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En 1778, Mozart
et sa mère, après un passage à Mannheim, partent
pour Paris, sur décision de Léopold, le père
soucieux de faire gagner à son fils (qui avait démissionné
de ses fonctions à Salzbourg) l’argent et la vie que
mérite son talent (disons, maintenant, son génie).
De cet exil, Annie Paradis, ethnologue et spécialiste du
compositeur, a tiré un roman sensible et attachant, tournant
autour de la personnalité et des sentiments d’Anna
Maria Pertl, épouse de Léopold, mère inquiète
et aimante, triste et joyeuse, du jeune Wolfgang Amadeus.
Il a 22 ans, elle en a 57. Il a l’enthousiasme
communicatif, la grâce amoureuse, la fantaisie débridée
et un peu inconsciente du jeune artiste. Elle a acquis l’expérience
de l’âge, mais a conservé quelque chose de l’adolescence,
goûtant avec son fils la liberté que lui vaut la séparation
conjugale ; une liberté qui, cependant, n’exclut pas
la pauvreté et les calculs, engendre la solitude –
le jeune prodige vaquant à ses occupations musicales et mondaines
dont elle est exclue – et la maladie ; une liberté
fatale, mais permettant de donner libre cours à de petites
(toutes petites) extravagances, aux rêves, aux souvenirs.
Le souvenir des enfants nombreux mais dont seuls deux – Wolfgang
et Nannerl – sont restés vivants, le souvenir d’un
amour éphémère et pur pour un jeune instrumentiste
jouant dans l’orchestre de Léopold, le souvenir de
la maison familiale, de l’époux sérieux (un
peu trop) et attentif, de la vieille servante Thresel, indispensable
et maternelle, du petit chien, de Salzbourg, ses clochers et ses
concerts…
Les techniques
variées de la narration permettent une vision plurielle.
Les monologues intérieurs de Wolfgang, de sa sœur (épisodiquement)
et surtout d’Anna Maria, les lettres échangées
avec Léopold (principalement) et quelques autres fournissent
toute une gamme d’impressions, de sentiments, de préoccupations,
de soucis, de recommandations, de regrets, de folies, de projets
qui ne laissent pas indifférent. La fiction revêt un
côté documentaire, non seulement sur l’existence
des protagonistes, sur les compositions de W.-A. Mozart, mais aussi
sur la vie parisienne à la fin du XVIIIe siècle (fourmillement
humain, querelles, saletés, odeurs, bruits…, et aussi
froideur du « monde » dans lequel les artistes tentent
leur chance). Et la musique n’est pas seulement présente
dans les références précises (voire dans la
transcription de quelques chansons), elle l’est aussi dans
l’écriture, lorsqu’elle tente, souvent avec bonheur,
de calquer les rythmes, les mouvements, le phrasé, les tonalités
d’une partition et de son exécution. Anna Maria est
un bon roman biographique, à lire comme une belle histoire,
ou comme un édifiant récit musical. Au choix.
Jean-Pierre
Longre
(février
2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.fayard.fr/
http://clio.revues.org/document213.html
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