Anna
K. existe-t-elle ?
Quel mystère
recèle le nom de famille laconique de l'héroïne
éponyme ? Le lecteur sera-t-il à même de percer
l’énigme ou bien l'auteur lui en livrera-t-il la clé
? D'emblée, ce nom tronqué est une incitation, une
tentation. Il arrive parfois que ce qu'évoque la combinaison
d’un simple prénom et d’un patronyme épouse
à la perfection les caractéristiques du personnage
ainsi nommé : Anna K. est sans nul doute tout aussi fascinante
que sa dénomination et l'ouvrage, qui retrace par le menu
l'existence tour à tour mouvementée et paisible de
cette création littéraire hors normes, se présente
comme une biographie intime et une fresque familiale déjantée,
entre domesticité domptée et romanesque débridé.
Profondément hybride, proche et lointaine, affreusement quelconque
et pourtant captivante, Anna K. résiste à toute tentative
d’enfermement dans un résumé ; disons que l’intégralité
du roman repose sur l'histoire d'une famille marquée par
un incontrôlable fatum et dont les péripéties
tragi-comiques, loufoques et sauvages valent bien celle des mythiques
Atrides : relations incestueuses, cellules familiales détruites
et recomposées, meurtres inattendus et morts subites vouées
à se répéter, confusions générationnelles,
mélange des genres, sexualité cocasse et débridée
(digne de certains passages de Patty Diphusa, la Vénus
des lavabos), vengeances, tendresse et sagesse... Quand trois
petites orphelines (l'une d'entre elles, Anna, sera plus tard la
mère d’Anna K.) commettent un crime habilement prémédité
afin de se débarrasser d’un neveu par trop encombrant,
le rouage infernal de la malédiction se met en mouvement
et l’histoire peut débuter. Nul besoin de déflorer
l’intrigue, ne serait-ce que par égard pour les lecteurs
à venir : contentons-nous de les mettre en garde, quel que
soit leur sexe, leur genre, leurs penchants sexuels ou leurs préférences
littéraires, car ce n'est qu'une fois dans le récit
que l'on prend conscience de l'impossibilité d'en sortir.
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De
la prédestination au libre arbitre, du hasard à
la coïncidence, Martí Rosselló
joue sur de multiples registres psychologiques, philosophiques
et littéraires, dans une langue sobre et directe, où
chaque mot semble avoir été pesé, choisi
avec un soin perfectionniste. Lui-même, par instants,
semble être sous le charme de sa création (ainsi
que la plupart des hommes et des femmes qui croisent la route
d’Anna K., et qu’elle ne se prive pas d’envoûter),
même s’il sait s'en détacher, non sans
ironie, pour mieux déconstruire et analyser ses erreurs,
son ubris et ses manquements - il reste que le roman
est dédié, justement «à Anna
K., sans son autorisation», preuve de l'irrésistible
attrait qu'exerce le personnage, jusqu'au point d'échapper
à son géniteur et de lui faire croire qu’elle
dépasse la fiction.
Martí Rosselló, dont c'est là le premier
roman traduit en français, nous offre un inclassable
chef d'oeuvre - mais qui, de l'écrivain ou de sa créature,
doit-on réellement remercier ?... |
Blandine
Longre
(avril 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.bleu-autour.com
Chez
le même éditeur
Pierre d'éboulis
de Maria Barbal
Catalogue
des éditions Tinta Blava (diffusion ed. Bleu Autour)
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/IMG/pdf/catalogue_2005.pdf
http://www.llull.com/llull/estatic/fil/cat/00principals/index.shtm
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