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Sous
le silence, le sens.
Une missive
vogue de page en page, traversant des paysages gris ou ternes, un
nuage de vapeur rose sorti d’une cafetière s’en
va rejoindre un comparse bleu échappé d’une
seconde cafetière… Sous les autres nuages, derrière
des portes ou des fenêtres à rabats, des personnages,
des objets, quelques scènes de la vie quotidienne, des instantanés
en concentré d’un instant T. sur un espace circonscrit
par les bords du livre.
D’un point de vue esthétique, le travail d’Anne
Herbauts est irréprochable, et l’on plonge avec curiosité
dans ses créations qui nous happent par leur illisibilité
première, procurant une sentiment de spontanéité
; des pleines pages silencieuses qui pourtant nous parlent, disent
de multiples petits riens qui, en se combinant et en s’accumulant,
racontent plusieurs histoires croisées, de brèves
émotions, dont la plupart vont s’accorder à
l’univers imaginaire de chaque lecteur. La lecture se fait
ici acte individuel et intime, par le biais d’une observation
vagabonde – l’auteure n’imposant aucun sens de
lecture, ni explication prémâchée.
Tout autant
conceptuel que graphique, même si le figuratif reste encore
bien décelable, présent tout du long sous les couches
de crayons et les griffonnages délibérément
maladroits, Petites météorologies
pose, entre autres questions, celle du récepteur : la complexité
de ce travail rend-il l’ouvrage, publié dans une collection
jeunesse, abordable par de jeunes enfants – ou par les enfants
tout court ?
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Il
est vrai qu’il ne faut pas chercher ici d’intrigue
toute tracée ; la ligne narrative, délibérément
éclatée, à l’image de la vie,
met en scène une ville et ses habitants, la campagne,
une usine – des pages parfois presque vides…
un éclatement qui affirme sans ambages le désir
de s’écarter des sentiers battus, obligeant
le lecteur à lire autrement, à prendre des
voies détournées pour saisir le sens et à
apprendre à regarder des fragments ; et, dans le
même temps, à établir des liens par
lui-même et libérer l’imaginaire (mais
n’est-ce pas le principe même de toute lecture
et d’appropriation du sens ?) ; « Dire l’indéchiffrable
du monde par la métaphore », écrit
l’auteure.
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L’ouvrage
déstabilise incontestablement les horizons d’attente
de chacun, et ne correspond pas nécessairement à ce
qu’un lecteur lambda pense trouver dans un album « jeunesse
» ; paradoxalement, les enfants (pas toujours aussi formatés
que leurs aînés) auront grand plaisir à suivre
la course du petit nuage mais aussi à chercher du sens en
soulevant les uns après les autres les rabats, en ouvrant
les petites fenêtres gribouillées ou les portes colorées
qui cachent des choses (et qui se cachent elles-mêmes dans
le décor) : un acte naturel pour le jeune lecteur, avide
découvreur, qui part spontanément en quête des
secrets de l'ouvrage. Par ailleurs, la feinte naïveté
des illustrations lui rappelle ses propres créations (que
les grands ont parfois tellement de mal à lire), un peu comme
si l’auteure, sans hésitation, incluait les plus jeunes
dans son monde à elle, pourtant si décalé,
voire « illisible ». Plusieurs niveaux de lecture s’imbriquent
donc les uns dans les autres et forment un grand palimpseste –
à l’instar des illustrations dissimulées sous
les autres… Alors, esquisse d’une histoire d’amour
? Du temps qui passe et qui s’inscrit dans un espace ? Expérience
de lecture ? Ebauche livrée à l’état
brut ? Livre d’artiste ou album jeunesse ? Tout à la
fois, assurément.
Blandine
Longre
(novembre 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://jeunesse.casterman.com/
http://www.casterman.com/anneherbauts/menu.htm#
lire
aussi
De temps en temps Esperluète
éditions, 2006
La lettre - DVD Et
Jean s’est perdu dans ses pensées
Les albums Duculot, Casterman, 2005
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