le manque de «
punch » de mon héros ! Trop distancié, trop
« froid », trop décalé. J’ai lu
sous la plume d’une directrice de collection, que le personnage
de Servais n’était qu’un « prétexte
» à « une fresque historique intéressante
mais un peu ennuyeuse…» Moi qui aime tant mes
personnages, qui leur prête tout ce que je peux de vie et
de sensibilité, ça m’a fait un peu drôle…
Je conçois qu’on puisse l’interpréter
ainsi, mais ce n’est pas, comme m’a dit récemment
une amie lectrice, parce que l’éditeur n’a
pas ressenti l’émotion, qu’il n’y en
a pas !
C’est alors que j’ai rencontré Françoise
Hessel, des éditions Oskar jeunesse. Elle avait lu mon
premier roman paru chez Magnier et mon écriture lui plaisait.
Bien que Servais soit d’un style
très différent, le projet lui a plu. L’enthousiasme
de l’équipe d’Oskar a un effet dopant !
Le
dénouement déstabilise et satisfait tout à
la fois, laissant le lecteur nostalgique, ému mais aussi
heureux pour le personnage qui poursuit son « aventure ».
Avez-vous eu du mal à imaginer cet épilogue, ou
coulait-il de source ?
J’ai
eu conscience de quelque chose de brutal, une sorte d’arrachement.
Le rythme du roman s’accélère vers la fin.
Il fallait finir ainsi, comme un saut après une course
d’élan.
Le destin de Servais était fixé pour moi dès
le départ, avant même de commencer le livre. Mais
je voulais que la fin offre aussi la possibilité d’une
suite… C’est le cas. De nombreuses questions ne sont
pas résolues, et je pense que le lecteur a envie de savoir
ce que deviennent Servais, Jeanne, Marguerite… et d’autres
encore ! (Mais je ne dirai pas qui !) J’ai de nombreuses
pages de notes pour la suite, donc…
Vos
deux romans sont publiés par des éditeurs jeunesse.
Pourquoi ce choix (si c’en est un) ?
Au
départ, ce n’était pas un choix. Le manuscrit
de Point de côté a été
envoyé à des éditeurs « adulte »,
par exemple. Pour Servais des Collines,
j’ai tenté aussi un éditeur régionaliste.
Pour l’un comme pour l’autre, il n’y a pas eu
de retour positif. Par contre, les éditeurs jeunesse ont
réagi de façon encourageante. Je dois dire que je
me sens bien en jeunesse, parce que j’ai l’impression
que c’est un milieu moins fermé, moins pressé
(pour combien de temps encore ?) par les impératifs économiques.
Actuellement, dans l’édition généraliste,
si un livre ne fait pas suffisamment de ventes dans le mois qui
suit sa parution, il est grillé, et son auteur aussi…
La rentabilité est cruciale. Un livre jeunesse, lui, a
une durée de vie plus longue. Il entre ensuite dans un
réseau, va trouver son public dans les bibliothèques,
les C.D.I. Les prix décernés par les jeunes lecteurs
sont encore vierges de corruption, et peuvent relancer un livre
des années après sa sortie !
Lisez-vous
beaucoup de romans jeunesse ou pour adolescents ? Ou bien avez-vous
des lectures plus éclectiques ?
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Enfant,
je lisais beaucoup, et de tout, sans distinction. Mes romans-culte
à dix ans, étaient Le chevalier de Maison-Rouge
d’Alexandre Dumas, et Le mystère de la nuit
des pierres, d’Evelyne Brisou-Pellen ! Sans compter
les romans de Colette, que je croyais « pour enfant
» à cause de leurs titres (Claudine à
l’école, que j’ai lu à huit
ans, me fascinait littéralement, mais on me l’a
confisqué parce que ce n’était «pas
pour les enfants » !)
À l’inverse, le roman qui a transformé
ma vie, à 15 ans, est estampillé « jeunesse
» sans que son auteur l’ait voulu. Il s’agit
de Sa Majesté des mouches,
de William Golding. C’est pour moi le livre absolu,
un essai philosophique, psychanalytique, en même temps
qu’un roman d’aventure palpitant. C’est
le seul roman que j’aurais voulu écrire. |
Des
romans jeunesse, actuellement, j’en lis davantage, que ce
soit pour mes élèves ou pour me tenir au courant…
Il y a deux ans, j’ai découvert ceux de Catherine
Leblanc, et j’ai été si émue par
son style que nous avons fini par lier connaissance. Et puis il
y a tous ceux dont j’admire le style, dont j’ai aimé
les personnages : Thomas
Gornet, Denis Lachaud, Marie-Aude
Murail, Evelyne Brisou-Pellen, Bernard
Friot… Et Loïs Lowry :
moi qui pourtant n’aime rien tant que le réalisme,
ses histoires m’emportent loin dans un univers de mystère,
qui bouleverse et fait réfléchir. C’est de
la fiction à thème, qui prend son lecteur pour un
être intelligent. C’est quand elle atteint cet objectif
que la littérature jeunesse est la plus noble.
Un
autre roman est à venir – pouvez-vous en dire deux
mots ?
Né
sur X est mon prochain roman à paraître
chez Thierry Magnier, en janvier 2008. Cette fois, c’est
un roman à hauteur d’enfant. Mon narrateur, Nicolas,
a dix ans et demi et ses parents viennent de lui annoncer…
qu’il n’est pas leur fils. Parce qu’il ne veut
pas entendre leurs explications, qu’il refuse de comprendre,
il se figure alors qu’il est né sur une autre planète…
qu’il va tâcher de rejoindre ! À partir de
là, il développe une stratégie de fuite dans
l’imaginaire. C’est un roman réaliste qui se
donne l’apparence d’un roman de science-fiction.
En 2007, j’en ai également terminé deux autres,
qui attendent d’être publiés. Et cette fois-ci
(c’est un scoop !)… j’ai choisi des héroïnes
!
propos
recueillis par B. Longre, novembre 2007
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
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