Anna Maria
Fayard, 2004

 

En 1778, Mozart et sa mère, après un passage à Mannheim, partent pour Paris, sur décision de Léopold, le père soucieux de faire gagner à son fils (qui avait démissionné de ses fonctions à Salzbourg) l’argent et la vie que mérite son talent (disons, maintenant, son génie). De cet exil, Annie Paradis, ethnologue et spécialiste du compositeur, a tiré un roman sensible et attachant, tournant autour de la personnalité et des sentiments d’Anna Maria Pertl, épouse de Léopold, mère inquiète et aimante, triste et joyeuse, du jeune Wolfgang Amadeus.

Il a 22 ans, elle en a 57. Il a l’enthousiasme communicatif, la grâce amoureuse, la fantaisie débridée et un peu inconsciente du jeune artiste. Elle a acquis l’expérience de l’âge, mais a conservé quelque chose de l’adolescence, goûtant avec son fils la liberté que lui vaut la séparation conjugale ; une liberté qui, cependant, n’exclut pas la pauvreté et les calculs, engendre la solitude – le jeune prodige vaquant à ses occupations musicales et mondaines dont elle est exclue – et la maladie ; une liberté fatale, mais permettant de donner libre cours à de petites (toutes petites) extravagances, aux rêves, aux souvenirs. Le souvenir des enfants nombreux mais dont seuls deux – Wolfgang et Nannerl – sont restés vivants, le souvenir d’un amour éphémère et pur pour un jeune instrumentiste jouant dans l’orchestre de Léopold, le souvenir de la maison familiale, de l’époux sérieux (un peu trop) et attentif, de la vieille servante Thresel, indispensable et maternelle, du petit chien, de Salzbourg, ses clochers et ses concerts…

Les techniques variées de la narration permettent une vision plurielle. Les monologues intérieurs de Wolfgang, de sa sœur (épisodiquement) et surtout d’Anna Maria, les lettres échangées avec Léopold (principalement) et quelques autres fournissent toute une gamme d’impressions, de sentiments, de préoccupations, de soucis, de recommandations, de regrets, de folies, de projets qui ne laissent pas indifférent. La fiction revêt un côté documentaire, non seulement sur l’existence des protagonistes, sur les compositions de W.-A. Mozart, mais aussi sur la vie parisienne à la fin du XVIIIe siècle (fourmillement humain, querelles, saletés, odeurs, bruits…, et aussi froideur du « monde » dans lequel les artistes tentent leur chance). Et la musique n’est pas seulement présente dans les références précises (voire dans la transcription de quelques chansons), elle l’est aussi dans l’écriture, lorsqu’elle tente, souvent avec bonheur, de calquer les rythmes, les mouvements, le phrasé, les tonalités d’une partition et de son exécution. Anna Maria est un bon roman biographique, à lire comme une belle histoire, ou comme un édifiant récit musical. Au choix.

Jean-Pierre Longre
(février 2004)

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

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